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Election présidentielle Le duel François Hollande et Nicolas Sarkozy sur l’agriculture

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Les candidats à l’élection présidentielle vont tous parcourir les allées du Salon de l’agriculture de Paris. L’occasion de se montrer devant les écrans de télévision mais aussi celle de rappeler leur attachement aux agriculteurs, si ce n’est au vote agricole. Dans des interviews à Agra Presse, François Hollande et Nicolas Sarkozy présentent leur programme agricole et surtout la manière dont ils vont aborder ce secteur de production. Si certains objectifs peuvent paraître similaires, c’est dans les moyens d’y parvenir que les deux politiques s’opposent.

Peut-on être à peu près d’accord sur les objectifs mais tout à fait opposés sur les moyens d’y parvenir ? Oui, si l’on en juge par les deux candidats en tête des sondages pour l’élection présidentielle. Produire, améliorer la compétitivité, maintenir une politique agricole commune forte… chacun est persuadé que ces objectifs sont pertinents. Mais ils ne veulent pas emprunter le même chemin pour y parvenir.
Premier exemple, la compétitivité des exploitations agricoles. François Hollande comme Nicolas Sarkozy sont l’un et l’autre persuadés qu’il faut alléger les charges liées au travail et surtout les harmoniser au niveau européen. Mais là où Nicolas Sarkozy défend les allègements qu’il a déjà mis en œuvre et le principe de TVA sociale, François Hollande y est hostile « en raison des conséquences néfastes sur la consommation ». « Nous pouvons en revanche, dit-il, faire appel au capital et taxer davantage la pollution ». Et d’insister : « Il n’y a pas de raison que ceux qui recourent aux techniques les plus propres ne soient pas encouragés... »

Le budget de la Pac

Même opposition de méthode sur la Politique agricole commune. Les deux candidats sont convaincus que le premier combat pour la Pac est celui du budget. « La France se battra, contre toute tentative de baisser le budget de la Pac », promet Nicolas Sarkozy. « Je n’ai pas compris pourquoi la France s’était placée sur la même position que l’Allemagne et la Grande-Bretagne sur la stabilité du budget européen », rétorque François Hollande. Le candidat socialiste veut « préserver les mécanismes de régulation de l’offre avec des mécanismes d’intervention sur les marchés. J’appelle cela le filet de sécurité. Mais son niveau est aujourd’hui trop bas. » François Hollande insiste aussi sur « la dimension agroenvironnementale que nous voulons donner à cette future Pac. »

Environnement : paperasse pour l’un, levier de croissance pour l’autre

Sur cette question de l’environnement, François Hollande et Nicolas Sarkozy sont presqu’à l’unisson : « Il ne faut pas opposer l’agriculture à l’environnement. » Le candidat de gauche va plus loin sur ce plan et estime que « l’environnement est un levier de croissance » tandis que Nicolas Sarkozy pense que « ce qui pose problème, ce sont les contrôles tatillons sur des textes parfois difficiles – voire impossibles – à appliquer, et pouvant donner lieu à interprétation. » François Hollande attribue aux régions un rôle important d’orientation tandis que son adversaire ne l’envisage pas. Il insiste : « Nous devons faire confiance aux régions qui ne chercheront pas à être concurrentes entre elles, mais qui essaieront en revanche de trouver la meilleure réponse à la réalité des exploitations. Cela concerne le foncier, l’eau, la modernisation des équipements... »
Les deux candidats s’opposent aussi sur la manière de concevoir le développement des exploitations. Tandis que l’actuel président, avec une vision plutôt individualiste de l’exploitation, insiste sur le fait que « les agriculteurs sont des entrepreneurs, ils veulent vivre de leur travail, pas de subventions », François Hollande souhaite, lui, renforcer les solutions mutualistes. Il propose « un nouveau type de contrat où se regrouperaient les agriculteurs pour investir collectivement dans une démarche de changement de leur pratique de production. À savoir des contrats pour préparer l’agriculture de demain, sur des modèles de production, d’organisation, de mécanisation, de produits nouveaux. La politique régionale appuiera ces contrats. »

OGM : ouvrir ou non la porte

C’est aussi sur le dossier des OGM que les deux rivaux semblent se rapprocher, mais en apparence seulement. Nicolas Sarkozy annonce qu’il n’a pas de position totalement fermée sur les OGM. À l’avenir, s’il est élu, certains OGM pourraient être acceptés « Si les conditions scientifiques sont garanties, bien sûr ; ce n’est pas une opposition de principe », affirme-t-il. La clause de sauvegarde a été lancée parce que « nous n’avons pas accepté la culture du maïs Mon 810 ». François Hollande est plus catégorique, même s’il laisse légèrement entr’ouverte la fenêtre : « Je ne suis pas favorable aux recherches en plein champ, qui peuvent avoir des conséquences sur d’autres cultures. Celles réalisées en sites confinés doivent en revanche être poursuivies. » Le candidat socialiste compte « plaider pour une harmonisation à l’échelle de l’Europe sur ce sujet » alors même que l’Europe envisage une renationalisation des procédures.
Représentativité syndicale : la représentation des syndicats minoritaires, notamment dans des organismes comme les interprofessions, fait l’objet d’une approche différente. Pour Nicolas Sarkozy, « il y a une tradition de négociation avec la FNSEA qui est une bonne organisation et qui fonctionne bien. Cela n’empêche pas d’avoir des contacts réguliers avec d’autres organisations minoritaires. » François Hollande, lui, envisage des évolutions : « Je reconnais le fait majoritaire. C’est ce qui permet l’exercice de la responsabilité, sans qu’il soit besoin d’écarter les syndicats minoritaires. » Une position qui explique peut-être, partiellement, en écho, la décision prise par la FNSEA d’entrouvrir la porte des interprofessions aux syndicats spécialisés minoritaires.

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