La spécialisation de ses trois sites d’abattage achevée, le groupe Alliance entend bien conserver une longueur d’avance dans la production d’unités de vente consommateur (UVC). La montée en puissance de l’outil industriel de Flixecourt doit encore permettre au groupe de réduire ses coûts et de développer ses marchés en MDD, son cœur de marché. Alors qu’en Grande-Bretagne les GMS ont presque toutes opté pour la vente de viande en UVC, la grande distribution française semble réticente à une telle évolution. « Auchan, notre client historique, sera le dernier distributeur à aller sur ce marché-là », reconnaît Gérard Cladière. La préoccupation immédiate du directeur général « viandes » du groupe Alliance concerne néanmoins la baisse de la consommation. « Les 4 % de baisse annuelle rencontrée en France doivent nous inciter à reconsidérer les mentions légales et informatives de l’étiquetage, une réflexion à mener avec la grande distribution et les pouvoirs publics », souligne-t-il.
Le groupe Alliance, à travers sa filiale Défial, vient d’achever la réorganisation de ses sites industriels au nord de Paris. Avec trois abattoirs (dont deux dédiés à la viande bovine et un spécialisé porc), un atelier de découpe-désossage et un site hyperspécialisé dans la production d’unités UVCI (unité vente consommateur industriel), Défial a opté pour la spécialisation pour conserver une longueur d’avance dans le domaine de la commercialisation de viandes en portions-consommateur. « En Grande-Bretagne, le marché de référence en matière d’UVC, 90 à 95 % de la viande que vous trouvez en grandes surfaces sont sous forme de portions consommateurs », explique Gérard Cladière, le directeur général qui supervise toutes les activités « viandes » du groupe Alliance.
C’est un marché qui commence à se développer en Allemagne, mais qui n’en est qu’à ses balbutiements en France, ajoute-t-il. « Les GMS ont encore trop souvent des visions “court terme” dans leurs relations avec les industriels de la viande et s’adressent encore trop souvent au plus offrant…alors qu’en Grande Bretagne, les industriels sont engagés sur le long terme avec la GMS. Prenez une chaîne comme Tesco, elle s’approvisionne à partir de deux sites industriels, c’est tout », rappelle Gérard Cladière.
Défial gère Formerie
Désormais, « tous nos sites d’abattage sont de taille industrielle », souligne Gérard Cladière depuis que l’abattoir d’Amiens a été fermé en décembre dernier et ses activités transférées à 60 kilomètres de là sur le site de Formerie, dans l’Oise. Ce site ayant appartenu à La Ruche Picarde (groupe Docks de France), tombé dans l’escarcelle du groupe Auchan au moment du rachat de l’enseigne, avait été revendu en 1998 au groupe Charal La société Bigard et le groupe Alliance sont les deux actionnaires de la Compagnie Financière Charal (3050 salariés) qui détient à 100% la SAS Charal (900 M EUR de chiffre d’affaires) dirigée par Jean Chavel., qui en laissa la gestion à une équipe Défial, en vertu des accords que les deux sociétés ont dans le groupe ABC, jusqu’au 31 décembre 2006.
« Désormais, le site de Formerie est officiellement géré par Défial depuis le 1 er janvier 2007 » , explique Gérard Cladière en poursuivant : « le transfert des 5 à 600 bêtes semaine d’Amiens à Formerie nous permet d’abattre ainsi dans l’Oise 1 200 bêtes par semaine ». Une capacité équivalente à celle de son deuxième abattoir bovins de Nœux-les-Mines (Pas-de-Calais). Quant à l’abattoir porcs, à Saint-Pol-sur-Ternoise, d’une capacité optimale de 9000 porcs/semaine, il pourrait retrouver une gestion équilibrée à la faveur de la réorganisation entreprise en amont (groupements de producteurs) et après la fermeture de deux unités d’abattage situées au nord de Paris, les abattoirs du Valois à Compiègne (60) et Porcinord au Nouvion (02).
« Saint-Pol-sur-Ternoise abat aujourd’hui 7000 porcs/semaine, grâce notamment à nos partenaires salaisonniers et distributeurs qui nous ont donné un coup de main », tient à préciser le directeur. L’abattoir n’a pas obtenu de prix préférentiel mais cette montée en tonnage lui a permis d’écraser ses charges fixes.
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« Le marché du porc français, et a fortiori les filières régionales hors Bretagne, sera toujours fragile tant qu’il ne sera pas en prise directe avec le marché européen. C’est pourquoi la France est depuis longtemps le déversoir des excédents européens, tantôt via le Danemark , tantôt via l’Espagne ! », rapporte Gérard Cladière.
Un entrepôt logistique de 80 000 m 3
Outre son atelier de découpe désossage implanté au siège social d’Ailly-sur-Somme (muscles bovins sous vide et viandes standardisées…), le groupe Alliance avait mis en service en 2003 son unité ultra-moderne de Flixecourt, à quinze kilomètres de là, et dans laquelle il produit ses portions consommateurs. Alliance avait investi 25 M EUR dans cette unité mise en service en janvier 2004 avec une production de 7 000 tonnes la première année et aujourd’hui de 15 000 tonnes. « Nous comptons nous développer fortement en 2008, une fois que nous aurons encore amélioré notre productivité », confie Gérard Cladière.
Le groupe Alliance achève par ailleurs l’extension de son usine de Luneray, spécialisée dans la saurisserie, les produits services, les festifs, les marinés… où il a investi 5 millions pour agrandir les lignes et changer les matériels de cuisson. « Elle sera opérationnelle dès la fin de cette année », précise le directeur général. Alliance va également construire à Foucarmont (76), là où est implantée l’usine Gewy, un entrepôt logistique moderne. La phase administrative a été plus longue que prévu, mais l’ouverture des 80 000 m 3 de stockage en froid négatif (-20°C) est prévue pour 2009. Cet entrepôt permettra de stocker et de massifier sur un seul site les préparations de commandes à destination notamment de la restauration hors foyer, ainsi que les produits de la mer de la nouvelle société Interpral/Ulysse (voir encadré).
Le groupe dont le conseil de surveillance est toujours présidé par Jean-Pierre Heuzèle, a réalisé un chiffre d’affaires (hors Charal) de 432 M€ en 2006, contre 380 M€ en 2005. Avec l’ensemble de ses filiales, il emploie 1 900 salariés et a abattu 55 000 tonnes de viandes en 2006 et commercialisé 68 000 tonnes de produits élaborés.