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Conférence internationale Le G8 pèse plus par ses orientations que par son enveloppe financière

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C’est moins par le montant apparemment considérable de l’enveloppe affichée, 20 milliards de dollars pour assurer la sécurité alimentaire mondiale, que par les orientations annoncées, que devrait peser le récent G8 réuni en Italie les 9-11 juillet. La priorité est donnée « à l’agriculture locale et à la petite exploitation ». Des déclarations d’intentions, certes, que les militants de la lutte contre la faim dans le monde ont pu saluer tout en restant sceptiques sur leurs portées réelles.

«Nous devons adopter une approche globale, incluant la productivité agricole, la préparation des cultures et leur commercialisation, nous concentrant sur l’agriculture privée, les petites exploitations, les femmes et leurs familles, le développement de l’emploi et des conditions de travail décentes, etc. » Jamais sans doute les conclusions d’un sommet de pays occidentaux (auxquels s’étaient joints de nombreux pays émergents ou moins avancés), publiées le 11 juillet, n’avaient à ce point défendu le rôle des agricultures locales pour assurer la sécurité alimentaire. On croirait lire un manuel d’ONG sur l’agriculture vivrière.
Nouveau contexte
Il faut, évidemment, lire ces conclusions à la lumière d’un nouveau contexte : la conséquence tirée de la crise alimentaire de 2008 mais aussi l’arrivée de la nouvelle administration américaine dans le sillage de Barack Obama. Comparé à cette orientation générale, l’affichage d’un budget de 20 milliards de dollars n’est alors peut-être pas l’essentiel. Raison principale : il s’agit en fait d’une addition de chiffres dont une partie, environ 13 milliards de dollars, est déjà engagée ; une autre partie fait l’objet de réorientations. Ainsi, les 3,5 milliards avancés par les États-Unis résulteraient d’un redéploiement de sommes destinées initialement à l’aide alimentaire vers des actions plus structurelles concernant la production locale. Ces 20 milliards qui ont fait grand effet sont, de plus, destinés à être employés sur 3 ans (2008-2009-2010). Telle est la technique diplomatique habituelle : on collationne l’ensemble des dépenses déjà plus ou moins engagées ou prévues vers un type d’objectif et on révèle l’énormité de la somme. Mieux : au dernier moment, les participants à la rencontre dite de l’Aquila, dans les Pouilles italiennes, ont réussi à étoffer le budget au dernier moment de 15 à 20 milliards. Comparé au besoin annoncé naguère par la FAO de 30 milliards de dollars par an pour éradiquer la famine qui touche un milliard d’individus, ces 20 milliards sur 3 ans peuvent paraître bien minces.
Promouvoir les petits exploitants
L’essentiel est donc dans les modalités annoncées. « Les politiques nationales et régionales doivent permettre aux fermiers, lit-on encore dans le communiqué final, surtout les petits exploitants et les femmes d’être pleinement associés à la gestion des marchés locaux ou régionaux. » De plus, « les actions prioritaires doivent permettre l’accès plus large à de meilleures semences et des engrais, à une meilleure gestion de l’eau, des forêts et des ressources naturelles ». D’où une action sur la recherche et l’éducation de même que sur la dissémination de l’information et des meilleures pratiques. L’annonce remet d’ailleurs la promotion de l’agriculture dans un contexte de développement économique général, abordant aussi la chaîne alimentaire et les politiques sociales pour les plus démunis.
Libéraliser tout de même
Si les dirigeants de la planète déclarent promouvoir des politiques régionales, ils n’en affirment pas moins le credo habituellement entendu dans des enceintes comme l’OMC : « Nous voulons réduire les distorsions de concurrence, éviter toute augmentation de barrières douanières et tout investissement contraire aux règles de l’OMC. » Une contradiction qui peut être résolue par des investissements importants dans les infrastructures rurales, la transformation et le stockage. C’est dans cet esprit qu’une des conclusions de la rencontre de l’Aquila porte sur l’engagement à conclure le cycle de Doha en 2010. Une orientation qui révèle toute la complexité de l’aspiration au développement des pays les plus pauvres. Ils savent qu’ils ont besoin de protection pour pouvoir se développer (pour 50 pays les moins avancés ils peuvent être exonérés des règles de l’OMC sur l’abaissement des tarifs douaniers) tout en étant fascinés par un développement à la brésilienne qui s’est fait grâce au commerce mondial.

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