Se disant préoccupé par les proportions considérables du fléau de l'obésité des adultes mais surtout des enfants, le Conseil des ministres européens chargés de la politique sociale, de la santé et des consommateurs fait une série de recommandations en direction des parties intéressées – et en particulier à l'industrie agroalimentaire – à qui il demande notamment de procéder à la reformulation de ses produits alimentaires et à responsabiliser ses formes de publicité et de marketing notamment en vis à vis des enfants et adolescents.
DANS leurs conclusions du 20 juin 2014 sur la nutrition et l'activité physique, les ministres européens chargés de l'emploi, de la politique sociale, de la santé et des consommateurs notent « avec inquiétude » que l'obésité et ses conséquences pour la santé atteindraient les proportions d'une épidémie. Plus de la moitié de la population adulte de l'UE présente en effet un surpoids ou de l'obésité selon la classification IMC de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), et que le niveau élevé de surpoids et d'obésité chez les enfants et les adolescents est particulièrement préoccupant. Ils observent que les inégalités sociales sont particulièrement importantes, que des citoyens perdent la vie chaque année en raison de maladies liées à de mauvais comportements alimentaires et au manque d'activité physique et que cela se traduit par une charge économique, dans la mesure où jusqu'à 7 % des budgets de l'UE consacrés à la santé sont dépensés chaque année directement pour des maladies liées à l'obésité, sans compter les coûts indirects supplémentaires résultant de la perte de productivité due aux problèmes de santé et à la mortalité prématurée. Les ministres déplorent également la consommation élevée de graisses saturées, d'acides gras trans, de sel et de sucre alors que la consommation de fruits et légumes ne cesse de diminuer.
REFORMULER LES PRODUITS ALIMENTAIRES
Pour ce qui est des États membres, ceux-ci sont invités à continuer à placer au premier rang de leurs priorités une alimentation saine et la pratique régulière d'une activité physique afin de réduire la charge que représentent les maladies et affections chroniques. Ils sont également incités à promouvoir des environnements sains, notamment dans les écoles, les lieux d'accueil préscolaire et les installations sportives en favorisant l'offre d'une alimentation saine fondée sur les normes nutritionnelles, en réduisant la présence et la consommation excessives de sel, de graisses saturées, d'acides gras trans et de sucre, en s'attaquant à la consommation fréquente, ou en quantités importantes, de boissons sans alcool édulcorées et/ou caféinées. Les autorités nationales sont appelées à travailler en partenariat avec toutes les parties prenantes, notamment les opérateurs de l'industrie agroalimentaire, les entreprises, les ONG du secteur de la santé et de la consommation ainsi que les milieux universitaires pour promouvoir des accords efficaces de grande ampleur et vérifiables selon l'exemple de la « Plateforme d'action européenne sur l'alimentation, l'activité physique et la santé » (1), notamment en ce qui concerne la reformulation des produits alimentaires, en réduisant la teneur des aliments en acides gras trans, en graisses saturées, en sucres ajoutés et en sel, et l'adaptation de la taille des portions aux exigences nutritionnelles. Les ministres encouragent les actions visant à atténuer l'exposition des enfants à la publicité en faveur d'aliments à teneur élevée en graisses saturées, acides gras trans, sucres ajoutés ou sel et à la commercialisation et à la promotion de ces aliments. Ils estiment nécessaire d'associer l'ensemble des secteurs stratégiques et des parties prenantes, dont l'industrie agroalimentaire, pour sensibiliser à l'importance d'une alimentation saine et de l'activité physique, particulièrement vis-à-vis des enfants et des adolescents, mais aussi « pour lutter contre les formes de publicité et de marketing trompeuses, excessives ou inadéquates ». Les États membres et la Commission européenne sont incités à recourir aux instruments dont ils disposent, notamment le troisième « Programme d'action de l'Union dans le domaine de la santé » (2014-2020) et le « Programme Horizon 2020 » de l'UE pour la recherche et l'innovation afin d'encourager la recherche et l'action politique.
NÉCESSITÉ DE DÉFINIR LES « PROFILS NUTRITIONNELS »
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
En ce qui la concerne, la Commission européenne est invitée à définir des profils nutritionnels comme le prévoit le règlement 1924/2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires. Selon celui-ci, les produits alimentaires porteurs d'allégations doivent présenter un profil nutritionnel favorable, pour éviter que les consommateurs n'opèrent des choix alimentaires mal adaptés au maintien d'un bon équilibre nutritionnel. Ainsi, un produit enrichi en calcium et en vitamines mais très riche en sucres et en matières grasses saturées ne peut porter une allégation nutritionnelle, car le législateur a prévu de restreindre l'accès aux allégations aux produits respectant un certain « profil nutritionnel ». Mais la définition de ces profils nutritionnels tarde à venir dans la mesure où elle suscite toujours des débats et des réactions entre les parties prenantes si bien qu'elle n'a pas encore vu le jour alors que l'article 4 du règlement 1924/2006 prévoyait que la Commission européenne en donne une définition au plus tard le 19 janvier 2009...
La Commission est enfin invitée à rendre compte au Conseil des ministres d'ici 2017, puis de nouveau en 2020, des progrès réalisés dans la mise en œuvre du plan d'action de l'UE relatif à l'obésité infantile pour la période 2014-2020 ainsi que d'autres initiatives mises en œuvre dans le cadre de la stratégie européenne pour les problèmes de santé liés à la nutrition, la surcharge pondérale et l'obésité.
(1) Forum qui regroupe l'industrie alimentaire et des associations de protection des consommateurs, qui s'engagent dans la lutte contre les tendances actuelles en matière d'alimentation et d'activité physique. Son objectif : donner un exemple d'action coordonnée par différents acteurs de la société et encourager ainsi les initiatives locales, régionales ou nationales dans toute l'UE. Depuis la création du Forum en 2005, ses membres ont formulé plus de 300 engagements.