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Le développement du biosourcé porté à court terme et à long terme

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Le biosourcé a des atouts de développement à court terme et à long terme, a fait ressortir le sommet du biosourcé qui s’est tenu fin avril à Lille. À court terme, le moteur du développement, ce sont les avantages fonctionnels irremplaçables des produits biosourcés, l’innovation aidant. À long terme, c’est leur durabilité, c’est-à-dire leur capacité à limiter l’épuisement des ressources terrestres sans pour autant conduire à une surexploitation des terres cultivables.

Les produits biosourcés sont ces produits fabriqués à partir de matières premières issues de l’agriculture, de la forêt et de la mer. En ces temps de prix bas du pétrole, ce n’est pas parce qu’un produit est biosourcé qu’il gagne des parts de marché, contrairement au début des années 2010, mais parce qu’il présente des avantages fonctionnels irremplaçables, l’innovation aidant. Le Plant Based Summit (sommet du biosourcé), congrès international qui s’est déroulé du 25 au 27 avril à Lille, a été l’occasion de le rappeler. Du fait de la phase basse des prix du pétrole, « ce n’est pas le simple remplacement des matières fossiles qui guide la stratégie des industriels du biosourcé, mais les spécificités des bioproduits », a souligné François Monnet, président de l’Association pour le développement de la chimie du végétal (ACDV), co-organisatrice du congrès de Lille.

L’exemple des cosmétiques est le plus parlant, les consommateurs recherchant les qualités naturelles des substances tirées des plantes. De même dans les peintures, l’introduction de biomolécules permet de réduire les composés organiques volatils (COV), a indiqué Gérard Chevillard, responsable du développement durable chez PPG-France, filiale d’un fournisseur mondial de peintures. Le secteur des peintures est très impliqué dans l’introduction de substances végétales, car elles minimisent l’adjonction de ces COV, qui peuvent avoir un effet toxique ou cancérigène. « On peut introduire 3 % de biomolécules dans les peintures. Il y a sept-huit ans le taux était proche de 0 % », a témoigné Gérard Chevillard. Il reste donc de la marge, car 3 %, ce n’est qu’un début. Les substances biosourcées peuvent entrer jusqu’à 25 % dans les peintures pour l’instant.

Le développement du biosourcé, un phénomène de société

Les produits biosourcés entrent peu à peu, et probablement durablement, dans notre quotidien. Sacs et bouteilles en plastique, détergents, cosmétiques, garnitures de voitures, peintures, et quantité d’autres substances ou d’ustensiles peuvent être maintenant fabriqués au moins partiellement, à partir d’amidon, de sucres, d’huile ou de fibres. Les chimistes estiment que 10 % des matières premières utilisées par la chimie sont issues de la biomasse, cette matière organique fournie par le monde du vivant, essentiellement végétal, a indiqué l’ACDV au Plant Based Summit 2017 (PBS). Cette part augmente lentement mais sûrement. Et cela même quand le prix du pétrole est bas. C’est une tendance de fond, qui correspond à une prise de conscience de la société. De même que les protéines végétales tendent imperceptiblement à remplacer la viande dans les pays qui en consomment beaucoup, les produits biosourcés grignotent peu à peu le marché des produits issus du pétrole, a avancé Thierry Stadler, président du pôle de compétitivité picard et champenois Industrie et Agro Ressources (IAR).

Mais quand le biosourcé aura fait le plein de ses fonctionnalités spécifiques, aura-t-il atteint sa limite ? Sans doute pas, estime François Monnet. Il aura d’autres territoires à conquérir, en se montrant « durable » sur le long terme. Autrement dit, constituer une alternative à l’épuisement des ressources minières mondiales, ces dernières n’étant pas en mesure, en l’état actuel des choses, de supporter une consommation à l’occidentale généralisée. La chimie renouvelable doit apporter une réponse au défi du « jour du dépassement de la Terre » (« l’Earth overshoot day »), a-t-il précisé, citant ce calcul du Global footprint network (réseau sur l’empreinte globale) : le 8 août de chaque année, l’humanité a consommé l’ensemble des ressources que la planète peut renouveler en une année.

Le biosourcé, une alternative à l’épuisement des ressources

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Le premier secteur de la chimie du végétal est celui des polymères

Le premier secteur de la chimie du végétal est celui des polymères, autrement appelés « matières plastiques ». Ces derniers « représentent 60 % des applications » de la chimie du végétal, selon l’ACDV. Les biopolymères sont des dérivés de l’amidon de blé, de maïs, de pommes de terre, ou de sucre de betterave ou de canne ou de mélasse (un co-produit des sucreries).

L’amidonnier Roquette transforme chaque année 7 millions de tonnes de blé et maïs et un million de tonnes de pommes de terre pour fabriquer des produits à base d’amidon pour l’alimentation, la pharmacie, la papeterie, les adhésifs, les plastiques et les peintures, a indiqué Christophe Rupp-Dahlem, responsable des affaires publiques chez Roquette. L’amidonnier français produit une peinture biosourcée à 98 % et 20 000 tonnes d’isosorbide pour des plastiques durs et transparents.

Parmi les finalistes du concours de bioproduits au PBS 2017, a figuré Amidograf, une agrafe de palissage de la vigne 100 % végétale, réalisée en amidon et en fibres végétales, dont la biodégradation complète s’effectue au sol au milieu des vignes.

Lors de ce congrès, le concours « Agrobiobase », lancé par le pôle IAR et sponsorisé par l’ACDV, a distingué la société EcoTechnilin pour son produit Biosorb, un tapis filtrant composé d’écorces et de lin. Ce tapis filtrant repose sur les propriétés intrinsèques des écorces d’arbres de fixer différents polluants. Il a la capacité de concentrer les métaux lourds et les radionucléides présents dans les fluides. Il peut ainsi être utilisé à des fins de dépollution ou de récupération de métaux précieux, par des industriels, dans le secteur nucléaire, de la métallurgie ou de la chimie fine.