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Recherche Le Grand Ouest se dote d’une chaire de sociologie dédiée aux mutations agricoles

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Face aux changements qui s’opèrent en agriculture et à une offre sociologique sur ces questions extrêmement faible dans le Grand Ouest, l’Ecole supérieure d’agriculture (ESA) d’Angers créera cet automne une chaire de sociologie consacrée aux mutations agricoles.

«La sociologie en agriculture est présente au niveau national à l’Inra, au CNRS, à Sciences Po... Mais dans la région du Grand Ouest, ça n’existe pas », a expliqué le 10 juillet, à Angers, Roger Le Guen, sociologue à l’Ecole supérieur d’Agriculture (ESA), lors du colloque Les élites agricoles et rurales : héritages et perspectives. « Il n’y a pas non plus dans les universités de l’Ouest d’enseignant spécialisé sur des questions agricoles ou rurales, contrairement à ce que l’on observe en économie, en géographie et en droit, où il y a des dizaines et des dizaines d’enseignants et de chercheurs qui sont centrés sur un certain nombre de questions ». D’où cette initiative de l’école angevine : elle prévoit de créer cet automne une chaire de sociologie dédiée aux mutations agricoles et dont Roger Le Guen, l’instigateur du projet, sera le titulaire. « Le conseil régional, Angers Loire métropole, mais aussi les services de l’Etat, le ministère de l’Agriculture sont très intéressés par l’étude de la composante humaine et sociale du changement de l’agriculture, a précisé l’enseignant-chercheur. D’autant plus dans le Grand Ouest, la grande région de production ».

Des mutations qui interrogent

Les travaux menés dans le cadre de la chaire seront consacrés aux transformations du travail et des métiers dans l’agriculture et la ruralité. « Le Grand Ouest est l’un des plus grands territoires européens sur le plan de l’élevage et des industries agroalimentaires. Et dans ce grand territoire, on voit une sorte de fond commun de diagnostic qui consiste à dire que l’agriculture essentiellement familiale est en train de laisser la place à d’autres formes sociales de production », explique Roger Le Guen. D’autre part, on voit monter, « dans la région particulièrement, poursuit le sociologue, les pressions écologiques depuis maintenant une quarantaine d’années. On voit même des tensions entre les logiques territoriales et les logiques de filière. Bref, on est dans un contexte qui nous interroge, qui nous sollicite. Et l’idée de cette chaire, c’est de passer à l’échelle d’une recherche avec les acteurs concernés, notamment les agriculteurs ». Ces travaux se concentreront aussi sur l’engagement collectif des agriculteurs dans leur profession et en milieu rural et sur l’interrogation concernant le développement aujourd’hui en agriculture et dans la ruralité, en particulier les changements qui peuvent être liés aux innovations.

Une thèse sur les relations entre agriculteurs et coopératives de l’Ouest

Cette chaire devrait coopérer avec d’autres structures de l’Ouest, notamment les chercheurs et les établissements de formation supérieure « en accueillant des postes de doctorants et aussi des collègues étrangers », précise Roger Le Guen. Plusieurs sujets de doctorat émergent déjà : une thèse débutera en septembre sur le thème des relations entre les agriculteurs et leurs coopératives dans l’Ouest aujourd’hui ; d’autres devraient suivre sur la segmentation du métier de viti-viniculteur en Anjou et une étude comparative sur les femmes engagées en agriculture et en artisanat-commerce. « Cette chaire n’est donc pas un projet fermé sur une institution, insiste le scientifique, mais plutôt un appel à regarder ce qui se passe dans ces milieux agricoles d’une part, en coopération avec les forces universitaires et de recherche qui aujourd’hui ne sont pas positionnées là dessus et d’autre part, en relation avec des acteurs professionnels et politiques qui nous sollicitent énormément sur le terrain ».

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