La réunion du Conseil des ministres de l'agriculture de l'UE a permis de faire le point sur la situation des marchés agricoles, en particulier sur les difficultés actuelles dans les secteurs du lait et du porc. Stephane Le Foll a eu l'occasion d'exprimer les préoccupations des professionnels français et a souligné notamment la nécessité de lever l'embargo russe et de prévoir des outils de régulation temporaire des marchés.
« Les mesures proposées par la Commission européenne en septembre 2015 pour les producteurs laitiers n'ont pas permis – à elles seules – d'être à la hauteur de la gravité de la crise dans ce secteur », a indiqué Stéphane Le Foll, lors d'un point de presse à l'issue de la réunion du Conseil des ministres de l'agriculture de l'UE, le 15 février à Bruxelles. Une gravité de la crise dans le secteur du lait que le ministre français de l'agriculture a résumé ainsi : une baisse des importations de pays tiers, notamment de la Chine, combinée à des niveaux de production plus élevés que ceux des années précédentes, ainsi qu'une réduction de la consommation sur le marché intérieur, a conduit à un ralentissement en 2015. Celui-ci se poursuit dans les premières semaines de 2016 avec une baisse des prix qu'il juge « très dangereuse ». Des discussions des ministres européens sur la crise dans le secteur du lait, il en est ressorti deux éléments importants aux yeux de Stéphane Le Foll. D'une part, le commissaire européen à l'agriculture, Phil Hogan, a confirmé la constatation de situation de crise dans le secteur. D'autre part, celui-ci a retenu « quelques propositions » contenues dans le mémorandum français. Un mémorandum français (voir ci-contre) qui aurait reçu le soutien d'une « dizaine de pays », a souligné le ministre français (1). Le commissaire irlandais doit venir en visite à Paris le 22 février prochain pour rencontrer le premier ministre, Manuel Valls, et le ministre de l'agriculture, Stéphane Le Foll. « Nous avons de-vant nous une semaine pour travailler à de nouvelles propositions de la Commission européenne pour contribuer à alléger la situation dans le secteur du lait et dans d'autres », a souligné Stéphane Le Foll. Ce dernier souhaiterait que Bruxelles avance sur deux points précis : la promotion des produits agroalimentaires par le biais de crédits à l'exportation et la mise à disposition d'outils de régulation de la production. Mais le ministre s'est empressé d'ajouter que ce dernier point « était encore en débat au sein des « 28 ». Cependant, a-t-il indiqué, « nous devons innover et la France s'emploie à travailler sur cet élément essentiel ».
LEVER L'EMBARGO SANITAIRE RUSSE
Pour ce qui est du secteur du porc, le ministre français n'est pas allé par quatre chemins : là aussi, les mesures proposées par la Commission en septembre 2015, notamment le stockage privé, ont été insuffisantes : « Il faut lever l'embargo sanitaire russe sur les produits européens et cela le plus rapidement possible », a scandé le ministre. « C'est une solution qui doit être prise très rapidement et cette question, a-t-il précisé, ne dépend pas du seul commissaire à l'agriculture, Phil Hogan, mais également de la commissaire au commerce, Cecilia Malmström ». Par ailleurs, le ministre français a souligné que les mesures de stockage privé n'ont profité en fait qu'à deux grands pays producteurs, l'Allemagne et la Pologne, qui à eux deux, « ont stocké 50 % des 90 000 tonnes de viande de porc présentées aux frigos ». Le ministre breton a dit « ne pas comprendre pourquoi les producteurs français n'ont pas été chercher cette mesure de stockage. » En direction des distributeurs, le ministre a souligné la nécessité pour tous « d'envoyer des signaux positifs (comme l'ont fait certains en Bretagne) » et il en a appelé « à la responsabilité et à la solidarité, à tous les industriels et à tous les distributeurs ».
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(1) Le Foll a notamment cité les pays suivants : Belgique, Roumanie, Irlande, Italie, Espagne, Allemagne, Chypre, Slovénie et Slovaquie.
Pour faire face aux crises agricoles qui frappent notamment les secteurs laitier et porcin, Stéphane Le Foll a déposé, le 4 février 2016, un mémorandum à la Commission européenne. L'objectif était de trouver des alliés en Europe pour « faire bouger les lignes » avant la réunion des ministres de l'agriculture européens, le 15 février suivant. Le texte du mémorandum, discuté avec les professionnels français, demandait notamment la levée de l'embargo sanitaire russe sur le porc (mis en place depuis janvier 2014 après des cas de peste porcine en Pologne), qui aggrave l'embargo politique lié au conflit ukrainien. Il réclamait un débat sur de nouveaux outils de régulation des marchés notamment dans les secteurs du lait et de la viande de porc, afin de limiter la production quand le marché est saturé. Il demandait aussi de mettre en place des mesures ponctuelles de soutien des marchés (poursuite du dispositif de stockage privé, mesure d'indemnisation pour réduction de cheptel, relèvement temporaire du prix d'intervention sur la poudre de lait/beurre). Il préconisait par ailleurs de développer un véritable outil de crédit à l'exportation européen qui faciliterait la recherche de débouchés et de créer un groupe de haut niveau sur le secteur laitier afin de revoir les mécanismes d'intervention, de favoriser la maîtrise de la production en période de prix bas ou encore d'aider à la modernisation du secteur. Sur le plan national et s'agissant de la traçabilité de l'origine des viandes dans les produits transformés, Stéphane Le Foll et Emmanuel Macron proposeront un décret rendant l'étiquetage de l'origine des viandes et du lait obligatoire pour les produits transformés. Il sera notifié à la Commission européenne dans les prochains jours.