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Le débouché domestique de l’éthanol fortement soutenu par l’E10 et l’E85

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Le débouché de l’éthanol sur le marché intérieur français a été fortement soutenu par l’ouverture de stations-service d’E10 et d’E85 en 2018 et le sera encore cette année, a indiqué le 29 janvier la collective du bioéthanol, lors de sa conférence de presse de bilan annuel. Ce débouché, mieux valorisé qu’à l’export, ne peut que conforter les marges des industriels de l’éthanol, et sans doute aussi, par répercussion, celles des producteurs de céréales et betteraves.

Le territoire français comptait, fin décembre, 6 228 stations-service distribuant de l’E10, (qui est l’essence à 10 % d’éthanol), soit 377 stations de plus qu’un an auparavant, et 1 106 stations distribuant de l’E85 (l’essence à 85 % d’éthanol), soit 133 stations de plus qu’un an plus tôt. Tel est le bilan de l’année écoulée, dressé par la collective du bioéthanol. Celle-ci rassemble le Syndicat national des producteurs d’alcool agricole (SNPAA) et l’Association interprofessionnelle de la betterave et du sucre (AIBS).

Cette évolution favorable devrait se poursuivre, selon Sylvain Demoures, secrétaire général du SNPAA. D’abord parce que l’E10 est moins cher (de 0,8 centime par litre) que le gazole dans une même station-service – ce qui n’est pas encore le cas du SP95 – et cette différence ne fera qu’augmenter en raison du rééquilibrage progressif de la fiscalité essence-gazole. Ensuite parce que l’E10 est moins cher de 2,8 centimes par litre à la pompe que le SP95.

L’E85 séduit par sa compétitivité et sa praticité

L’E85 quant à lui, devrait voir son utilisation encore augmenter sur le marché intérieur français en raison de son prix attractif. C’est en effet l’essence la moins chère à la pompe : 68 centimes le litre. Les perspectives de l’E85, encore appelé Superéthanol-E85, sont prometteuses du fait de cette compétitivité, mais aussi en raison de la possibilité pour les automobilistes, depuis un an, d’équiper les moteurs de voiture à essence de boîtiers pour rendre les moteurs à essence compatibles avec l’E85. Jean-Michel Barzan, gérant de la société de transports Raoux, à Bagnols-sur-Cèze (Gard), a témoigné : « J’économise 600 € par mois et par véhicule sur les moteurs que je fais tourner, et qui utilisent de l’E85. Les deux tiers de ce gain sont imputables directement à l’E85, et le tiers est imputable à la moindre usure des moteurs, par rapport à une consommation d’essence d’origine fossile. » Et de détailler : « Avec un taux de 85 % d’éthanol, on n’a quasiment pas de résidus imbrûlés, donc pas d’encrassement, et finalement, moins de frais d’entretien. Quand vous brûlez de l’alcool presque pur, vous n’avez presque pas de fumées. »

Face à cette évolution positive, la filière française ne produira pas plus d’éthanol, mais elle en exportera moins, a indiqué Nicolas Rialland, responsable du bioéthanol à la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). La France exporte jusqu’à présent un quart de sa production, sur le marché incertain du Royaume-Uni (en raison du Brexit) et sur les marchés mondiaux des carburants, à des prix moins fluctuants et de toute façon moins rémunérateurs que sur le marché français.

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L’ombre des HVO de palme est loin, mais toujours à l’horizon

Le ciel des perspectives de l’éthanol est bleu, mais quelques nuages pourraient survenir à l’horizon, si les huiles végétales hydrotraitées (HVO) de palme gagnaient du terrain dans les essences du fait de leurs bas prix. Ces molécules, qui peuvent être incorporées dans les essences mais pas via l’éthanol, ne devraient pas trop concurrencer l’éthanol, car les stations-service jouent la qualité technique des carburants, a commenté Sylvain Demoures. L’E10 et l’E85 ont l’avantage de relever l’indice d’octane. Les HVO en revanche ont des indices d’octane très bas, de l’ordre de 40. Cet avantage de l’éthanol contient pour l’instant une éventuelle expansion du débouché des HVO d’huile de palme. Une telle expansion aurait l’inconvénient, pour les fabricants d’éthanol, de conduire ces derniers à partager davantage le compartiment des biocarburants produits à partir de matières premières alimentaires, dont le plafond est fixé à 7 % d’énergie incorporée dans les moteurs. « Les HVO occupent déjà 1,2 point sur les 7 % du compartiment plafonné, nous laissant les 5,8 % restants. Nous ne souhaitons pas voir leur part augmenter », a confié le secrétaire général du SNPAA.

« Avec un taux de 85 % d’éthanol, on n’a quasiment pas de résidus imbrûlés, donc pas d’encrassement »

L’éthanol sollicite moins de 3 % des surfaces de céréales et de betteraves

La production d’éthanol sollicite moins de 3 % des surfaces françaises de céréales et de betteraves, a indiqué Nicolas Rialland, sachant que dans ces 3 % on compte les co-produits que sont la pulpe de betteraves et les drèches de céréales, qui sont inévitablement produites dans la transformation de ces plantes en éthanol. Pour produire l’éthanol français, il faut 500 000 à 520 000 tonnes de maïs sur les 13 à 14 millions produites chaque année, a complété Gildas Cotten, chargé des bio-énergies à l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM).