L’épidémie de coronavirus affecte aujourd’hui tous les maillons du système alimentaire mondial de l’approvisionnement primaire, à la transformation, au commerce ainsi qu’aux systèmes logistiques nationaux et internationaux, indique l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dans un rapport du 14 avril. L’institution onusienne précise que le Covid-19 pourrait aussi engendrer à court et moyen terme un choc important sur la demande à l’échelle mondiale.
Dans un rapport publié le 14 avril intitulé Covid-19 : Voies de transmission vers l’alimentation et l’agriculture, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) souligne que la pandémie induite par le Covid-19 perturbe aujourd’hui à la fois le commerce des produits agricoles tant au niveau des exportations que des importations, mais aussi entraîne un risque réel de pénurie de la main-d’œuvre agricole tout comme une diminution des intrants agricoles. Au-delà de son impact sur les chaînes d’approvisionnement, de commerce et de transformation, l’épidémie de coronavirus pourrait également à terme affecter la demande finale.
La FAO signale notamment que de nombreux pays à faible revenu, principalement situés en Afrique subsaharienne mais aussi en Asie et qui dépendent de l’agriculture pour une grande partie de leurs recettes d’exportations, sont aujourd’hui particulièrement exposés aux chocs liés aux marchés agricoles mondiaux. Elle indique à cet égard que « les premiers effets ont déjà été signalés dans les pays qui ont été exposés pour la première fois à l’épidémie de Covid-19. Par exemple, les exportations de fruits tropicaux en provenance d’Asie du Sud-Est ont été perturbées par les embouteillages dans les ports chinois de Shanghai et de Tianjin. Cela a entraîné des pertes importantes en raison de la périssabilité des produits. Les perturbations de la cargaison ont été amplifiées par une grave pénurie de conteneurs due à l’augmentation des importations de viande de porc en réponse à la peste porcine africaine ». Toutefois, une forte dépendance à l’égard des importations pourrait également exposer les pays à des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement internationales en raison d’un manque de main-d’œuvre et de capacités de transport fonctionnelles, ou de ports et d’installations de stockage encombrés, ou de capacités de déchargement limitées. « En Chine, par exemple, la transformation du soja a été entravée par un ralentissement des exportations du Brésil, à cause d’un manque de capacité de fret de l’État du Mato Grosso vers les ports du pays », indique la FAO, ajoutant que « les quais et les entrepôts encombrés affectent également les importations de produits en provenance d’Amérique latine. Par exemple, quelque 20 000 tonnes de cerises chiliennes ont été bloquées dans les ports chinois et attendent d’être vendues. Les responsables de l’industrie chilienne ont estimé les pertes de revenus à 70-80 Mio $ pour les cerises et à 100 Mio $ si l’on inclut d’autres fruits ».
Restrictions à l’exportation
Par ailleurs, une multiplication des restrictions à l’exportation pourrait aussi, entraîner une pénurie de l’offre mondiale et, à terme, une hausse des prix alimentaires internationaux. La FAO constate que « les producteurs argentins de soja et de maïs retenaient leurs récoltes du marché, même après la mise en place de mesures gouvernementales pour résoudre les problèmes liés aux coronavirus qui ont ralenti la livraison aux centres d’exportation du pays ». Et d'expliquer que « cette situation est liée à l’incertitude entourant la pandémie de Covid-19, qui se propage rapidement, et aux prévisions de hausse des prix des matières premières ». Dans le même temps, la Russie et l’Ukraine, considérés comme les greniers à blé du monde, ont décidé de restreindre leurs exportations de céréales (1).
Pénurie de la main-d’œuvre agricole et diminution des intrants agricoles
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La FAO explique aussi que les pays à faible revenu qui dépendent fortement des facteurs de production sont particulièrement exposés aux chocs de type Covid-19. En effet, l’institution onusienne souligne que « les pandémies peuvent entraîner une diminution de la disponibilité de la main-d’œuvre agricole via de multiples canaux tels que maladie réduisant la capacité physique, le comportement d’aversion ou encore les restrictions de quarantaine ». Et, poursuit-elle, « les systèmes de production à forte intensité de main-d’œuvre tels que la récolte des fruits et légumes ou encore l’exploitation de systèmes de transformation de la viande, sont aujourd’hui affectés par la pandémie de coronavirus, en raison des effets directs sur la santé ou des effets indirects des arrêts de production ». Par exemple, en Chine, le manque de travailleurs dans les abattoirs a entraîné une pénurie de viande et une hausse sensible des prix sur les marchés locaux.
La FAO indique aussi que l’épidémie de Covid-19 a perturbé la disponibilité des intrants agricoles, en particulier dans les pays qui ont été touchés à un stade précoce. En Chine, encore, la production de pesticides a diminué et ne reprend que progressivement après la fermeture des usines de production suite à l’épidémie. « La faible disponibilité et/ou les prix élevés des intrants tels que les pesticides pourraient peser sur les rendements et la production de cultures en 2020. Par exemple, les coûts de transport des pesticides vers l’Afrique de l’Est ont été multipliés par trois et l’expédition est retardée en raison de la diminution du nombre de vols vers la région, ce qui a entravé la capacité à contenir l’invasion locale de criquets pèlerins et augmente la menace pour la sécurité alimentaire », précise la FAO.
Par ailleurs, il est à souligner que l’impact de l’épidémie de coronavirus ne présente pas seulement un risque pour le secteur agricole par le biais de perturbations dans les chaînes d’approvisionnement, de commerce et de transformation, il affecte également la demande finale. Sur ce point, la FAO explique que « le principal déclencheur d’une contraction de la demande serait un ralentissement prolongé de la croissance économique globale, qui réduirait le pouvoir d’achat des consommateurs et pourrait compromettre l’accès aux filets de sécurité ». Toutefois, elle note que « la demande devrait réagir avec un certain décalage, dont l’ampleur dépend de plusieurs facteurs, notamment la disponibilité de l’épargne des ménages ou l’accès aux filets de sécurité alimentaire et autres programmes de protection sociale ».
(1) Voir n° 3737 du 13/04/2020