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Diversification Le GIPT alerte à la baisse des surfaces de pommes de terre féculières

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À l'heure où la Pac prône la diversification dans l'assolement des grandes cultures, une culture risque d'entrer dans une phase déclin : la pomme de terre féculière. Le Groupement national interprofessionnel pour la valorisation de la pomme de terre (GIPT), qui a tenu son assemblée générale le 17 décembre à Paris a sonné l'alarme, constatant un début de décrochage des surfaces de la pomme de terre de fécule.

LA POMME de terre de fécule, aujourd'hui moins de 20 000 hectares, une culture de diversification dans l'assolement, risque de décliner, conséquence du découplage des aides, qui n'incite plus à cette culture spécifique. Le GIPT a signalé, lors de son assemblée générale le 17 décembre, un mouvement de non-renouvellement, voire de dénonciation, des engagements triennaux des producteurs dans leurs coopératives.

Le niveau des surfaces commence à s'infléchir

Les emblavements de pommes de terre féculière pour 2014 descendraient à 17 400 hectares, contre 20 300 en 2013, selon Pascal Foy, président du GIPT.

Les aides à la pomme de terre de fécule n'existent plus spécifiquement. Elles étaient de 35 millions d'euros en France avant le début du découplage en 2006. Elles sont passées à 21 millions d'euros après 2006, puis ont disparu sous leur forme couplée en 2011. Les surfaces se sont maintenues pendant deux ans car les producteurs coopérateurs sont dans l'ensemble restés dans le cadre de leurs engagements. Mais la tendance commence à s'infléchir, a indiqué Pascal Foy.

La superficie d'environ 17 000 hectares pour la pomme de terre féculière « est peut-être un seuil critique », a rappelé Marie-Laure Empinet, porte-parole du groupe Roquette. À court terme, l'agriculteur ne perd pas à délaisser cette culture, du fait des aides découplées, qui ne privilégient pas davantage la production de pomme de terre féculière que de céréales. Mais le problème commencera si les usines ferment, faute de matière première. Si tel est le cas, les producteurs auront perdu définitivement un débouché, a précisé Pascal Foy.

Le risque d'un effet boule de neige

Si le repli des surfaces se poursuit, « le risque de ne pas disposer d'un approvisionnement suffisant pour les deux usines françaises viendrait stopper net l'ensemble des investissements déjà réalisés pour développer de nouveaux débouchés à plus forte valeur ajoutée pour la fécule : applications en industries alimentaires, en chimie du végétal (emballages de type sacs et films plastiques ainsi qu'en cosmétique », a cité le président du GIPT.

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Ce serait, a-t-il estimé, à la fois une perte de débouché pour l'agriculture et une perte pour l'industrie. Cela alors que les autorités chinoises mènent une politique volontariste. Pour protéger son industrie naissante de la fécule, la Chine a décidé début 2013 de reconduire pour une nouvelle période de cinq ans les droits antidumping qui s'appliquent aux importations de fécule de pommes de terre européenne. Ces droits avaient été introduits en 2007 et ne cessent de croître : aux 25% de droits de base, se sont ajoutés 35% de droits anti-dumping en 2007. Ils ont été portés à 57% en 2012, et additionnés de 11% de droits anti-subvention. Pékin a décidé d'appliquer cette batterie de droits jusqu'en 2018. « L'ironie serait de voir demain le marché français envahi par des bioplastiques venus de Chine », a évoqué Pascal Foy.

Valeur ajoutée : la fécule pour l'alimentation humaine

Espérant peu de soutien du côté des pouvoirs publics via les aides couplées (le CSO du 17 décembre a montré que la fécule est écartée du champ des aides couplées), les industriels travaillent sur des axes de recherche de valorisation de la fécule dans les filières alimentaires. La fécule a, par exemple, des propriétés particulières de viscosité et de pureté pour la fabrication des nouilles asiatiques, que n'a pas son concurrent l'amidon de blé et de maïs. Le débouché alimentaire est plus rémunérateur que celui de la papeterie-cartonnerie, qui est plus particulièrement celui de l'amidon du blé et du maïs. Déjà, 67% de la fécule native sont destinés aux industries agroalimentaires et 30% à la papeterie-cartonnerie. Le rapport était inversé il y a cinq ans, a rappelé le GIPT.

Frites, chips, purées : la balance commerciale se creuse

À côté de la fécule, la pomme de terre d'industrie pour l'alimentation humaine est l'autre grand domaine de la pomme de terre transformée, champ de compétence du GIPT. La balance commerciale française se creuse pour le secteur de la pomme de terre d'industrie pour l'alimentation humaine : frites, chips, purées, a indiqué le groupement interprofessionnel. En valeur, les importations se sont accrues de 4% en 2012/13, à 570 M€. Les exportations ont augmenté de 2% pour atteindre 310 m€. « La balance commerciale se creuse par rapport à la campagne précédente et atteint un déficit de près de 260 m€ ». Les importations de produits transformés à base de pommes de terre représentent environ 700 000 tonnes, dont plus des trois-quarts concernent les produits surgelés. La Belgique, suivie loin derrière par les Pays-Bas, sont les principaux fournisseurs de la France. Les exportations, de l'ordre de 370 000 tonnes, sont à plus de 90% des surgelés. Ils sont destinés principalement à l'Italie, l'Espagne et aux Pays-Bas.

Le drive, mode de distribution adapté à la consommation alimentair

LE drive est un mode de distribution adapté à la consommation alimentaire, a montré Sonia da Silva, chef de groupe chez Kantar Worlpanel à l'assemblée générale du GIPT. « C'est un canal qui permet de maîtriser précisément sa consommation : on vérifie ses placards et on contrôle les montants de prix en tout sérénité, sans être influencé par les achats d'impulsion dus aux mises en avant », a-t-elle expliqué. Les produits types qui correspondent à ce mode de distribution sont les ceux qui font gagner du temps pour la cuisine. Les drives ont gagné des parts de marché ces dernières années sur les hypermarchés et sur les hard discounts. Les hypermarchés « sont désavantagés par la part élevée du non-alimentaire », tandis que les hard discounts « sont décriés » parce que nombre de consommateurs n'ont pas grande confiance dans la qualité des produits alimentaires qu'ils distribuent et redoutent des effets négatifs sur la santé.