Le groupe Soufflet a renforcé ses dernières années sa stratégie de filière pour tirer profit de la valeur ajoutée, ce qui permet de verser aux agriculteurs une "prime filière". La séparation de la vente et du conseil sur les phyto pourrait, selon Jean-Michel Soufflet, casser cette dynamique.
Jean-Michel Soufflet, président du directoire de l’entreprise éponyme, s’est opposé le 20 juin à la séparation du conseil et de la vente pour les phytos, incluse dans le projet de loi EGAlim, soulignant le « risque de casser la dynamique de filière ». Dans le cadre des États généraux de l’alimentation, le groupe s’est battu contre cette proposition « qui risque de casser la dynamique de filière indispensable » pour construire « des filières respectueuses de l’environnement », a-t-il déclaré lors d’une convention à Troyes.
Le groupe revendique cette année plus de 200 000 tonnes de blé tracé sous contrat de filière, qui offre une garantie sur l’origine France, les bonnes pratiques culturales, l’absence de traitement après récolte, une traçabilité jusqu’en boulangerie. « Chaque maillon profite d’une création de valeur ajoutée », a indiqué la commerciale Claire Grasset. L’agriculteur touche ainsi une « prime filière ». Soufflet est engagé dans ce type de démarche depuis 2005. Leur volume représentait alors quelque 20 000 tonnes. « Nos filières tracées ont connu un essor à partir de 2010 », notamment avec Lu Harmony, a signalé Fabrice Bourjot, responsable développement blé aux Moulins Soufflet. D’autres « filières respectueuses de l’environnement » ont été mises en place dans le blé avec par exemple McDonald’s, les galettes St Michel, les pains Harrys, également dans l’orge avec les principaux brasseurs. « Au départ, il s’agissait de répondre à une demande du client », en appliquant son cahier des charges, a-t-il ajouté. Depuis près de trois ans, Soufflet « accompagne leur propre démarche » en « co-construction ».
Investissements dans la traçabilité
Ces filières bénéficient de nombreuses dépenses à plusieurs stades. Au niveau de la collecte, Soufflet investit dans ses silos pour stocker les grains sans insecticides. L’an dernier, le groupe a mis en place le pôle Bakery, centre de marketing et de R & D, pour mettre en adéquation l’offre de produits avec la demande des consommateurs. Dans la meunerie, le groupe investit pour tracer la farine : des silos sont dédiés à certaines filières. Tout cela représente un coût. « Le consommateur est prêt à payer un peu plus cher », a soutenu Marc Auclair, p.-d.g. de l’entreprise de boulangerie, viennoiserie et pâtisserie Neuhauser.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
200 000 tonnes de blé tracé sous contrat de filière
Soufflet prône une revalorisation de la taxe farine
Soufflet défend par ailleurs une augmentation de la taxe farine sauf pour les produits sous « contrat de filière à caractère durable » avec notamment l’absence d’insecticides de stockage. Déçu qu’un amendement en ce sens ait été rejeté, le groupe dit vouloir revenir à la charge dans le cadre du projet de loi de finances cet automne. « Si nous bénéficions de l’exemption de cette taxe sur la filière durable », cela entraînerait « 20 €/t de rémunération complémentaire pour l’amont de la filière et ne coûterait que 3/10e de centimes la baguette pour le consommateur », a calculé Jean-Michel Soufflet.