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UE/Alcool Le lobby de la santé réclame un étiquetage santé obligatoire sur les boissons alcoolisées

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Les bouteilles de boissons alcoolisées doivent-elles porter des avertissements relatifs à la santé, comme c’est le cas pour les emballages des jus de fruits ou des cigarettes ? Oui a répondu l’association de défense de la santé des consommateurs « Eurocare », lors d’une réunion au Parlement européen qui a rassemblé également des représentants de l’industrie des boissons alcoolisées, des institutions européennes et des experts de la santé publique. Ce plaidoyer intervient au moment où sont publiés les résultats d’un projet de recherche communautaire de sensibilisation des jeunes aux dangers de l’alcoolisme et à l’heure où le débat parlementaire bat son plein sur la future règlementation concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires.

Dans le cadre du projet de recherche communautaire « Protect », un projet visant à sensibiliser les jeunes aux dangers de la surconsommation de l’alcool, une réunion a été organisée le 17 mars 2011 au Parlement Européen et a regroupé des représentants des entreprises du secteur de l’alcool, des instances européennes et des organisations de consommateurs. Les résultats d’une enquête de « Protect » ont servi de support aux débats dont l’objectif était d’étudier l’utilité d’apposer des informations d’alerte sanitaire obligatoire sur les boissons alcoolisées afin de prévenir les dégâts d’une surconsommation de boissons alcoolisées, notamment auprès des jeunes (1). L’enquête du projet «Protect » a recueilli l’opinion des jeunes de 18 à 25 ans sur l’utilité d’apposer des étiquettes d’avertissement de santé dans 6 pays européens (France, Belgique, Espagne, Hongrie, Lituanie et Roumanie) et a permis de recueillir des informations sur la législation existante dans ce domaine. La réunion a été organisée à l’initiative d’un membre écossais du Parlement européen, Alyn Smith, qui a déclaré qu’à propos de la consommation abusive d’alcool, l’Union a un rôle particulier à jouer. « Je ne dis pas que les gens ne devraient pas boire mais ils devraient pouvoir avoir accès à une information réelle sur ce qu’ils boivent afin de leur permettre de prendre des décisions éclairées ». Il a ajouté que le Parlement européen « a obligé tous les producteurs d’aliments et de boissons non alcoolisées à étiqueter leurs produits et qu’aujourd’hui l’industrie des boissons devrait faire la même chose ».

L’industrie récalcitrante
Constatant la forte résistance de l’industrie à l’idée d’étiqueter ses boissons alcoolisées, le député écossais s’est demandé : « Leurs boissons alcoolisées sont-elles si mauvaises qu’elles ne peuvent même pas être étiquetées ? » Edita Petrauskaité, représentant la Fédération nationale des consommateurs de Lituanie, qui a présenté les résultats du projet « Protect », a souligné : « En général des jeunes sont d’accord sur la nécessité d’étiqueter les boissons alcoolisées ». Elle, comme d’autres représentants d’ONG, a noté que, contrairement aux boissons gazeuses et jus de fruits et aux bières, les vins et spiritueux ont été exemptés jusqu’ici de l’obligation d’énumérer les ingrédients et de fournir des informations nutritionnelles. « Ceci en dépit du fait que l’alcool a une teneur élevée en calories, en glucides et en certains ingrédients utilisés dans sa production, lesquels peuvent provoquer des allergies ou des intolérances ». Mariann Skar, secrétaire générale de l’association européenne Eurocare (alliance européenne contre l’alcoolisme), a souligné que les consommateurs devraient être informés sur les risques sanitaires liés à l’alcool. « Pourquoi ne devrions-nous pas avertir à propos des questions aussi importantes que le risque accru de contracter une cirrhose du foie, la dépendance à l’alcool ou les dangers de l’alcool pendant la grossesse ? » Elle a demandé l’apposition d’informations d’alerte sanitaire obligatoire sur les boissons alcoolisées et a appelé l’UE à « placer la protection de la santé des citoyens européens au-dessus des intérêts économiques de l’industrie de l’alcool. » Selon les associations de consommateurs, l’Europe devrait suivre l’initiative des États-Unis où l’étiquetage obligatoire d’ingrédients et d’informations nutritionnelles est monnaie courante depuis plus de 30 ans. Michael Huebel, chef d’unité à la DG Sanco, a convenu que l’étiquetage a un rôle à jouer dans la lutte contre les méfaits de l’abus d’alcool. Il a indiqué que les efforts de sensibilisation sur les dangers de l’abus d’alcool étaient une « priorité » pour la Commission, ajoutant : « Nous avons déjà des règlementations sur les boissons alcoolisées et l’étiquetage est une des mesures d’ensemble qui devrait être prise en considération. » En revanche certains représentants de l’industrie des boissons alcoolisées, comme la Fédération des Brasseurs Belges, estiment qu’ils ne sont pas très chauds au projet « Protect », car selon eux, « de tels messages d’alerte seraient excessifs et inutiles ».

(1) Une étude « Baromètre de 2009 » a constaté qu’une majorité écrasante d’Européens souhaitent être informés sur les conséquences de l’alcool: 79% seraient en faveur de messages d’alerte sanitaire sur les bouteilles et 82% approuveraient de tels avertissements sur les publicités.

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