Abonné

Table-ronde Le Groupe Monde Rural veut redynamiser les campagnes

- - 5 min

11 millions de personnes, soit 18% des français, vivent dans des zones rurales, réparties dans 33 500 communes. Cette population est devenue de plus en plus hétérogène, mêlant les néo-ruraux et les ruraux « de souche » dont la majorité exerce une activité agricole. Entre désertification et reforme territoriale, ces ruraux s'interrogent sur le devenir des campagnes.

À l'occasion d'une table ronde organisée par le Groupe Monde Rural le 9 juin, des organisations professionnelles, réseaux associatifs et élus locaux ont fait part de leurs interrogations, mais également de leurs propositions de solutions pour relever les « nouveaux défis de la ruralité ».

La FNSEA, représentée par Henri Bies-Péré, prend la question de l'avenir des territoires ruraux au sérieux, car « les agriculteurs sont les plus concernés par le devenir du monde rural qui fait figure de parent pauvre ». Les campagnes souffrent d'un manque d'attractivité entretenu par une inégalité de services par rapport aux zones urbaines. « Il y a une politique de la ville, mais y a-t-il vraiment une politique de la ruralité ? », s'interroge Dominique Marmier, président de Familles Rurales. Les ruraux craignent en effet que sans intervention rapide des pouvoirs publics, le phénomène de désertification lié à la fracture numérique et au défaut de services ne s'amplifie.

Un plan d'action au service de l'attractivité des zones rurales

Marc-Etienne Pinauldt, directeur du développement des capacités des territoires, s'est voulu rassurant, soulignant les mesures concrètes prévues dans le plan d'action pour les ruralités présenté en mars 2015 et porté par la ministre du Logement, de l'Egalité des territoires et de la Ruralité, Sylvia Pinel. Selon M. Pinauldt, des réalisations concrètes sont déjà observables et d'autres sont en cours ; le dossier étant suivi de près par la directrice de cabinet du Premier ministre.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

ruralité
Suivi
Suivre

En matière de téléphonie mobile, le plan prévoit la couverture des zones blanches (non couvertes) et grises (couvertes par un opérateur seulement). Le 21 mai dernier, les opérateurs se seraient engagés à couvrir toutes les communes en zone blanche d'ici la fin 2016. Pour assurer la réussite de ce projet, l'ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques) a récupéré son pouvoir de sanction, explique M. Pinauldt. Pour le numérique, la 3G et le très haut débit devraient être respectivement opérationnels dans toutes les zones mi-2017 et « avant 2022 ». Un service indispensable pour les agriculteurs, souligne Raymond Vial, président de la Chambre d'agriculture de la Loire, car « sans couverture numérique, un éleveur ne peut pas installer un robot de traite ! ». Pour lutter contre la désertification médicale, le plan prévoit la création de 200 maisons de santé en 2015, qui s'ajouteront aux 600 déjà installées depuis 2012. L'objectif de doubler le nombre de bourses pour les étudiants en médecine qui s'engagent à s'installer dans les déserts médicaux est quant à lui déjà atteint, selon M. Pinauldt.

Avant fin 2016, 1 000 maisons de services au public devraient également voir le jour. Ce projet, réalisé en partenariat avec la Poste, la SNCF, les réseaux nationaux, les caisses d'assurances maladie, la MSA ou encore Pôle emploi, sera financé par un fonds inter-opérateurs dédié de 21 millions d'euros.

La gestion administrative des territoires en débat

La loi NOTRe sur la réforme territoriale, qui vient d'être adoptée en deuxième lecture par le Sénat et qui sera examinée en deuxième lecture à l'Assemblée nationale à compter du 29 juin, fait encore débat chez les différents représentants de la ruralité, en particulier sur la question des intercommunalités.

A l'occasion de la table ronde du 9 juin du Groupe Monde Rural (GMR), le député PS du Cantal Alain Calmette a affirmé que « l'intercommunalité est la chance des communes » car elle permettra de peser dans les relations avec les partenaires. Selon lui, il faut inverser le système actuel et faire de l'intercommunalité la collectivité de base élue au suffrage universel. Elle serait dotée de la compétence générale et pourrait déléguer si nécessaire des missions de service public aux communes. Pas question pour Rachel Paillard, membre de l'Association des maires de France, qui craint une politisation des débats et la destruction du lien de proximité entre élus et administrés « qui fait le lien social ». Pour Vanick Berberian, président de l'Association des maires ruraux de France, quelles que soient les évolutions envisagées « sans sollicitation des communes, cela ne marchera pas ». Il déplore le cadrage chiffré et arbitraire pour définir les communautés de communes, plaidant pour une prise en compte des « bassins de vie ». « Il faut avoir conscience que la France n'est pas uniforme ! ». Daniel Prieur, président du GMR et secrétaire général adjoint de la FNSEA, renchérit. Il déplore « le prêt à porter » dont on veut habiller les campagnes, alors qu'elles ont besoin de « cousu main ».