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Bretagne Le marché de la betterave sucrière bio tente de sortir de terre

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La betterave sucrière est une des rares cultures en France qui n’a pas encore son pendant bio. Le Breton Bernard Cano voudrait y remédier avec son projet de sucre bio et breton Breizh Sukr. Chez certains grands groupes sucriers français, les essais au champ commencent, aussi petits soient-ils.

« En 2016, nous avons planté 7 hectares de betteraves à sucre bio. En 2017, nous en avons planté 21 hectares », explique à Agra Bernard Cano, un Breton à l’initiative du projet Breizh Sukr de développement d’une filière de betterave sucrière biologique. Les filières innovantes, Bernard Cano connaît. En 1987, il est à l’origine de la première production de sarrasin bio en France, ainsi que de la première usine d’aliments des animaux dédiée aux productions bio. Trente ans plus tard, il réitère l’expérience avec le sucre de betterave bio en Bretagne. L’idée fait son chemin aussi chez certains grands groupes sucriers. Au sein du groupe coopératif Cristal Union, « des essais sont menés en betterave bio, au sud de Paris et en Champagne-Ardenne », indique le directeur général Alain Commissaire, précisant que les surfaces concernées se comptent en dizaines d’hectares.

L’optimisme des défricheurs

Selon Bernard Cano, la demande est au rendez-vous : « La France importe 40 000 à 45 000 tonnes de sucre bio par an ». Dans le cadre du projet Breizh Sukr, il a déjà des partenaires industriels et de la distribution : Triballat, Biocoop ou encore Breizh Kola. L’objectif du projet est de produire 5 000 tonnes de sucre bio par campagne, « ce qui correspond à environ 700 hectares de betteraves à sucre bio », calcule Bernard Cano. Pour l’heure, trente agriculteurs sont impliqués. Il décrit trois profils : « Il y a des agriculteurs qui veulent se diversifier, des éleveurs qui passent aux cultures et des maraîchers qui manquent d’une culture racinaire dans leur rotation. »

Une mini-sucrerie bio en 2019

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Reste que la route pour y parvenir est sinueuse. « C’est compliqué de faire du bio », reconnaît Alexis Duval, le président du directoire de Tereos, pointant « une organisation logistique pas simple ». Le groupe parle en connaissance de cause, fort de son expérience au Brésil où il a produit très longtemps du sucre bio destiné au marché local et aux États-Unis. Par ailleurs, « on a de très grosses usines, qui ne sont pas trop adaptées », a expliqué Alexis Duval : elles devraient tourner en bio des jours donnés, puis subir un nettoyage avant de passer au conventionnel. Ces difficultés, Bernard Cano ne les ignorent pas. Pour contourner le problème technique lié à la transformation, sa solution est de construire une mini-usine de transformation dédiée au bio. Il est en partenariat avec l’IUT de Pontivy et l’UTC de Compiègne pour développer une « mini-sucrerie moins gourmande en eau », selon Ouest-France. Bernard Cano vise une mise en route d’ici 2020.

Des expériences européennes en demi-teinte

Une étude de la Frab Champagne-Ardennes (réseau agriculteurs bio de la Fnab) publiée en 2013 analyse la situation européenne. Ainsi, le sucre de betterave bio est déjà produit en Allemagne, en Suisse et en Autriche. 1 200 hectares étaient emblavés en betterave sucrière bio en Allemagne et en Autriche en 2012. SüdZucker, « le plus gros producteur mondial de sucre de betterave », possède deux usines de transformation : l’une à Warburg (capacité de traitement : 4 700 tonnes de betteraves par jour), l’autre à Frauenfeld (10 000 tonnes de betteraves par jour). Mais pour d’autres pays de l’Union européenne, cela n’a pas fonctionné. Tereos a connaissance d’expérimentations sur la betterave sucrière bio en Angleterre, finalement stoppées. Selon l’étude de la Frab, le projet anglais a duré de 1999 à 2005. Il a pris fin pour trois raisons : « le marché n’a pas augmenté », « le surcoût de la production bio » et la concurrence avec le sucre bio de canne importé.