Abonné

Clément Carreau, responsable des relations publiques de Phenix Le label anti-gaspillage « va faire bouger les lignes »

- - 4 min

Le label national anti-gaspillage alimentaire, prévu par la loi Agec, a été lancé officiellement le 1er mars. La start-up Phenix, spécialiste de la valorisation des invendus, a participé à son élaboration et ambitionne d’accompagner 300 magasins vers la labellisation d’ici la fin de l’année 2023.

Quels sont les grands principes du label « anti-gaspi » ?

Nous avons eu de longues réunions avec les autres parties prenantes. Le défi était de trouver une solution qui mette tout le monde d’accord. L’aide alimentaire n’est pas sanctuarisée, mais presque. On pourrait mathématiquement avoir le label sans donner aux associations, mais c’est très peu probable. Une définition très terre à terre aurait pu être de dire : un label anti-gaspillage, c’est un label qui récompense un magasin qui ne jette pas ou très peu, qui valorise les invendus, et ce n’est pas grave s’il ne donne pas aux associations. Nous sommes parvenus à ne pas sortir totalement le volet social. C’est important, car aujourd’hui il y a un vrai problème d’aide alimentaire et une explosion de la précarité. Il fallait donc un label écologique, mais pas anti-social.

Sera-t-il efficace pour faire avancer la distribution sur la lutte contre le gaspillage alimentaire ?

Il n’y a aucun magasin qui ne génère pas de déchet. Ça n’existe pas. Il y aura toujours de la casse, des produits oubliés, des ruptures de la chaîne du froid, des fruits et légumes trop abîmés pour être valorisés… On ne peut pas gérer tous les paramètres, mais il y a une grosse marge de progression.

Les magasins que Phenix audite valorisent entre 20 et 30 % des invendus et ceux que nous accompagnons peuvent monter à 80-90 %. Notre métier est d’éviter les déchets, c’est-à-dire d’intervenir entre le moment où le produit est invendu et le moment où il pourrait devenir un déchet. Il y a un intérêt économique pour les magasins avec les réductions d’impôts grâce aux dons. Aussi, la gestion des déchets leur coûte de plus en plus cher.

L’idée du label, c’est une prime à la vertu. Cela va permettre d’identifier les magasins les plus performants, c’est ça qui va faire bouger les lignes. Je pense que le label est à la hauteur, maintenant l’enjeu est que les distributeurs le demandent.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

gaspillage
Suivi
Suivre

Quelles sont les principales solutions pour réduire leurs déchets alimentaires ?

Il y a la vente des produits à date courte au consommateur, le don aux associations, mais aussi le don pour l’alimentation animale. Le don pour l’alimentation animale est assez novateur. Cela demande une certaine expertise pour ne pas donner n’importe quoi aux animaux. Ce sont souvent des produits carnés, ou des fruits et légumes, trop abîmés pour l’alimentation humaine. Nous avons des partenariats locaux avec des éleveurs, des parcs animaliers, des fermes pédagogiques et, au niveau national, avec la SPA. C’est intéressant car le prix de l’alimentation animale a beaucoup augmenté. Un magasin peut aussi gagner des points en trouvant des solutions de méthanisation ou de compostage.

Ce label concerne également les grossistes et les métiers de bouche. Vont-ils s’en emparer ?

Je ne suis pas très optimiste pour les commerces de bouche, c’est trop cher pour eux. Les grossistes ne sont pas du tout dans le radar des consommateurs, ils n’y ont pas trop d’intérêt. En tout cas, la question ne se pose pas de la même manière pour eux.

Un label « anti-gaspi » doit être établi, dans un deuxième temps, pour la restauration et les industries agroalimentaires. Envisagez-vous de travailler également avec des entreprises de ces secteurs ?

Nous sommes déjà positionnés sur la restauration collective pour le don alimentaire. On le fait aussi avec des producteurs, notamment avec des coopératives et des groupements de producteurs. Nous avons déjà eu des clients dans l’industrie agroalimentaire sur des produits très spécifiques comme les laits infantiles. Nous travaillons avec toute la chaîne alimentaire sur le don alimentaire, et de plus en plus pour l’alimentation animale.

« Il n’y a aucun magasin qui ne génère pas de déchet »

« Le don pour l’alimentation animale est assez novateur »