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Le lait coule à flots en Europe depuis plusieurs mois

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Au deuxième semestre 2015, la collecte de lait cumulée des cinq principaux exportateurs que sont l’Australie, l’Argentine, les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et l’Europe a progressé en moyenne de 500 000 t par mois (+2 %/2014), selon l’Institut de l’élevage. Une hausse liée uniquement à la production européenne.

« Les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Irlande sont les trois principaux pays moteurs de la croissance laitière. Ensemble, ils ont réalisé 60 % de la collecte européenne supplémentaire au quatrième trimestre 2015 », annonce l’Institut de l’élevage (Idele) dans sa lettre de conjoncture économique de février, Tendances lait et viande. Sur ce dernier trimestre, la collecte européenne a progressé de +5 % par rapport à la même période de 2014. La crainte de pénalités financières du fait d’un dépassement de quota avait un tant soit peu ralenti cette dernière au premier trimestre 2015 (-12 %/2014). « Début 2016, la production européenne ne mollit pas, d’autant que les éleveurs nord-européens ne sont plus contraints », observe l’Idele. En Allemagne, avec un prix du lait stabilisé à 280 €/1 000 l, la collecte ne devrait pas ralentir à l’avenir (+4 % au 4e trimestre 2015-2014). « Même si de nombreux éleveurs produisent désormais à perte, ils estiment moins perdre en produisant plus », note l’Idele. Aux Pays-Bas, la production a « littéralement explosé » avec une hausse en décembre 2015 de 17 % par rapport au même mois en 2014, (+14 % au deuxième semestre 2015).

Allemagne, Pays-Bas, Irlande ont ouvert les vannes

Toujours aux Pays-Bas, d’après l’Idele, « les éleveurs ont investi massivement dans des capacités de logement qu’ils saturent. Le cheptel de vaches laitières a ainsi bondi de 3,5 % en un an (d’après l’inventaire de juin 2015) et de 11 % en cinq ans. De plus, ils disposent d’aliments concentrés redevenus plus abordables et perçoivent un prix du lait toujours mieux payé qu’ailleurs grâce à l’efficacité de la transformation ». Et l’Irlande « fait encore plus fort », selon les dires de l’Idele, avec une collecte en hausse de 33 % pour le dernier trimestre 2015, « sous l’effet d’un cheptel laitier très étoffé » (+6 % en un an) et de « lactations prolongées ». Les éleveurs ont également profité d’« une pousse de l’herbe quasiment ininterrompue » grâce à un hiver doux. Par rapport à cela, la France fait pâle figure avec « un léger rebond au 4e trimestre (2,4 %/2014) » de la collecte. Un rebond qu’Agreste confirme pour le mois de décembre, dans une note de conjoncture du 17 février (2,1 % en décembre 2015/2014). « Cependant, d’après les prévisions hebdomadaires de FranceAgriMer, elle devrait se stabiliser en janvier 2016 par rapport à janvier 2015 », estime Agreste.

Les producteurs ont respecté leurs contrats

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La France n’a également que peu utilisé le système de stockage de lait financé par l’intervention, à l’inverse, par exemple, de l’Irlande. Le 17 février, Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), justifiait cela par la longue procédure d’agrément des lieux de stockage par FranceAgriMer. Il note aussi que les stocks privés dans les entreprises sont certainement très conséquents. De son côté, Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs laitiers, pense, lui, le contraire. La France a effectivement peu augmenté sa production grâce à la contractualisation. Les éleveurs auraient globalement respecté leur contrat de volume. Les deux présidents estiment qu’utiliser le système de l’intervention n’est pas forcément une bonne chose. Il faudra remettre les stocks sur le marché par la suite. D’après Thierry Roquefeuil, il semblerait que Bruxelles réfléchisse à une redistribution des fonds non utilisés par la France pour l’intervention à d’autres pays européens qui, eux, utilisent le système, comme l’Irlande. Une forme de double peine pour les éleveurs français car plus les stocks de lait augmentent au niveau européen et plus le prix du lait sur le marché international restera bas.

-15 % de recette en 2015 du fait de la baisse du prix du lait (Idele)

« Avec une collecte annuelle à peine supérieure à celle de 2015, la ferme France a perdu 15 % de recettes en 2015 du seul fait de la baisse du prix du lait, tombé à 309 €/1 000 l (lait standard) » estime l’Institut de l’élevage (Idele) dans sa lettre de conjoncture économique de février, Tendances lait et viande. En Allemagne, la baisse de recettes est bien supérieure, avec -23 % par rapport à 2014, « alors qu’aux Pays-Bas, elle est moindre grâce à la forte croissance de la collecte annuelle (+7 %/2014) qui a atténué la baisse du prix du lait (-17 %) » note l’Idele.