La consommation de bananes en France a progressé ces deux dernières années, entraînées par les productions bio et équitables. Les acteurs français du secteur veulent favoriser « la valorisation » pour faire face à la concurrence en provenance d’Amérique du Sud, notamment sur le marché européen.
Stable depuis plusieurs années, le marché français de la banane a connu « un très fort développement ces deux dernières années », passant de 560 000 à 643 000 tonnes d’approvisionnement l’année dernière, a indiqué Gauthier Fischel, président de l’Association interprofessionnelle de la Banane (AIB) qui rassemble producteurs, importateurs ou distributeurs, dans une conférence de presse le 18 juin. Une augmentation drainée par « les produits à forte valeur ajoutée », notamment le bio. Avec un peu plus de 100 000 tonnes l’année dernière, « la banane bio a explosé », constate Gauthier Fischel, mettant également en avant les autres segmentations mises en place par la filière (banane française, bio équitable…). 10 % des bananes en France sont aujourd’hui équitables et 15 % bio (contre 8 % pour l’ensemble des fruits). Si la majorité des bananes bio sont aujourd’hui produites en Afrique ou République Dominicaine, « il y a un planteur bio et dix planteurs en conversion » en Guadeloupe et Martinique, a indiqué Xavier Martin, représentant l’UGPBAN (Union des groupements des producteurs de bananes de Guadeloupe et Martinique), qui indique que cette production restera malgré tout marginale.
« Il faut que les productions africaines et antillaises se distinguent de la masse par l’agroécologie », estime-t-il cependant, que ce soit par le bio ou par d’autres démarches (commerce équitable, sans pesticides…). « Nous avons réussi une première étape avec la hausse de la consommation. Il faut passer à une deuxième étape avec la valorisation », affirme également Gauthier Fischel. Car malgré le développement de la consommation, « les temps sont durs », juge-t-il, notamment sur le marché européen où d’une manière générale les « trop pleins de la production d’Amérique latine » entraînent « une dévaluation des produits ».
Crainte que « les prix du bio rattrapent le conventionnel »
Avec 6,5 millions de tonnes l’année dernière, l’approvisionnement du marché européen a crû de 2 % mais reste dominé à près de 73 % par la banane « dollars », en provenance d’Amérique du Sud. « Le marché européen a connu une croissance de 7 % par an ces dernières années, raison pour laquelle la zone dollars l’a courtisé », explique Gauthier Fischel. Si la France reste un marché à part (lire encadré), « l’excédent d’offre en Europe a eu un effet sur toute la filière », assure-t-il, notamment en faisant chuter les prix à l’importation de 5 % en Europe, avec un impact négatif sur le chiffre d’affaires du secteur qui s’est malgré tout fixé à 1 milliard d’euros en 2018, en progression.
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Avec une crainte à terme : « Que les prix du bio rattrapent les prix du conventionnel ». Les prix des bananes bio en France ont ainsi « baissé de 20 % en cinq ans » se fixant autour de 2€ le kilo en 2018, contre à peu près 1,5 € pour des bananes conventionnelles, a indiqué Xavier Martin. Un écart vu comme une limite au-dessous duquel il sera « impossible de produire », jugent les acteurs du secteur. « Le bio fair-trade pourra peut-être compenser cela », précise Xavier Martin. « Lorsqu’on est en bio fair-trade, on est tenu par le respect d’un prix » et de pratiques agronomiques, précise-t-il.
Après les cyclones, les bananes de Martinique et Guadeloupe amorcent leur retour
En France, les bananes de Guadeloupe et Martinique (BGM) amorcent leur retour sur le marché après que 80 % de la production ont été détruits par l’ouragan Maria en 2017. Si elles ont représenté 19 % de parts de marché en 2018 (contre 30 % en temps normal), le début d’année 2019 voit une embellie. Au 1er trimestre 2019, elles ont ainsi représenté 20 % de l’approvisionnement du marché français, contre moins de 10 % l’année dernière à la même période. « Dans le même temps, l’origine dollars [ndlr : Amérique latine] diminue », a précisé Christian Métadier, vice-président de l’AIB. Ces dernières avaient été les principales bénéficiaires de la baisse des bananes BGM en 2018, représentant 26 % de l’approvisionnement du marché français, contre 14 % en temps normal. Le reste du marché restant dominé par les bananes ACP (Afrique/Caraïbes) avec près de 52 % de parts de marché.