Abonné

Filière laitière Le lait rapporte, sauf aux éleveurs

- - 7 min

C’est dans un contexte tendu de grogne des éleveurs et en pleine négociation commerciale sur le prix des produits laitiers pour 2014 qu’a été publié le rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges 2013. Il révèle qu’après un passage difficile, la marge des entreprises de transformation laitière a augmenté entre les premiers semestres 2012 et 2013. Si les distributeurs ont baissé leur marge, le rayon produit laitier reste bénéficiaire. Pour les éleveurs, la hausse du prix du lait ne compense pas la hausse du coût de production. Le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a assuré jeudi 5 décembre qu’on ne pouvait pas revenir sur la hausse des prix.

Le rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaire 2013, présenté le 4 décembre au ministère de l’Agriculture à Paris, tombe à point nommé pour le secteur laitier.
Vendredi 6 décembre, la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), appuyée par la FNSEA et les Jeunes agriculteurs, devait organiser des actions sur tout le territoire pour « obtenir un prix du lait juste pour l’année 2013 ». Selon eux, « le prix du lait payé aux producteurs de lait sur les 10 premiers mois de 2013 est en dessous de 5 à 10 euros de l’application stricte des clauses de prix des contrats ». La FNPL « dénonce l’attitude de certaines entreprises qui décident du prix du lait sans négociation avec leurs producteurs et utilisent les contrats comme alibi pour payer le lait moins cher », visant au premier chef Lactalis, leader mondial, dont la politique tarifaire influe sur les prix de l’ensemble des opérateurs.
 
Les industriels mettent la pression sur la distribution
La Fédération nationale des industries laitières (Fnil) s’est également faite entendre dans un communiqué du 3 décembre, accusant les distributeurs. En pleine négociation avec les enseignes de grande distribution, la Fnil s’inquiète à propos des prix des produits laitiers que leur paiera la distribution en 2014, alors que tous les indicateurs laissent entendre que le prix du lait poursuivra sa hausse. « Les distributeurs ont augmenté leurs prix suite à l’action du médiateur, mais ils cherchent aujourd’hui à baisser les prix d’achat » pour revenir aux tarifs pratiqués début 2013, explique Gérard Calbrix, économiste à l’association de transformation laitière française (Atla, qui regroupe les entreprises privées et coopératives). Or, « le prix du lait payé aux producteurs atteint un niveau record en 2013. Tous les indicateurs avancés sur les marchés indiquent qu’un nouveau record de prix du lait sera battu en 2014. Les cours des produits laitiers continuent de progresser et la production laitière mondiale n’augmente pas suffisamment pour reconstituer un niveau minimal de stocks », développe la Fnil. Les entreprises demandent à la grande distribution de « prendre leurs responsabilités face à une situation qui, sinon, pourrait avoir des conséquences catastrophiques ». Les entreprises s’estiment prises dans un étau entre la grande distribution et les éleveurs, qui demandent, selon elles, plus que ce qu’indiquent les contrats.
Lors du congrès de la Coordination rurale, jeudi 5 décembre à Saint-Malo, Stéphane Le Foll a affirmé que « la base du prix du lait doit être le prix qui se pratique aujourd’hui ». Pour lui, « on ne remet pas en cause ce qui a été fait au moment où le marché mondial est demandeur ».
Tous ces acteurs vont se retrouver lors d’une réunion interprofessionnelle, le 12 décembre, pour essayer de se mettre d’accord sur le prix du lait et des produits laitiers.
 
La transformation a augmenté ses marges entre 2012 et 2013
Dans ce contexte tendu, le rapport de l’observatoire de la formation des prix et des marges montre qu’entre 2012 et 2013, le prix de vente au consommateur des produits laitiers a peu augmenté. La transformation a augmenté ses marges, alors que celle des distributeurs ont diminué et que le prix d’achat du lait au producteur a eu tendance à baisser. Dans le secteur du lait conditionné par exemple (10% de la matière sèche transformée par l’industrie), le prix du litre de lait UHT demi-écrémé en grande et moyenne surface (GMS) est resté stable depuis 2008 (0,73 centimes), mais la répartition de la valeur a changé. Entre les premiers semestres 2012 et 2013, la distribution a vu sa marge brute stagner (16 centimes), celle de l’industrie augmenter de 5 centimes (à 31 centimes), alors que le coût d’achat de la matière première a baissé de 5 centimes (22 centimes).
De la même manière, pour le yaourt nature, l’emmental et le camembert, la part de la matière première a largement baissé dans la composition du prix entre les six premiers mois de 2012 et ceux de 2013. La marge brute des GMS a eu tendance à diminuer, alors qu’au contraire, celle de l’industrie a grimpé.
La part de l’achat de matière première pour le beurre (après une première transformation du lait) a au contraire fortement augmenté, l’industrie comprimant d’autant ses marges pour aboutir à un prix de vente au consommateur en baisse entre 2012 et 2013.
 
Les éleveurs gagnent moins malgré le prix plus élevé du lait
Malgré un prix du lait en hausse, les simulations de l’observatoire montrent une diminution de la rémunération pour l’éleveur entre les premiers semestres 2012 et 2013 (-7 euros pour 1000 litres, soit 99 euros), due à l’explosion des coûts de production. Ainsi, le rapport note une déconnexion du prix du lait avec les coûts de production: le prix du lait est loin d’assurer à l’éleveur la même rémunération qu’en 2006. Pour la GMS et l’industrie, le prix du lait UHT est toujours lié à la hausse des charges.
Le rapport a également analysé l’évolution des comptes des entreprises entre 2010 et 2011. Au cours de cette période, elles avaient vu leur compte courant avant impôt diminuer sous l’effet de la hausse des achats de matières premières, qui représentent entre les deux tiers et les trois quart des charges.
Dans les livres de compte de la grande distribution, le rayon des produits laitiers est bénéficiaire, dégageant une marge nette avant impôts de 3,7 euros pour 100 euros de chiffre d’affaires. Il contribue pour 34% à la marge nette positive des rayons alimentaires.
 
En Allemagne, les variations de prix sont répercutées au consommateur
Le rapport établit également une comparaison avec l’Allemagne. Si en France, l’évolution des prix au détail est lissée et ne correspond pas à l’évolution des prix à la production agricole, les deux courbes sont liées outre-Rhin. Ainsi, le consommateur subit les variations de prix, à cause du poids du hard-discount (qui commercialise des produits basiques où le poids du prix de la matière première est plus important dans le prix final), du positionnement de l’industrie laitière germanique sur ce type de produits (alors que la France se positionne sur des gammes supérieures), mais aussi du système de négociation des prix allemands entre industriels et distributeurs, qui fait référence aux prix à la production.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.