Relancée à la fin des années quatre-vingt-dix, la filière française de lait d’ânesse compte aujourd’hui plus de quatre-vingt producteurs répartis sur le territoire. Pour se différencier des produits fabriqués par de gros laboratoires de cosmétique, souvent à partir de lait importé, l’association d’éleveurs France Ânes Lait élabore un premier label qualité.
C’est un produit connu pour ses vertus cosmétiques depuis des millénaires. Pourtant, la filière française de lait d’ânesse a bien failli disparaître définitivement. En déclin après la Seconde Guerre mondiale, elle est relancée à la fin des années quatre-vingt-dix par un éleveur ariégeois. « Il n’y avait plus aucun producteur de lait d’ânesse en France, raconte Sébastien Solé, le président de l’association France Ânes Lait. C’est aussi au milieu des années quatre-vingt-dix que les dossiers de reconnaissance des races sont arrivés sur le bureau du ministre de l’Agriculture. Ce qui a permis, derrière, aux filières d’élevage de se structurer. » Entre 2009 et 2014, le nombre d’exploitations laitières a plus que doublé et la filière pèserait désormais entre 3 M€ et 4 M€. Plus de quatre-vingts éleveurs produisent aujourd’hui du lait d’ânesse en France dont une vingtaine en ânes de race (âne des Pyrénées, âne bourbonnais, Baudet du Poitou…), avec une moyenne haute d’une trentaine d’animaux par troupeau.
Créée en 2018, France Ânes Lait est une association nationale qui fédère une quinzaine d’éleveurs d’ânes de race. Elle travaille à l’élaboration d’un premier label qualité sur le lait d’ânesse avec la Société française des équidés de travail (SFET) et la Fédération des conseils des chevaux (FCC). « L’objectif de ce label est d’apporter plus de transparence vis-à-vis du consommateur sur l’origine du lait et les conditions de bien-être dans lesquelles sont élevés les ânes », explique Sébastien Solé. Une réponse à la concurrence des produits cosmétiques « fabriqués par de gros laboratoires » et vendus en grande surface ou dans certaines boutiques. Ces fabricants utilisent – en partie ou en totalité – du lait importé, en provenance d’Italie, du Maghreb, de Chine ou d’Europe centrale.
Bonbons, pâtes à tartiner
« Certains laboratoires utilisent du lait français, mais il n’y a pas de transparence sur les modes de production », estime le président de France Ânes Lait qui souhaite mettre en avant le bien-être animal au travers de son label. Les producteurs français écoulent leurs produits (savons, cosmétiques, bougies, sucreries…) en majorité en vente directe, en ligne et dans des boutiques physiques. Quelques éleveurs sont présents à l’export, principalement vers l’Asie.
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La diversification de ses usages alimentaires apparaît comme l’une des pistes les plus prometteuses pour développer le marché du lait d’ânesse. Certains producteurs fabriquent déjà à petite échelle du lait en poudre, des bonbons ou encore de la pâte à tartiner. « Dans les campagnes, le lait d’ânesse était utilisé pour l’alimentation des enfants, explique Sébastien Solé. Et une première étude réalisée sur des rongeurs a montré qu’il pourrait avoir des vertus anti-inflammatoires efficaces pour certaines pathologies comme la maladie de Crohn. » Le producteur de lait d’ânesse, installé depuis 2014 dans les Pyrénées, est optimiste pour l’avenir de la filière : « On voit l’enthousiasme du grand public et l’engouement des personnes qui veulent s’installer. Nos produits sont à la mode. C’est un marché de niche qui ne demande qu’à être développé. » L’élevage asinien attire des urbains qui souhaitent changer de vie, mais aussi quelques éleveurs de bovins à la recherche d’une activité pour diversifier leur production.
Avec l’essor de la filière de lait d’ânesse vient aussi la question du devenir des ânons. Une exploitation de taille moyenne fait naître entre cinq et dix ânes par an. Les jeunes mâles sont dressés pour être utilisés, le plus souvent, pour des travaux agricoles ou pour la randonnée. Principalement consommée sous forme de saucisson, la viande d’âne commercialisée en France est en très grande partie importée d’Amérique du Sud ou d’Italie : « Pour la plupart des éleveurs, il est exclu de mettre nos animaux à l’abattoir pour être vendus en boucherie. On ne veut pas fabriquer des produits de confort et, derrière, envoyer des ânons "à la casse". » Pour conserver cette « philosophie », chère aux éleveurs asiniens, il faudra donc que les débouchés pour les ânons mâles se développent au même rythme que le marché des produits au lait d’ânesse.