Le ministère de l’Agriculture vient de rendre son verdict concernant le traitement de semences sur maïs Cruiser. Il sera autorisé sous conditions pour les semis 2009. Orama juge ces conditions trop restrictives, tandis que les associations environnementales déplorent le choix de la rue de Varenne.
Le 17 décembre, le ministère de l’Agriculture a tranché… En faveur du Cruiser. La décision était attendue et redoutée depuis des semaines, soit par le monde agricole, soit par celui des organisations environnementales. L’autorisation du traitement de semences insecticide Cruiser, utilisable sur maïs, est donc renouvelée pour 2009. Elle est assortie d’un certain nombre de restrictions, qu’un syndicat comme Orama, branche grandes cultures de la FNSEA, juge trop restrictives. « Les conditions imposées sont telles que l’utilisation du Cruiser sur le terrain sera très limitée par rapport aux besoins réels des agriculteurs », indique-t-il dans un communiqué diffusé le 18 décembre.
Utilisable un an sur trois
Comme l’an dernier, seuls les maïs semés avant le 15 mai 2009 pourront être traités et le Cruiser ne sera utilisable qu’en maïs ensilage, maïs grain et maïs porte-graine femelle. Le produit ne pourra être employé sur une même parcelle qu’un an sur trois. Une précision que redoutait Jean-Paul Renoux, ingénieur chez Arvalis et spécialiste du maïs, lors d’une conférence de presse le 26 novembre. « Nous avons besoin du Cruiser là où la pression taupins est importante, ce qui représente 200 000 hectares dans le bassin de l’Adour, expliquait-il alors. Sans protection contre ces insectes, il faut compter 30 % de rendement en moins ».
Le ministère a aussi indiqué qu’un arrêté ministériel préciserait le renforcement des conditions d’enrobage des semences (dit « plan poussière) et que les agriculteurs devront équiper leur semoir de déflecteurs pour limiter les émissions de poussière lors des semis. Rappelons que cette question des poussières faisait partie des points jugés inquiétants par les organisations environnementales.
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Un protocole de suivi renforcé
Le ministère a également décidé de renforcer le protocole de suivi de l’autorisation. Six régions (Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes, Aquitaine, Alsace, Poitou-Charentes et Limousin) y participeront contre trois en 2007. Le ministère prévoit également « l’augmentation du nombre de ruchers suivis et leur mise en place précoce », « la mesure des poussières par extraction d’air » et « une meilleure traçabilité des parcelles ». « L’autorisation sera immédiatement suspendue si les éléments de suivi ou toute circonstance particulière le justifiaient », a-t-il signalé, indiquant qu’il déléguait le pilotage de ce protocole à un comité placé auprès du cabinet du ministre et « associant toutes les associations qui le souhaiteront ». Pour compléter le dispositif, Michel Barnier a décidé « d’une série de mesures visant à développer et intensifier les expertises ». Une étude de l’Inra, qui devrait être rendue d’ici trois mois, devrait notamment apporter un éclairage sur les pratiques de nos voisins européens en matière de lutte contre les taupins.
Une décision jugée hypocrite par la Confédération paysanne
Cet ensemble de mesures n’a pas suffi à rassurer les organisations environnementales. Dans un communiqué diffusé le 18 décembre, la Confédération paysanne s’est insurgée contre « une décision d’une rare hypocrisie ». Pour le syndicat, le renforcement du protocole de suivi signifie que le ministre « reconnaît le manque de sérieux du protocole 2008 » et qu’il « admet l’impuissance du pouvoir politique à assurer une politique sanitaire efficace ». France Nature environnement invite de son côté les personnes intéressées à signer sa pétition pour l’interdiction de l’insecticide.