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Pac Le découplage total entraînerait la baisse des cheptels allaitants, selon l’Inra

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Le découplage total des aides de la Pac, et notamment des primes à l’élevage, pourrait conduire à la baisse de la production de viande bovine et ovine en France. Les éleveurs se reporteraient sur les grandes cultures ou la production laitière selon une étude de l’Inra. Un mouvement qui pourrait encore être renforcé par une conjoncture de prix élevés des céréales et des oléagineux et la fin des quotas laitiers.

De manière générale, « le découplage total des aides agricoles entraînerait très vraisemblablement une baisse des cheptels de vaches allaitantes et d’ovins, et de la production de viande issue de ces troupeaux », estiment les chercheurs de l’Inra, Hervé Guyomard et Vincent Chatellier, dans une étude du département de sciences sociales de l’institut sur « le bilan de santé de la Pac, le découplage et l’élevage en zones difficiles ». Avec un niveau de soutien équivalent à ce qu’il est aujourd’hui, les éleveurs de race à viande se détourneraient donc de leur activité au profit des grandes cultures ou de l’élevage laitier. Un mouvement que pourrait encore renforcer le prix élevé des céréales – en incitant les éleveurs à se porter sur les grandes cultures et en renchérissant les rations animales – et la fin annoncée des quotas laitiers associée à une conjoncture favorable du prix du lait.

La réorientation des aides pourrait freiner la baisse des cheptels

Pour les deux chercheurs, c’est dans les zones défavorisées simples où domine la polyculture élevage que le découplage total risque d’induire un détournement de l’activité le plus important. Une redistribution des primes uniques (PU) favorable aux éleveurs par la modulation, les articles 68 ou 64 ou une uniformisation accentuée y freineraient ce recul. Dans les zones d’élevage intensif de l’Ouest, le changement d’orientation se ferait plutôt vers la production de lait surtout dans une conjoncture de suppression des quotas. La réorientation vers les grandes cultures serait limitée dans la mesure où les surfaces disponibles sont modestes et les rendements céréaliers dans ces régions plus faibles que dans les régions concurrentes. De plus, les importants outils industriels d’abattage et de transformation installés dans l’Ouest auront toujours besoin de volumes pour assurer leur rentabilité.

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Un accord à l’OMC constitue le plus gros danger

Enfin, en montagne, où il y a peu d’alternatives à l’élevage, la principale conséquence serait une concentration des exploitations. Cet agrandissement des fermes pourrait s’accompagner d’une amélioration de la productivité mais également d’une baisse importante de la population active agricole. Le principal danger pour la production dans ces régions viendrait plutôt d’une ouverture des frontières européennes dans le cadre d’un accord multilatéral à l’OMC ou bilatéral « généreux » avec les pays du Mercosur. L’augmentation des importations s’accompagnerait alors d’une diminution des prix, avec le risque, en zone de montagne, d’un abandon de la production de viande.

Quelles pistes pour l’après-2013 ?

D’après l’étude, des solutions pour compenser le découplage des aides directes à l’élevage sont envisageables dans l’optique de la Pac d’après 2013. Les chercheurs évoquent l’idée d’un soutien à trois niveaux. Tout d’abord, la mise en œuvre d’une aide à l’hectare (de prairie ou de grande culture) allouée à tous les agriculteurs et ne dépassant pas une centaine d’euros et dont l’octroi serait subordonné au respect d’exigences environnementales minimales. En second lieu, un dispositif d’aide complémentaire pour service rendu (environnement, aménagement du territoire…), dans le cadre d’un contrat passé, sur le long terme, entre exploitants agricoles et pouvoirs publics serait rendu obligatoire en zone protégée et volontaire en zone ordinaire. Enfin, les auteurs proposent « la mise en œuvre d’outils publics et privé pour atténuer les risques liés aux fluctuations des prix de marché ».