Le marché des robots de traite est loin d'être saturé en France. Il correspond bien au type français d'exploitation de l'ordre de 55 vaches d'où son développement. Même s'il libère l'éleveur de l'astreinte de la traite, il nécessite quelques aménagements dans la structure, voire la conduite de l'exploitation.
Depuis 2007, le marché des robots de traite poursuit sa croissance de 10 à 20% par an. « C'est un marché très dynamique », estime Edouard Alix, responsable robotique pour les pays du sud de l'Europe chez DeLaval, entreprise suédoise leader sur le marché. Si les robots de traite ont fait leur apparition dans les années quatre-vingt-dix, ils ont mis plus de quinze ans avant de vraiment prendre leur envol. « Il y a de l'affectif derrière tout cela. Déléguer ses vaches à une machine, ce n'est pas évident », analyse Edouard Alix. L'amélioration de la technologie avec le développement de l'informatique, son effet bénéfique aussi bien pour l'éleveur que pour ses vaches et des prix du lait « assez bons » à l'époque sont, pour lui, à l'origine du vrai démarrage de ce marché. « Aujourd'hui, une installation sur deux se fait à partir d'un robot de traite. Le marché s'est beaucoup démocratisé », observe Edouard Alix. En France, 6 à 7% des éleveurs sont robotisés contre 40% dans les pays d'Europe du Nord, comme en Suède ou en Norvège, à la pointe dans ce domaine. La France reste moteur cependant car, comme l'affirme Clément Allain, en charge de l'agriculture de précision à l'Institut de l'élevage, « le robot de traite correspond bien à la taille de nos exploitations ».
Un robot pour une soixantaine de vaches
Environ soixante vaches sont nécessaires pour rentabiliser un robot de traite, soit la taille moyenne d'une exploitation française. Pour amortir son coût élevé, d'environ 100 à 150 000€ par stalle, sans parler des frais d'aménagement du bâtiment, il est nécessaire de faire fonctionner le robot « à saturation ». « Dès lors que l'on veut racheter une deuxième stalle, cela demande de doubler le troupeau, ce qui ne se fait pas du jour au lendemain. C'est une condition limitante du système », expose Clément Allain. Par ailleurs, « le coût de fonctionnement annuel du robot représente environ 60€/ 1 000 l, contre 30 à 35€ pour un système de traite classique », avance Gabriel Giraud, directeur d'études chez Xerfi, cabinet d'étude. Le nombre de stalles par exploitation en France est de l'ordre de 1,2 à 1,6 en fonction des sources. Il existe même des robots déplaçables comme sur la ferme expérimental de Trévarez (Bretagne). Ils restent cependant trop coûteux pour un réel intérêt. Avec l'installation des robots de traite, la tendance est à la diminution du pâturage. « C'est une fausse idée que l'on ne peut pas gérer du pâturage avec un robot », estime Clément Allain. Il est cependant nécessaire, pour cumuler les deux, d'avoir des parcelles proches de l'exploitation (25-30ha pour 50 vaches). Une contrainte que reconnaît volontiers Clément Allain. Il rappelle néanmoins que « l'herbe reste l'aliment le moins cher ! ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Le robot, un amplificateur de performance
Edouard Alix précise, de son côté, que « le robot est un amplificateur de performance. Si les l'éleveur est très bon, il peut devenir excellent, ou l'inverse ! Le robot nécessite beaucoup de rigueur. Il ne fait pas tout, même s'il décharge des astreintes. » En France, c'est d'ailleurs pour cette raison qu'il est acheté en priorité. Améliorer la qualité de vie est un argument qui dépasse la volonté de gagner en technicité. En Allemagne, augmenter la productivité va enclencher l'acte d'achat et au Canada, très orienté sur la génétique, c'est plutôt la possibilité de mesurer en permanence les performances des vaches qui l'emportera. La Turquie présente aussi un marché très dynamique et la Chine s'intéresse de plus en plus à cet outil. « Les Chinois ont la volonté d'être autonomes. Ils investissent massivement dans cette filière. Une fois qu'ils auront le savoir, ils n'auront plus besoin de nous ! », commente Edouard Alix. À l'avenir, Clément Allain n'imagine pas une vraie évolution technologique dans le robot de traite en lui-même. « Par contre, d'autres concepts vont émerger sur les salles de traites rotatives par exemple ou sur d'autres type de traite », conclut-il.
« D'après une enquête réalisée par l'INRA en 2008 sur 70 élevages, le temps moyen gagné grâce à l'utilisation d'un robot de traite par rapport à une installation de traite classique est d'environ 2 minutes par vache et par jour », annonce Gabriel Giraud directeur d'études chez Xerfi, cabinet d'étude. Cela représente pour un troupeau d'une soixantaine de vache, 1 440 heures de travail ou 120 jours de travail ! « Emancipé du travail manuel de la traite, l'exploitant peut se consacrer à d'autres tâches, telles que l'interprétation et l'analyse des résultats fournis par le robot. Le gain de temps est la principale motivation à l'achat par les exploitants », selon Gabriel Giraud.