Une relance de la production oléagineuse est menée au Maroc par Avril (ex-Sofiprotéol), qui annonce la mise en marché inédite d'une huile à base de tournesol, colza et soja. Le groupe apporte son savoir-faire en structuration de filière. Il voit dans le Maroc un débouché pour le tournesol et le colza français, ainsi qu'une porte d'entrée vers le prometteur marché africain.
« Après une première récolte de 15 000 t de graines de tournesol en 2014, le double est attendu en 2015 », a déclaré Samir Oudghiri Idrissi, DG de la filiale Lesieur Cristal, le 21 mai devant la presse française. Avril développe la production locale dans le cadre du Plan Maroc Vert mené par le gouvernement. Objectif : 230 000 t de graines en 2020, soit 20 % des besoins nationaux. Le spécialiste français des huiles et protéines végétales apporte son savoir-faire en structuration de filière.
« Notre action au Maroc illustre de manière emblématique la stratégie de croissance du groupe », a expliqué le gérant Jean-Philippe Puig, soucieux de « valoriser tous les maillons de la chaîne ». En 2014, Lesieur Cristal a déjà innové en lançant une huile à base de tournesol et colza. « Il s'agit d'initier le consommateur à une nouvelle graine et de préparer l'arrivée de la production agricole locale », a indiqué Samir Oudghiri Idrissi. En cas de succès, l'intérêt pour Avril est aussi de compléter l'approvisionnement par des achats en France.
Le Maroc couvre l'essentiel de ses besoins en huile via des importations de soja. « C'est un débouché potentiel pour nos graines », a souligné Jean-Philippe Puig. Mais l'implantation sur place découle d'une approche plus originale. « Quand l'opportunité de reprise de Lesieur Cristal s'est présentée, on a défendu un projet de filière, a-t-il raconté. L'Etat marocain a été sensible à notre engagement de développer les cultures oléagineuses. » Lesieur Cristal lui a été racheté en 2012, par le biais d'une coentreprise entre Avril et le spécialiste français des boissons Castel, qui détiennent 41 % du capital.
Une filière oléicole intégrée
La relance de la filière oléagineuse repose sur un accord signé en 2013 entre l'interprofession Foléa et le ministère de l'Agriculture. 127 000 ha sont visés à l'horizon 2020, dont 85 000 de tournesol, 42 000 de colza. Un GIE industriel est chargé de la transformation, impliquant Lesieur Cristal (deux tiers) et Belhassan (un tiers). « Les agriculteurs marocains, qui ont produit jusqu'à 150 000 t de graines de tournesol dans les années 90, se sont détournés de la culture, a souligné Samir Oudghiri Idrissi. Ils la jugeaient trop peu rentable, à cause des rendements trop faibles, de la compétition des autres graines, d'une filière désorganisée. » Des incitations sont mises en place, comme la mise à disposition de semences issues de la recherche française pour tripler les rendements, d'une assurance climatique élaborée avec le Crédit Agricole, l'engagement d'achat intégral de la récolte.
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Un autre volet d'action concerne la filière oléicole, que le gouvernement souhaite voir intégrée. « L'agrégation est au cœur du Plan Maroc Vert, a précisé Samir Oudghiri Idrissi. Cela consiste, pour les petits agriculteurs, à s'adosser aux industriels. Lesieur Cristal apporte son savoir-faire, avec en contrepartie des aides de l'Etat. » Trois domaines oléicoles sont exploités par la filiale d'Avril, qui totalisent environ 1 200 ha. Le plus gros, El Kelaâ des Sraghna, s'étend sur 630 ha dans la région de Marrakech. « En tant qu'agrégateur, on achète les olives de 150 agriculteurs voisins, a indiqué Ali Zaz, directeur adjoint de l'amont agricole à la Société d'exploitation de l'olive (Lesieur Cristal). Un accompagnement technique leur est proposé, sur la taille, les traitements, l'irrigation… »
Un « marché gigantesque »
L'implantation au Maroc, sa première d'envergure sur le continent, a permis à Avril de mettre un pied sur ce « marché gigantesque », a insisté Jean-Philippe Puig, dont l'ambition est de faire de l'Afrique subsaharienne le « terrain de jeu » du groupe. Au Sénégal, Avril tente de monter une filière intégrée d'arachide, sur le modèle marocain. Le groupe a racheté avec Castel une usine de trituration en 2013 et travaille, là aussi, avec des agriculteurs locaux et des semenciers français pour augmenter les rendements. Le groupe compte aujourd'hui de petites usines dans une dizaine de pays (Tunisie, Algérie, Côte-d'Ivoire...), mais réalise moins de 10 % de son chiffre d'affaires sur le continent africain.
Avril a enregistré en 2014 un résultat opérationnel en forte hausse (+23 %), malgré un chiffre d'affaires en baisse de 8 % en raison de la baisse des cours des matières premières, a annoncé le 22 mai la société. Le numéro un des huiles de table et des œufs en France a réalisé 6,455 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2014 contre 7,049 milliards en 2013. Ce repli, « de l'ordre de 8 % », est « essentiellement lié à la baisse des cours des matières premières », assure Avril dans un communiqué. Le résultat opérationnel, ou Ebitda, a en revanche augmenté de 23 % sur cette même période, passant de 211 à 259 millions d'euros, traduisant « une amélioration significative de la performance opérationnelle d'Avril, portée en grande partie par la progression de son Pôle végétal », d'après le communiqué. Le Pôle végétal d'Avril a ainsi bénéficié de conditions de marché des matières premières plus favorables, selon le groupe. La contribution du pôle animal s'est, elle, maintenue. Seule la branche « œufs » a obéré en 2014 sa profitabilité, dans un contexte de surproduction en France. « 2014 a été une année de contrastes. Le contexte économique est resté incertain. Néanmoins, le groupe a réalisé une année positive, lui permettant de consolider ses performances », a commenté le gérant du groupe, Jean-Philippe Puig, cité dans le communiqué. Le géant agroalimentaire, qui a fortement accru ses investissements en 2014 avec 218 millions d'euros (+55 %), espère « poursuivre le rythme de ses investissements » en 2015, pour « favoriser l'innovation » et « maintenir et développer ses capacités industrielles ».