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Echanges internationaux Le déficit de la production laitière en Chine ouvre des perspectives pour la France

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La Chine connaît une explosion de la demande en produits laitiers depuis quelques années, une tendance qui devrait s’accentuer à moyen terme. Et pourtant, la production comme la transformation ne parviennent pas à se développer. Ce déficit représente une opportunité pour le secteur laitier français, dont la production ne sera plus plafonnée par les quotas à partir de 2015.

La consommation intérieure chinoise de produits laitiers devrait doubler entre 2010 et 2016, analysait récemment l’institut Euromonitor. Dans un rapport paru le 2 février, la Rabobank chiffrait entre 3 et 5 % le taux de croissance annuel cumulé de la consommation sud-asiatique jusqu’en 2015. Un taux qui représenterait 82% de la croissance mondiale. Et pourtant, la production chinoise plafonne à 35Mt depuis plusieurs années (32Mt en 2011 selon l’USDA) malgré un cheptel de 12,6 millions de bêtes. En comparaison, la production française oscille entre 22 et 23 millions de tonnes (plafonnée par les quotas) pour un cheptel de 3,6 millions de têtes.
Le non-respect des normes sanitaires plombe la production
Les producteurs chinois rencontrent en effet des difficultés à exploiter leur troupeau. Une vache ne produit en moyenne qu’entre 4 000 et 4 600 kilos de lait par an, contre 11 300 kilos par vaches et par an en France, selon le Cniel. Ce retard proviendrait d’une alimentation inadaptée – les graines utilisées en alimentation animale n’étant que les restes non consommés par la population – et de problèmes vétérinaires importants. 30% des vaches en Chine souffriraient de mammite, a confié à l’AFP Karen McBride, responsable vente et marketing chez Wondermilk. L’élevage en Chine doit également faire face à une forte atomisation de sa production. Les 2/3 des exploitations posséderaient moins de 4 vaches, estime la lettre de veille et d’analyse de l’économie de l’élevage en Chine de l’Institut de l’élevage. À l’instar de la production, la transformation parvient difficilement à soutenir la cadence de la demande. Le scandale de la mélamine en 2008 a en effet poussé les autorités chinoises à contraindre les industriels à renouveler leur licence d’exploitation. Seules 643 entreprises sur les 1 176 concernées ont obtenu le renouvellement, faute d’un respect suffisant des normes sanitaires. Le potentiel de fabrication du pays en est ressorti amputé de 20%.

La Chine premier importateur mondial
La Chine a donc dû devenir le premier importateur mondial de poudre de lait en 2010 (406 000 tonnes) pour faire face à une demande croissante. Malgré l’imposante concurrence néo-zélandaise, la France s’est stratégiquement positionnée sur les exports de poudre de lait et de lactosérum. Ces produits sont utilisés par l’industrie agroalimentaire chinoise comme ingrédients pour les fabrications de laits infantiles, de produits laitiers, et de produits alimentaires divers : confiseries, biscuits, chocolat… La France est ainsi devenu le 2e fournisseur de la Chine de poudre de lactosérum en 2011, après les États-Unis, avec plus de 47 850 tonnes exportées. Ce marché devrait en outre profiter d’un regain sensible en 2012. Le 1er janvier, la Chine a baissé à 2% les taxes d’importation (6% auparavant), afin d’en relancer les importations.

Un marché prometteur mais risqué
Euroserum, filiale du groupe coopératif Sodiaal spécialisée dans la valorisation du lactosérum, exporte d’ailleurs ses produits en Chine depuis 1992. Le groupe reste pourtant discret sur ses chiffres à l’export et sa stratégie de développement sur ce territoire. Seule certitude, si les exportations venaient à augmenter, cela passerait par une hausse de la production française. « Si Eurosérum travaille en étroite collaboration avec ses interlocuteurs chinois (…), les sites de production d’Eurosérum sont basés en Europe, principalement en France », précise un responsable de l’entreprise. D’autres industriels du secteur préfèrent rester prudents envers ce marché. « Ce n’est pas un eldorado, la Chine est difficile. Le gouvernement pourrait pousser à la production locale pour redorer l’image de ses élevages », confie Michel Nalet, directeur de la communication du groupe Lactalis, avant d’ajouter que « sur le plan sanitaire il peut y avoir des barrières à l’importation mises en place du jour au lendemain, et qui peuvent être levées tout aussi rapidement ».

Croissance externe à l’international
Moins frileux, Danone profite déjà de la consommation chinoise. Le groupe y vend plus de boîtes de lait infantile qu’en France, se plaçant ainsi numéro 2 du pays sur le secteur. Le géant de l’agroalimentaire s’est d’ailleurs positionné, en concurrence avec Nestlé, pour le rachat de Pfizer. Ce numéro 5 mondial du secteur a généré 1,6 milliard de dollars de chiffre d’affaires en Asie. Cette politique d’acquisition est depuis longtemps appliquée par le suisse Nestlé. L’industriel possède déjà 23 entreprises et deux centres de R&D (recherche et développement) au sein des frontières chinoises. L’entreprise emploie ainsi 14 000 personnes dans le pays. Le groupe cherche également à augmenter ses approvisionnements locaux afin d’être moins dépendant des importations. Le 11 janvier dernier, Nestlé annonçait d’ailleurs la construction d’un « institut de ferme laitière» à Shuangcheng destiné à aider les éleveurs à maximiser leur production.

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