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Ovins Le lait de brebis se cherche un avenir

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En valorisant son image et ses fromages de qualité, la filière lait de brebis peut relever la tête, même si le nombre d’exploitations va fortement diminuer dans les prochaines années, selon une étude de l’Institut de l’élevage.

Après avoir longtemps résisté aux crises agricoles, l’avenir de la production de lait de brebis en France est incertain. Si les 5 000 éleveurs de brebis laitières ne produisent qu’1% du total du lait français (vache, brebis, chèvre), ils ont une belle place sur les plateaux de fromages français, puisqu’ils permettent de fabriquer 12% des fromages français sous AOP. La production est très concentrée géographiquement, avec 95% des brebis dans 9 départements et trois bassins de productions traditionnels : la Corse, qui produit du brocciu et des fromages à pâte molle, les Pyrénées-Atlantiques, où on trouve des pâtes pressées non cuites dont l’Ossau-Iraty, et le Massif-Central, où est fabriqué le roquefort.
Au cours des deux dernières décennies, le nombre d’exploitations laitières ovines s’est relativement bien maintenu (-1,5% par an). Mais d’ici 2017, 20% des exploitations devraient disparaître, soit 1 000 fermes en moins, selon la publication Bergers demain en brebis laitière : étude sur la production ovine laitière à l’horizon 2020, réalisée par l’Institut de l’élevage et publiée mi-juin sur son site internet (www.idele.fr). Selon ses auteurs, « la diminution des exploitations détenant des brebis laitières dans les années à venir serait plus de deux fois plus rapide qu’au cours des vingt dernières années ». C’est la Corse qui subira le plus lourd tribut (-7,3% d’exploitations par an), même si le nombre de créations d’exploitations est difficile à évaluer.
 
Des atouts à valoriser
Pour pérenniser leur activité, les représentants de la filière qui ont participé à l’étude ont définit des objectifs stratégique s: accroître la valeur ajoutée produite dans les exploitations, préserver les emplois directs et induits, conforter une production de qualité valorisant l’aménagement du territoire, et dynamiser les ventes de produits.
Pour cela, la filière laitière ovine peut s’appuyer sur plusieurs atouts : sa bonne image, ses produits reconnus et identifiés, notamment grâce aux signes de qualité, ses races locales adaptées aux conditions de production des basins, avec un appui technique performant, et un tissu d’entreprises de collecte et de transformation qui restent dans les zones des production, même si elles ont tendance à s’éloigner. Pour les éleveurs, le potentiel existe, avec une possibilité de diversification des produits, d’aller vers des signes de qualité, ou de vendre directement au consommateur, en misant sur le tourisme par exemple. Au niveau national, 5% de la production est transformée à la ferme, mais ce chiffre s’élève à 15% dans les Pyrénées-Atlantiques et à 30% en Corse.
 
Un métier jugé peu attractif
L’étude pointe aussi les freins pour le futur du secteur ovin lait. L’activité, contraignante, nécessite un gros besoin de main d’œuvre. Après avoir longtemps pu se prévaloir d’une population de chefs d’exploitation relativement jeunes, la chute du nombre des installations a fait changer la donne. En 2010, 28% des chefs d’exploitation avaient moins de 40 ans, et 37% plus de 50 ans. L’installation est un problème majeur, avec trop peu de jeunes qui s’installent par rapport aux départs en retraite. La diminution du nombre d’exploitations pourrait poser des problèmes, particulièrement en Corse, où les industriels doivent déjà importer. Le métier est jugé peu attractif avec un revenu trop faible : en 2010, les revenus des éleveurs étaient majoritairement inférieur à 1,5 smic, avec de nombreuses disparités. De plus, les coûts de production ont fortement augmenté (+30% entre 2005 et 2012).
Sur le plan économique, les producteurs subissent une concurrence des importations d’Espagne et d’Italie (dans les Pyrénées-Atlantiques, entre et 13 et 19% du lait transformé a été importé au cours des trois dernières campagnes). Dans le Roquefort, les éleveurs ont un sentiment d’impuissance face à un industriel en situation de quasi monopole, Lactalis, qui les rend trop dépendants d’un produit dont la consommation est à la baisse, même si un système de références laitières a permis d’éviter une trop forte baisse du prix.
Alors que la collecte laitière est très saisonnière, les industriels aimeraient que les éleveurs produisent du lait en contre-saison. Une perspective qui n’est pas forcément bienvenue pour ces derniers, qui les priverait d’une période sans traite. La question de la modernisation des exploitations est également posée. Dans les Pyrénées-Atlantique et en Corse, près de 30% des éleveurs traient encore leurs brebis à la main.

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