La pression monte à quelques jours d’une réunion ministérielle du G-4 (Etats-Unis, UE, Brésil, Inde) que les protagonistes considèrent comme l’une des dernières occasions de débloquer le cycle de Doha avant l’expiration des pouvoirs de négociation octroyés par le Congrès à l’administration américaine. Le président Bush juge que de boucler ces pourparlers, tandis que son homologue brésilien parle d’un accord .
La représentante américaine au commerce Susan Schwab, le commissaire européen Peter Mandelson, le ministre brésilien des Affaires étrangères Celso Amorim et le ministre indien du Commerce Kamal Nath doivent se retrouver le 11 avril à New Delhi, en marge du Forum de politique commerciale Etats-Unis/Inde, pour des entretiens bilatéraux qui seront suivis le lendemain d’une réunion « G-4 » à laquelle devraient se joindre ensuite leurs homologues australien et japonais (le G-6).
Certains d’entre eux doivent par ailleurs se rendre à Lahore, au Pakistan, où se tiendra, du 16 au 18 avril, une réunion ministérielle du groupe de Cairns (pays exportateurs agricoles).
Les rencontres de New Delhi ont été préparées du 2 au 4 avril à Paris par de hauts fonctionnaires du G-4 qui ont abordé les volets agriculture, accès au marché non agricole (Nama) et services des pourparlers de l’OMC. Elles « arrivent au bon moment et sont importantes. Si nous voulons tirer profit de l’occasion qui s’offre à nous, nous devons intensifier et accélérer le processus de négociations », a déclaré le 4 avril M. Mandelson dans un communiqué. « Si nous échouons, les espoirs pour Doha cette année seront perdus », a ajouté le commissaire au commerce.
Un succès des pourparlers multilatéraux « est faisable, ce n’est pas encore fait et nous avons besoin de traction politique pour une percée finale », selon Pascal Lamy, qui s’exprimait lors d’une conférence le 29 mars à Barcelone. Toutefois, a ajouté le directeur général de l’OMC, « un échec du cycle est un scénario qui nous avons tous besoin d’avoir à l’esprit. Si nous sommes vraiment responsables, étant donné l’état des négociations, nous devons considérer ce scénario ».
A Genève, une trentaine d’ambassadeurs des pays membres de l’OMC se sont réunis le 4 avril pour faire le point avec M. Lamy sur l’état des négociations avant les entretiens du G-4 à New Delhi.
Un accord « d’ici 30 jours » selon le président brésilien
« C’est dans l’intérêt des Etats-Unis que nous achevions » les pourparlers de l’OMC, a estimé George W. Bush devant la presse à l’issue d’entretiens avec le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, le 30 mars à Camp David (Maryland, Est). « Nous sommes prêts à réduire nos subventions à l’agriculture de manière substantielle, mais d’un autre côté nous voulons que nos produits, qu’ils soient agricoles, industriels ou des services, bénéficient d’un accès au marché », a-t-il ajouté.
Lula a fait part au président américain de sa « préoccupation » concernant l’avenir du cycle de Doha, mais leurs conversations lui ont donné un « grand optimisme » et il a affirmé que les négociateurs « n’avaient jamais été aussi proches d’un accord ».
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De retour de sa visite aux Etats-Unis, le président brésilien a assuré que son homologue américain lui avait déclaré « être disposé à un accord à l’OMC » et que « d’ici 30 jours l’accord doit être conclu ». Il comptait en discuter au téléphone avec le premier ministre britannique, Tony Blair, et la chancelière allemande, Angela Merkel.
Dans la foulée, son ministre des Affaires étrangères a précisé que les chefs d’Etat brésilien et américain avaient évoqué un calendrier anticipant la conclusion d’un accord-cadre d’ici la fin mai.
« Quand des dirigeants comme le président Bush et le président Lula affirment qu’ils veulent parvenir à un accord dans les 30 jours, ils ne blaguent pas », a déclaré M. Amorim, avant d’ajouter qu’ils « ne feraient pas une telle révélation politique si elle n’était pas fondée ».
Le chef de la diplomatie brésilienne a indiqué par ailleurs qu’une nouvelle rencontre ministérielle, après celle de New Delhi, aurait lieu en mai.
Accord de libre-échange Etats-Unis/Corée du Sud
Après dix mois de négociations ardues, qui butaient notamment sur le commerce du riz et de la viande bovine, les Etats-Unis et la Corée du Sud sont parvenus le 2 avril à Séoul à signer un accord de libre-échange, le plus important conclu par Washington depuis l’Alena (Accord de libre-échange nord-américain avec le Canada et le Mexique). Le président Bush s’est montré déterminé à le faire approuver au plus vite par le Congrès, avant que n’expire le 1 er juillet la loi dite Trade Promotion Authority, ou « Fast Track » (« voie rapide »), qui lui permet de négocier des accords que les parlementaires ne peuvent qu’approuver ou rejeter en bloc, sans en amender les dispositions.
C’est cette échéance qui est également évoquée pour parvenir à une percée dans le cycle de Doha.
La Corée du Sud a réussi, dans l’accord avec Washington qui doit être ratifié par son parlement, à exclure l’ouverture de ses frontières au riz américain. En revanche, les Etats-Unis ont obtenu que ce pays ouvre son marché à leurs exportations de viande bovine, Séoul ayant promis d’éliminer ses droits de douane de 40 % en dix ans.