Abonné

Le dernier Seafood avant la réforme de la politique commune de la pêche

- - 8 min

La 20e édition de l’European Seafood de Bruxelles s’est déroulée à quelques mois de l’entrée en vigueur d’une réforme radicale de la politique commune de la pêche proposée par la commissaire grecque Maria Damanaki.Sur un espace commun de plus de 1 000 m2, FranceAgriMer y avait regroupé 41 entreprises françaises, toutefois moins nombreuses que lors des précédentes éditions. À leurs côtés, une quinzaine de sociétés boulonnaises, dont certaines ont des projets de développement sur le port. Alors que certaines d’entre elles ne sont pas encore fixées sur leur avenir, à l’image de Findus. Par ailleurs, certains majors du secteur annoncent des développements à partir de leurs implantations du Pas de Calais ou de Saône et Loire.

Le Seafood de Bruxelles est sûrement aux produits aquatiques ce que Fruit Logistica de Berlin est aux fruits et légumes : un salon géant, mondial et très professionnel !
Importateurs, exportateurs, courtiers, négociants, entreprises de pêche et d’aquaculture ou de services, distributeurs et services de restauration… se déplacent de tous les coins de la planète pour y faire du business. Et il n’est pas surprenant d’entendre parler russe ou polonais, espagnol ou portugais, anglais ou mandarin dans les allées d’un parc d’exposition où se pressent en trois jours plus de 25 000 professionnels. Le salon bruxellois, qui s’est déroulé du 24 au 26 avril, accueillait cette année plus de 1 600 exposants venus de 70 pays différents.
« L’industrie des produits de la mer est en perpétuel changement. Ces évènements offrent aux professionnels une opportunité unique de se retrouver et de s’informer sur l’évolution », explique la vice-présidente de Seafood Expositions au moment de l’ouverture de cette 20e édition.
Une importance stratégique également confirmée par la FAO qui rappelle que la consommation a atteint un niveau record l’an passé avec une moyenne de près de 17 kg de poissons et fruits de mer consommés par personne. L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture rappelle en outre que si la consommation mondiale de produits de la mer a doublé depuis 1973, elle devrait encore augmenter de 25% d’ici à 2015.

Pêche durable et plus responsable
Le Seafood offre également la possibilité de faire passer le message d’avenir sur une pêche plus durable et plus responsable.
Du Japon, à l’Irlande en passant par le Vietnam, tous les stands arboraient la même bannière, même si un stand comme la Thaïlande, faisait passer le message que « son pays est la cuisine du monde». La Norvège insiste également sur le côté durable de sa production en contrecarrant la mauvaise réputation parfois faite à ses élevages piscicoles. Une raison pour laquelle le gouvernement norvégien a lancé en avril 2009 une stratégie en faveur d’une pisciculture durable.
Côté français, le port de Lorient Keroman, premier port de Bretagne, défendait « la pêche durable de la mer à l’assiette ». De nombreux éco-labels et labels de distribution existent en effet comme le Marine Stewardship Council (MSC) (1), ou la charte « Bretagne Qualité Mer-Pêche artisanale Lorientaise ».
De son côté, Gérard Higuinen, tout nouveau président de France Filière Pêche, a profité de ce Seafood pour lancer la nouvelle bannière « Pavillon France » destinée « à démarquer les produits issus de la pêche française » dès septembre prochain. « Nous devons promouvoir une pêche durable et responsable tout en lui conservant sa compétitivité », a insisté cet ancien président du groupe Pomona.
Une présentation qui donna aussi l’occasion à Alain Cadec, député européen et vice-président de la commission pêche du Parlement Européen, de souligner
« que même si la filière pêche se portait bien, elle rencontrait aussi des difficultés ! ».

Rejet des captures indésirées
Cette vingtième édition se tenait alors que se négocie actuellement la future politique européenne de la pêche proposée par Bruxelles depuis le 13 juillet 2011. Une réforme radicale de la pêche qui a suscité de fortes réactions de la part des milieux professionnels.
Présente le 25 avril au Seafood, la commissaire européenne était venue en discuter avec les professionnels. Du côté de la Bretagne, on souligne notamment que « si les propositions étaient adoptées en l’état, ce serait la mort programmée de la pêche bretonne ! ». Ce jour-là, Maria Damanaki a également accepté l’invitation de Frédéric Cuvillier, maire de Boulogne-sur-Mer, à se rendre dans le premier port de pêche français pour discuter des propositions en faveur de la pêche artisanale.
La Commission européenne a adopté en effet un projet de réglementation visant à réduire la flotte et le volume des captures dès 2013 avec création d’un marché de quota individuel pour les bateaux de plus de 12 mètres que les pêcheurs pourront revendre lors de leur cessation d’activités.
Le projet affirme également l’objectif d’atteindre le rendement maximal durable, permettant ainsi de ne prélever que des quantités de poissons ne mettant pas en danger la reproduction du stock d’ici 2015. Il prévoit en outre l’interdiction à partir de 2016 du rejet en mer des captures indésirées et la moralisation des accords de pêche qui lient l’UE à 15 pays des ACP.

La marque Delpierre se met au vert
Côté français, les entreprises étaient toutes réunies sous pavillon FranceAgriMer ainsi que sur celui de Boulogne-sur-Mer qui le jouxtait. Toutes ou presque toutes, puisque une entreprise comme Interpral Ulysse (groupe Alliance) présentait les produits de sa filiale « La Dieppoise» sur son stand coincé entre celui de l’Irlande et celui de L’Ecosse. Tout comme la PME Simon-Dutriaux, numéro un français du rollmops et propriété du groupe belge La Floridienne depuis juillet 2008, qui proposait sa gamme de produits sur un espace proche des grands opérateurs anglo-saxons.
Sur l’espace FranceAgriMer de plus de 1000m2, Fleury-Michon arborait ses produits à base de surimis frais. Labeyrie Fine Foods, contrôlé désormais par le groupe coopératif Lur Berri, LBO France et 200 cadres dirigeants, était présent avec ses marques propres.
Le groupe présentait également l’ensemble de sa nouvelle gamme Delpierre, destinée à conquérir les linéaires « grand froid » des GMS et fabriquée sur le site industriel de Fécamp (76). La marque presque centenaire fait surtout son entrée dans les rayons à un moment où se pose l’avenir immédiat des deux principaux intervenants du rayon : Findus et Iglo France (groupe Permira). Il y présentait une gamme de onze produits à mi-chemin entre les produits peu élaborés et les poissons cuisinés parmi lesquels ses steaks hachés de saumon, crevettes pannées, des escalopes de saumon… dans des conditionnements à l’identité visuelle peu habituelle pour de tels produits. La marque bleue Delpierre tranche en effet avec le vert flashy d’un emballage destiné à attirer l’œil des consommateurs !

Une nouvelle usine pour Traiteur Côté Mer
Plusieurs entreprises boulonnaises avaient fait le déplacement de Bruxelles parmi lesquelles JC David, Océan Délices, Traiteur Côté Mer, Les Entrées de la Mer, Jacques Maes, Soup’Idéale, Frais Embal, la Coopérative Maritime Etaploise, Aquanord ainsi que le pôle de compétitivité à vocation nationale Aquimer et la nouvelle plateforme d’innovation « Nouvelles Vagues ».
Même si Boulogne doit compter avec l’arrêt de l’entreprise franco-norvégienne Prilam qui possédait deux ateliers de filetage, tout comme elle doit compter avec une éventuelle décision sur l’avenir des 195 salariés de l’usine boulonnaise de Findus, certaines entreprises de l’agglomération – dont des PME – affichent leur dynamisme.
Les 130 salariés de Marine Harvest devraient prendre possession de leur nouvelle usine de 7000 m2 dès la fin du mois de mai où le groupe norvégien a investi près de 11M€. Cette usine jouxte celle de Capitaine Houat du groupement Intermarché entrée en service le 15 juillet 2010 (10M€ d’investissements).
AD Invest, holding qui coiffe Océan Délices et Traiteur Côté Mer a encore de nouveaux projets de développements. Abritée depuis sa création en 2009 dans la pépinière d’entreprises boulonnaise Haliocap, Traiteur Côté Mer, spécialisée dans la production de Sushis (3M€ de CA et 30 salariés) va démarrer la construction d’un nouveau bâtiment de 2700m2 qui viendra jouxter celui d’Océan Délices. Pour Alain Ducamp, à la tête de la holding, la nouvelle usine devrait être opérationnelle fin 2013 début 2014.
 
(1) label totalement privé initié par Unilever, soutenu par Greenpeace. Ne prend en compte que des critères de respect des stocks de pêche, sans référence à des aspects sociaux, environnementaux ou de qualité.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.