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Céréales Le marché du fret ne se redressera pas avant plusieurs mois

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Les cours du fret s’enfoncent depuis plusieurs semaines. Une embellie n’est guère envisageable avant six mois, compte tenu de la baisse de la demande sidérurgique, de l’importance du carnet de commande de bateaux et du manque de confiance généralisé.

«Les marchés du vrac ont déjà traversé beaucoup de crises, mais aucune n’a eu l’amplitude des variations enregistrées ces dernières années », a indiqué Chris Tomlinson, courtier affréteur chez Thurlestone Shipping, en Grande Bretagne, le 19 novembre à Genève. Il intervenait à l’occasion de la conférence internationale Global Grain. De fait, en quelques semaines, les cours du fret se sont effondrés, la chute étant tout particulièrement spectaculaire pour les Capesize. Ces navires de grande taille qui ne sont pas conçus pour passer dans les canaux de Suez ou de Panama coûtaient début août 150 000 dollars par jour à celui qui les utilisait, alors que mi-novembre, leur cours était tombé à moins de 5 000 dollars par jour. « C’est un revirement dramatique et violent des prix », a constaté Chris Tomlinson. La faute à la crise économique mondiale, qui engendre une baisse des volumes transportés.

Les exportations de minerais et d’acier au ralenti

Entre juin et novembre 2008, les exportations de minerai en provenance du Brésil ont fondu de 33 %, et celles venant d’Australie ont perdu 35 %. « La baisse a commencé en octobre, elle a empiré sur novembre, estime le courtier affréteur. L’impact sur les besoins en bateaux est très important ». Géant mondial de l’acier, la Chine n’est pas en reste : sur la même période, elle a réduit de 24 % sa fabrication d’acier et de 55 % celle de minerai. Entre la fin de l’année 2008 et le début de 2009, le Japon comme l’Europe ont par ailleurs prévu de réduire de 20 à 30 % leur cadence de production d’acier. Si elle n’a pas programmé de coupe franche dans sa production pour les mois à venir, la Chine, qui exporte habituellement 20 % de sa production d’acier, devrait rester à l’écart du marché mondial « pour se concentrer sur elle-même », juge Chris Tomlinson. Ce qu’elle devrait parvenir à faire sans trop de difficultés : elle dispose de stocks importants en minerai de fer et ceux-ci atteignent même un record sur les quatre dernières années en acier.

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Des carnets de commande surgonflés

Cette crise de la demande se double d’une perspective de développement très importante de la flotte mondiale. Depuis 2007, d’importants investissements ont été programmés dans le vrac sec, motivés par le déficit mondial de bateaux et une conjoncture particulièrement favorable au fret maritime. Résultat : « Les carnets de commandes ont massivement gonflé », note Chris Tomlinson, signalant qu’il y a actuellement en préparation « plus que la flotte actuelle de Capesizes ». Le marché mise sur des abandons de commande. « Il est possible sous certaines conditions d’annuler des contrats », confirme Damian Honey, avocat chez Holman Fenwick Willan. Notamment lorsqu’ils concernent la Chine. Mais pour Chris Tomlinson, l’opération reste compliquée, parce qu’une commande s’accompagne en général d’un dépôt de garantie. « Même avec les annulations, ce sera difficile », anticipe le courtier. Pour qu’une reprise se manifeste, plusieurs facteurs doivent être réunis, parmi lesquels un renouveau de la confiance entre les acteurs de la chaîne d’affrètement. Or « nous avons enregistré un nombre significatif de recours pour des non-paiements », a précisé Damian Honey le 19 novembre. Et il faut également que les stocks d’acier et de minerai se réduisent pour stimuler de nouveau les échanges. « Au minimum, le marché restera en repli pendant six mois », prévoit Chris Tomlinson.