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Elevage hors-sol Le coût des matières premières va pénaliser les exploitations jusqu’en 2009

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Le coût des matières premières agricoles devrait continuer à peser sur les exploitations agricoles jusqu’au début de l’année 2009. Selon les experts, la conjoncture porcine pourrait s’améliorer grâce à une bonne récolte possible en céréales et à une baisse de la production. Pour cet été, l’Institut français du porc (Ifip) prévoit une hausse de prix du Marché du porc breton (MPB) qui pourrait atteindre environ 1,60 euro/kg.

Les prévisions semblent se confirmer. Les éleveurs doivent s’armer de patience. Le coût élevé des matières premières agricoles devrait pénaliser les finances des exploitations au moins jusqu’à la fin de l’année. C’est en tout cas ce que prévoit l’Institut français du porc (Ifip). Selon Hervé Marouby, ingénieur au pôle économie de l’Ifip, une exploitation moyenne de 200 truies perd environ 12 000 euros par mois actuellement. Quand le coût de production se situe à 1,70 euro/kg, le prix payé au producteur se négocie environ à 1,35 euro/kg. Pour l’instant, les banques continuent dans l’ensemble à subvenir aux besoins en trésorerie de leurs clients agricoles. Mais jusqu’à quand ? D’autant que l’amélioration de la conjoncture n’est pas prévue pour tout de suite.

Remontée des cours cet été

« Une légère détente pourrait intervenir cet été », assure Hervé Marouby. L’Ifip prévoit que le prix payé au producteur pourrait avoisiner 1,75 euro/kg, pour un marché au cadran tournant autour de 1,60 euro/kg. Parallèlement, le prix de l’aliment devrait se stabiliser et interrompre sa progression. Mais passée la période estivale et la traditionnelle hausse de la consommation dopant les cours, une baisse serait de nouveau attendue. Tout dépendra ensuite de deux facteurs : le niveau de la récolte européenne de céréales et l’ampleur du recul de la production porcine. Le premier pourrait avoir un impact assez rapide (3 à 6 mois après) sur le niveau du prix de l’aliment pour le bétail. Concernant la production, l’Ifip envisage une baisse de 1 % en France en 2008 avec une moyenne européenne de -1,3 %. Cela devrait mécaniquement restreindre l’offre sur le marché et provoquer ensuite une remontée des cours. Mais les évolutions positives de ces deux facteurs ne devraient pas se faire sentir avant fin 2008-début 2009 !

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Compétitivité de la volaille

Si les éleveurs de volailles sont un peu mieux lotis financièrement grâce à leur statut d’intégrés le plus souvent, leurs débouchés ne sont pas pour autant mieux assurés. Pascale Magdelaine, ingénieur au département économie de l’Institut technique de l’aviculture (Itavi) constate « une perte de compétitivité importante de la volaille dans l’univers viandes. A cause de son lien très fort aux aliments composés à base de céréales, elle subit des hausses de prix plus élevés que les autres viandes ». « La question de la compétitivité est essentielle pour l’avenir de la filière française et européenne », souligne-t-elle. Pourtant, au niveau mondial, la hausse du coût de production liée aux matières premières agricoles pourrait s’avérer bénéfique pour nos exportations. « Une hausse de 42 % du prix de l’aliment conduit à une réduction de l’écart entre le coût de production français et brésilien. Le Brésil est beaucoup plus tributaire que nous du coût de l’aliment, tandis que la France présente davantage de coûts fixes », estime Pascale Magdelaine.

Graisses animales

Dans ce contexte durable de perturbation économique de l’élevage hors sol, « la complexification des formules alimentaires » devrait s’accentuer. « L’utilisation plus grande des coproduits de biocarburants, de céréales secondaires (triticale, orge…), de manioc et de sorgho importés devrait se généraliser », estime Pascale Madgdelaine. Autre évolution possible à venir prochainement : la réintroduction des graisses animales, que toute la filière attend. Elle pourrait intervenir dans le courant de l’année, une fois que certains obstacles technico-légaux seront levés. Selon l’Ifip, leur utilisation permettrait d’économiser 0,60 euro par porc produit. Un chiffre non négligeable ramené à une exploitation de 200 truies qui produit en moyenne 4 400 porcs par an.