La région Languedoc-Roussillon et l’ensemble des organisations de viticulteurs ont annoncé le 20 février dès l’ouverture du salon Vinisud à Montpellier, l’adoption d’une marque ombrelle « Sud de France » pour vendre les vins régionaux à l’exportation sous une même bannière. Il s’agit là de la première étape d’une « révolution commerciale » devenue indispensable pour survivre à la crise et qui doit suivre la « révolution de la qualité » que le vignoble a réalisé au cours des 20 dernières années, a expliqué Georges Frêche, président de région.
« Le Languedoc-Roussillon a réussi une révolution que beaucoup n’auraient pas cru possible, celle de la qualité. Il doit maintenant réussir une autre révolution, celle de la commercialisation», a déclaré Georges Frêche.
Première étape de cette « révolution », l’adoption d’une marque ombrelle « Sud de France », ou « South of France » en anglais, marque déposée il y a un an par les vins de pays d’Oc et offerte à la région. Le Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc, le Conseil interprofessionnel des vins du Roussillon, le Comité des vins de pays du Languedoc-Roussillon, l’Interprofession des vins de pays d’Oc et la région Languedoc-Roussillon ont signé un accord le 20 février pour l’utilisation du nom de la marque – et d’un sigle commun – dont ils ont annoncé le lancement officiel, même si des obstacles juridiques restent à franchir.
« Nous avons l’intention de mettre Sud de France sur nos bouteilles dès 2006. Nous avons besoin d’une expertise préalable pour résoudre des problèmes juridiques mais nous sommes décidés à aboutir », a expliqué Jacques Gravegeal, président de l’Interprofession des vins de pays d’Oc.
Un budget de promotion régional de 12 M euros
Cette marque, qui s’accompagne d’une « simplification de l’offre et d’une meilleure visibilité », sera soutenue par un budget de promotion régional de 12 M euros dès 2006.
« Et s’il faut mettre 24 M euros, on le fera», a ajouté Georges Frêche.
Il a rappelé que la France octroie 10 M euros à la promotion de tous les vins français, dont deux millions reviennent au Languedoc Roussillon. Ce chiffre devrait être multiplié par 10, selon le président de région.
« Nous sommes allés récemment en Inde pour le salon “Vins et nourriture”, a-t-il expliqué. Nous y avons vu les ministres de l’Agriculture argentin, chilien, australien, néo-zélandais et celui d’Afrique du Sud. La France n’était pas représentée. L’Inde est un continent qui compte 1,2 milliard d’habitants pour lesquels il n’y a pas d’obstacle à boire du vin. L’Australie investit en Inde 100 M euros de promotion, le Chili 70 M euros…Il faut que nous y soyons. C’est un problème qui dépasse la politique de droite ou de gauche».
Ouverture de bureaux « Languedoc-Roussillon » dans le monde
Deuxième étape de la révolution commerciale : la mise en place de réseaux de vente permanents dans les pays les plus importants, en s’appuyant sur les réseaux de commercialisation de ces pays.
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« Nous allons ouvrir des bureaux dans cinq pays d’ici la fin de l’année. Un bureau sera inauguré en juin à Bruxelles, un autre à Londres, à Berlin, à Milan, à Barcelone et à Moscou. En Asie, nous serons présents à New Delhi et à Shangaï. En Amérique, nous irons à Boston et à Sao Paulo. Les exportateurs pourront profiter de ces locaux. Nous attaquerons à l’international mais nous ne voulons pas d’opposition entre vignobles de France», a continué Georges Frêche.
La paix en France est aussi à faire avec le négoce et la distribution, a asséné Georges Frêche. « Il faut faire une paix définitive avec le négoce, c’est dans l’intérêt de la région. Il y a dix ans, il y avait 7 ou 8 négociants dans la région, il y en a une vingtaine aujourd’hui. Il faut passer à 100. Tous les grands négociants français devraient avoir une annexe en Languedoc-Roussillon. Je suis prêt à subventionner les marchands de vin qui s’installeront dans la région pour leur mettre le pied à l’étrier dans cette période difficile », a-t-il déclaré.
Il a également invité aux regroupements de coopératives de manière lapidaire : « Il y a trop de caves coopératives, il faut en supprimer la moitié. Nous n’aiderons que les caves qui se regrouperont ».
Attente d’aides « conséquentes » de l’Etat pour passer la crise
« Si on ne réussit pas la révolution commerciale, la région connaîtra une crise pire qu’en 1907», a pronostiqué le président de région tout en prévoyant que les effets de cette révolution ne se feront pas sentir avant 3 ou 4 ans. Il a estimé que tous les vignerons ne pourront attendre autant de temps sans aide.
« Nous ne sommes pas en mesure de donner un budget suffisant pour faire face à la crise (1). Depuis 35 ans, que je fais de la politique dans la région, je n’ai jamais vu une crise de cette ampleur. S’il n’y a pas des aides conséquentes de l’Etat maintenant, dans les trois ans qui viennent, le quart ou le tiers des vignerons sera soit au RMI soit contraint de quitter la viticulture. La crise ne peut être bloquée que par un plan du gouvernement ».
« Nous avons donné une motion au Premier ministre au début janvier. Le Premier ministre a promis des mesures fin février début mars. Nous attendons les propositions du Premier ministre avec calme, nous jugerons sur pièce. Nous espérons que M. Villepin saura s’élever au-dessus des intérêts de parti», a précisé Georges Frêche.
(1) La région a annoncé un budget de 34,7 millions d’euros, en hausse de 7% en 2006 pour faire face à la crise viticole (programme de recherche et expérimentation, aides aux projets stratégiques pour la modernisation de l’outil de production, adaptation et rationalisation de l’outil de transformation).