Abonné

Politique de qualité Le coupage du vin rosé assombrit le débat sur la qualité des produits agricoles

- - 4 min

« Couper n’est pas rosé ». C’est sous ce slogan que les fabricants de vins rosés européens ont dénoncé, le 26 mai, à Bruxelles, le projet de la Commission européenne visant à autoriser la fabrication de leur produit en mélangeant vin blanc et vin rouge. Une pratique réclamée par quelques grands négociants, en complète contradiction avec la politique de qualité promue par ailleurs par la commissaire européenne à l’agriculture. Mariann Fischer Boel a présenté, le 28 mai, une communication sur la politique de qualité des produits agricoles.

«La Commission n’a de cesse de promouvoir la production de qualité comme en témoigne (…) la publication, le 28 mai, d’une communication sur l’avenir de la politique de qualité. Encore faudrait-il qu’elle mette en pratique ses engagements », déplore Pasquale De Meo, directeur de la Federdoc (Fédération italienne des vins d’appellation d’origine et avec indication géographique). Bruxelles reconnaît d’ailleurs, en introduction de sa communication sur la qualité, que la « tradition de qualité élevée prend plusieurs formes. Au niveau le plus élémentaire, tous les agriculteurs de l’Union européenne sont légalement tenus de respecter certaines exigences agricoles, qui comptent parmi les plus strictes au monde ».

Bruxelles vante « des décennies du dur labeur »

C’est donc « une ineptie d’autoriser les mélanges », renchérit Xavier de Volontat, le président de l’Association française générale de la production viticole (AGPV), « cela nous ferait reculer de plusieurs kilomètres et ce serait une tromperie pour les consommateurs ». M. de Volontat redoute que le coupage porte un coup fatal à de nombreux producteurs ayant consenti de lourds investissements, « depuis une trentaine d’années, pour développer des cépages spécifiques ».

Bruxelles se targue, là aussi, dans son texte, de voir « les consommateurs de par le monde ne pas s’y (tromper) : le secteur agroalimentaire de l’Union est réputé pour la haute qualité de ses produits, fruit de décennies, sinon de siècles, de dur labeur, d’investissement, d’innovation et de souci de l’excellence ».

« Les étiquettes sont déjà trop compliquées »

Les producteurs de rosé écartent d’un revers de main l’idée selon laquelle le coupage serait déjà développé en Champagne, principal argument utilisé par la Commission pour justifier l’autorisation de cette pratique. L’opération est réalisée avant la macération, ce ne sont pas des mélanges de vin, mais des mélanges de raisins, corrigent-ils. Au contraire, le coupage fait intervenir des produits finis.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre
indication géographique
Suivi
Suivre

D’ordre technique, cette différence fondamentale risque d’être absolument incomprise. Les professionnels soulignent que « les consommateurs choisissent leurs bouteilles en moyenne en 36 secondes dans les supermarchés (…) d’abord en fonction de la couleur du vin. L’étiquette vient ensuite et elle est déjà trop compliquée ».

« Des fromages en tube et du poulet aux hormones »

« Premièrement, offrir des produits disposant des qualités requises par les consommateurs et, deuxièmement, informer clairement les consommateurs sur les qualités de leurs produits » : tels sont les deux piliers de la politique de qualité promue par la Commission. Une démarche aux antipodes de la décision concernant le rosé, aux yeux de Claude Bocquet-Thonney, présidente de l’Association suisse des vignerons encaveurs indépendants : « La Commission, s’indigne-t-elle, prend ses idées de règlements dans des pays où l’on boit des colas en mangeant des fromages en tubes et du poulet aux hormones ». Mme Bocquet-Thonney craint, elle aussi, de faire les frais de cette nouvelle règle, malgré la non-appartenance de son pays à la Communauté, la Suisse ayant pour habitude de reprendre à son compte ce type de législation.

Bruxelles persiste sur le rosé

Reste qu’il n’est pas question, pour le moment, du côté de la Commission européenne, de revenir en arrière sur la question du rosé. Celle-ci compte bien soumettre au vote, le 19 juin, sa proposition sur l’adaptation des pratiques œnologiques qui a, selon elle, « toutes les chances de passer ». Car, excepté l’Italie et la France, qui ont clairement affiché leur opposition au coupage, de nombreux pays restent dans une position ambiguë. Les producteurs attendent toujours le renfort de pays tels que l’Espagne, la Hongrie et la Grèce.