Les six grands acteurs des pourparlers de l’OMC – Australie, Brésil, Etats-Unis, Inde, Japon, UE – réunis au niveau ministériel à Genève le 17 juillet au soir, ont arrêté un calendrier pour tenter une nouvelle fois de trouver dans les prochaines semaines un accord sur les « modalités » (chiffres et autres dispositions) des négociations sur la réduction des droits de douane agricoles et industriels et du soutien interne agricole. La veille, les chefs d’Etat et de gouvernement du G-8, auxquels s’étaient joints leurs homologues de pays émergents, avaient fixé à mi-août l’échéance pour un tel compromis.
Selon le ministre indien du Commerce, Kamal Nath, et le ministre brésilien des Affaires étrangères, Celso Amorim, les « Six » ont prévu, lors de leur rencontre du 17 juillet, de se retrouver à Genève les 23 et 24 juillet puis les 28 et 29 juillet. Le but de ces réunions sera d’aider Pascal Lamy, le directeur général de l’OMC, à trouver un compromis.
« L’idée est de faire une nouvelle tentative, avec plus de volonté et, je l’espère, plus de flexibilité » de la part des participants, a déclaré M. Nath.
« La prochaine étape consiste à retourner dans nos capitales pour voir quelle marge de manœuvre chacun de nous peut rapporter à la table de négociations », a expliqué pour sa part Susan Schwab, la représentante américaine pour le commerce, qui devait s’entretenir les jours suivants à Washington avec les commissions compétentes du Congrès.
Quant au commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, il a répété le 18 juillet, lors d’une conférence organisée par un cabinet d’études bruxellois, que « l’UE envisagera d’accepter des baisses de ses droits agricoles moyens proches de celles proposées par le G20 si les circonstances le permettent, c’est-à-dire si les Etats-Unis font une offre significative sur les subventions agricoles, et deuxièmement si les économies émergentes acceptent des réductions de taxes douanières qui créent de véritables et nouvelles opportunités pour les entreprises » Voir n° 3065 du 17/07/06.
« Flexibilité »
Les négociateurs des « Six » répondaient aux souhaits des huit grandes puissances mondiales (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie) qui, réunies au sommet le 16 juillet à Saint-Pétersbourg, ont demandé à leurs ministres de faire preuve de « flexibilité » afin de parvenir aux grandes lignes d’un accord d’ici la mi-août.
Les dirigeants brésilien, chinois, indien, mexicain et sud-africain, invités par le G-8 à une séance de travail sur les négociations de l’OMC le 17 juillet à Saint-Pétersbourg, ont peu ou prou appuyé cette position.
« Je suis prêt à demander à mon ministre de faire preuve de la flexibilité nécessaire», a ainsi affirmé le président brésilien Lula, ajoutant toutefois : « Je n’attends pas moins de mes collègues réunis ici ».
De son côté, Jacques Chirac a exclu des gestes supplémentaires de la part de l’UE, sauf, a dit le président français, « en contrepartie de concessions importantes de nos amis américains ou des pays émergents sur le plan agricole ou sur le plan industriel».
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José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne a estimé, de son côté, que George W. Bush et le président brésilien étaient prêts à prendre les moyens de relancer le cycle de Doha. Il a aussi estimé que la Commission disposait d’assez de marge de manœuvre dans son mandat de négociation, mais qu’elle pourrait en demander un plus large, si nécessaire.
Le Conseil de l’UE a convenu, le 17 juillet à Bruxelles, de tenir une session spéciale à Genève fin juillet ou en août en cas de réunion ministérielle de l’OMC.
Enfin, M. Lamy, présent lui aussi le 17 juillet à Saint-Pétersbourg, a reconnu que les consultations menées jusqu’alors pour préparer un compromis n’avaient suscité que des avancées minimes.
Inquiétude au Conseil agricole de l’UE
Soutenue par ses alliés traditionnels sur ce sujet, la Grèce, l’Espagne, l’Autriche et la Pologne notamment, la France a une nouvelle fois critiqué, lors du Conseil agricole des Vingt-cinq, le 18 juillet à Bruxelles, la tactique de négociation de M. Mandelson, qui suggère que l’UE pourrait améliorer son offre du 28 octobre 2005 sur l’accès au marché, alors que celle-ci est « conditionnelle « et n’est toujours pas suivie de contreparties des autres pays membres de l’OMC, les Etats-Unis en particulier.
Mariann Fischer Boel, la commissaire à l’agriculture, a réaffirmé, de son côté, qu’il n’y avait pas de nouvelle offre de la Commission.
Certaines préoccupations spécifiques ont été soulignées au cours de ce Conseil : la protection des indications géographiques (Italie), la nécessité de ne pas aller au-delà d’une baisse tarifaire de 60 % dans la bande des droits les plus élevés (France) ou encore la nécessité d’inclure dans la liste des produits sensibles les fruits et légumes (Pologne, Espagne, Grèce) et des produits porcins (Danemark).
La proposition du G-20, « une catastrophe »
Lors d’un entretien avec M. Mandelson, le 19 juillet à Bruxelles, des représentants des organisations professionnelles et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) ont fait valoir que, « si la proposition du G20 était acceptée, ce serait une catastrophe pour les agriculteurs européens ».
« Alors que le secteur de la viande s’effondrerait en Europe, les secteurs des céréales, du lait, du sucre et des fruits et légumes seraient également fortement touchés. Le revenu total de l’agriculture dans l’UE-25 diminuerait d’un quart et plus d’un million d’emplois seraient perdus », ont-ils affirmé au commissaire commerce, ajoutant qu’il ne s’agit pas des estimations des organisations agricoles, mais des chiffres de la direction générale de l’agriculture de la Commission (2).