Concentration des exploitations, impact limité sur la préservation de l’environnement, effets « ambivalents » sur l’emploi… Dans son rapport qui sert de base au plan stratégique national de la future Pac, le ministère pointe certains travers des aides européennes.
Lors du CSO (comité supérieur d’orientation agricole) du 10 octobre, le ministère de l’Agriculture a présenté son projet de diagnostic de l’agriculture française. Cet état des lieux approfondi de la ferme France sert de base aux discussions autour du plan stratégique français de la future Pac (1). Ce document de 130 pages a été élaboré par la DGPE (direction générale de la performance économique) en concertation avec les syndicats et les ONG (2).
Ce rapport – qu’Agra Presse s’est procuré – pointe certaines dérives des précédentes Pac. On y lit par exemple que « les exploitations ayant les effets les plus positifs sur l’environnement sont celles qui perçoivent le moins d’aides directes par hectare ». Autre constat : « les aides de la Pac, et en particulier les aides du premier pilier, ont accompagné le mouvement d’agrandissement et de spécialisation des exploitations et l’intensification des modes de production ». Un phénomène « qui a contribué ou contribue encore au changement climatique ». Côté environnemental, « le verdissement a permis de limiter la dégradation plus qu’il ne permet d’amélioration significative des performances environnementale et climatique du fait des curseurs choisis et exemptions », note le rapport.
Autre travers pointé par la DGPE : les « effets ambivalents sur l’emploi agricole » des aides du premier pilier. Certes, « les paiements directs ont permis de préserver des emplois en soutenant les revenus ». Mais « le découplage des aides a favorisé la concentration des exploitations avec un effet négatif sur l’emploi ». Le paiement redistributif (surprime aux 52 premiers ha) « peut aider à contrebalancer cet effet, mais dans des proportions limitées ».
Un travail salué par tous les syndicats agricoles
Dans le détail, le projet de diagnostic balaie chacun des 10 objectifs assignés à la future Pac par la Commission européenne. Trois d’entre eux portent sur l’économie des filières (revenus agricoles et résilience, compétitivité, répartition de la valeur), trois autres sur les aspects environnementaux (changement climatique, ressources naturelles, biodiversité). Les trois derniers s’intéressent au champ social (installation, emploi, attentes sociétales). Enfin, un dernier objectif transversal vise la modernisation du secteur. Chaque « fiche diagnostic » comporte un état des lieux de la situation actuelle et des tendances futures, l’influence des Pac précédentes, puis une analyse Afom (atouts, faiblesses, opportunités et menaces).
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En conclusion de chaque objectif, le ministère propose une liste de besoins « non hiérarchisés [et] non priorisés » (Pac et hors Pac). Une fois le document finalisé, la deuxième phase de la concertation visera à hiérarchiser ces besoins et à les traduire en mesures concrètes. Tous les syndicats agricoles ont salué la qualité du travail mené par la DGPE : un « document complet » (FNSEA), « cohérent » (Confédération paysanne), qui dresse un « bilan plutôt lucide » (Coordination rurale). Avant de diverger sur les mesures à proposer.
(1) Voir même numéro
(2) Voir n°3702 du 22/07/2019
« Le découplage des aides a favorisé la concentration des exploitations »