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Le congrès de la FNPF met en lumière les risques en arboriculture

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Au deuxième jour de son congrès le 17 février, la fédération des producteurs de fruits a appelé le gouvernement à donner de la visibilité aux arboriculteurs. Elle a aussi incité les producteurs à travailler collectivement pour composer avec de nombreux risques, identifiés sous forme de cartographie.

« Donnez-nous de la visibilité », a lancé la présidente de la fédération des producteurs de fruits (FNPF, FNSEA) Françoise Roch en clôture du congrès national de son syndicat à Valence le 17 février. Un message volontairement « politique » à « faire passer » au ministre de l’Agriculture Julien Denormandie, a-t-elle souligné.

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Prenant en exemple l’interdiction du plastique dans les emballages de fruits et légumes (loi Agec), qui a donné lieu à plusieurs dérogations depuis décembre, et l’interdiction de phytosanitaires sans l’existence d’alternatives, Françoise Roch a fustigé « toutes ces lois et [tous ces] décrets » qui sont de surcroît « complètement déconnectés [de ce que permet] l’Europe » et qui risquent de décourager les professionnels de l’arboriculture, secteur déjà à la peine pour recruter de la main-d’œuvre.

À bas la « judiciarisation »

« Bien sûr qu’on ne veut pas de plastique dans les rayons, c’est évident ! Mais qui veut du plastique aujourd’hui ? ! Bien sûr qu’on ne veut pas de phytosanitaires ! Mais qui a envie de phytosanitaires ? ! », a martelé Françoise Roch à la tribune. « Mais on fait comment [pour s’en passer] ? Laissez-nous le pas de temps de la recherche, c’est ça qui est vraiment très important », a insisté la présidente de la FNPF. Devant un auditoire convaincu, elle a rappelé que les arboriculteurs font partie des exploitants qui se lancent dans des cultures pérennes : « Cela veut dire qu’on investi, pour vingt ou trente ans, des sommes incroyables dans nos vergers. On n’a pas le droit de se tromper, il nous faut de la visibilité ! », a martelé Mme Roch.

Elle a aussi fustigé la « judiciarisation » de l’agriculture, notamment les visites de l’Office français de la biodiversité (OFB) dont les contrôles ont mené à « une garde à vue en Isère ». « Mais on est qui, pour être contrôlés par le gendarme de la biodiversité qui vient, […] , qui vous met en garde à vue parce que vous avez traité trois jours trop tard, à 2 km/h de trop… ? ! », s’est indignée Françoise Roch.

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Cartographie des risques

Quelques instants plus tôt, la FNPF présentait une cartographie des risques en arboriculture. Ce travail, mené avec le cabinet de conseil en gestion des risques Marsh Advisory, a été lancé il y a plus d’un an pour « apporter des outils de décision stratégique » aux producteurs de fruits, a expliqué la directrice de la FNPF Stéphanie Prat. Il s’agit d’une « photographie à l’instant t », appelée à évoluer dans le temps. « Le boulot, on devra le faire après », a souligné Stéphanie Prat, invitant ainsi les producteurs à s’emparer de la cartographie pour composer avec les risques identifiés. « L’important c’est de se prendre en main, de ne pas se prendre les murs en permanence, comme on l’a fait malheureusement ces dernières années », a renchéri Françoise Roch, incitant les arboriculteurs à travailler collectivement « et non pas seuls ».

La cartographie fait apparaître les risques majeurs identifiés par deux groupes : d’un côté des ateliers réunissant 100 experts (réalisés entre octobre et décembre), et de l’autre 400 producteurs sondés (en décembre). Les deux groupes pointent les mêmes risques, mais pas dans le même ordre. Pour les experts, le risque majeur est l’évolution de la réglementation sur les produits sanitaires (en 4e position chez les sondés), suivi de la présence de maladies et organismes nuisibles (en 3e position chez les sondés). De leur côté, les producteurs estiment que le risque le plus fort est les événements météorologiques extrêmes (en 5e place chez les experts), et le risque humain (transmission d’exploitation, insuffisance de main-d’œuvre) (en 3e et 4e place selon les experts). Les producteurs sondés ont par ailleurs identifié deux risques supplémentaires : l’impact du voisinage et la neige.

Les ateliers d’experts ont aussi fait émerger des différences par familles fruitières. Il apparaît que la concurrence est une préoccupation importante pour le secteur des fruits à noyau (pêches, abricots…), tandis que les crises médiatiques pouvant nuire à la réputation sont une crainte prégnante chez les fruits à pépins (pommes, poires…) En revanche, la famille des kiwis est avant tout préoccupée par les risques d’inondation et de grêle.

L’enjeu de la transmission

À échelle des bassins fruitiers, la région des Pays de la Loire s’inquiète en premier lieu de la transmission d’exploitation. Un axe sur lequel la FNPF devra travailler « dans les années à avenir avec Jeunes Agriculteurs », a promis Stéphanie Prat. En effet en 2019, l’âge moyen d’un chef exploitant arboricole était de 52 ans, selon la FNPF (citant des données de la MSA reprises par l’observatoire de l’emploi des exploitations fruitières). Autre chantier dont la FNPF promet de s’emparer : la gestion de l’eau, préoccupation majeure en région Auvergne-Rhône-Alpes. Enfin, dans le troisième grand bassin fruitier qu’est l’Occitanie, les ateliers d’experts citent la transition technologique comme enjeu essentiel.

« L’important c’est de se prendre en main »