Décalée depuis de nombreux mois, la présentation de la feuille de route numérique du ministère de l’Agriculture a finalement collé avec le Salon de l’agriculture. Les deux grandes nouveautés concernent les start-up agricoles et la robotique agricole.
Le ministère de l’Agriculture a fait paraître, le 28 février, sa « feuille de route agriculture et numérique », dans laquelle elle liste une série de 25 chantiers (bouclés, en cours ou à lancer), réalisés par les pouvoirs publics eux-mêmes ou des tiers (p. ex. chambres d’agriculture, Vivea, Ferme digitale). Les principales nouveautés concernent les start-up et la robotique agricole.
En matière de robotique, le ministère annonce le lancement de trois « nouvelles expérimentations » relatives aux « équipements agricoles autonomes », en sus de celle déjà en cours sur les épandages par drones agricoles. La première expérimentation vise à vérifier la conformité avec la réglementation routière de passages d’engins autonomes d’une parcelle à l’autre (p. ex. sur chemins ruraux et communaux).
La seconde vise à vérifier la conformité des machines « en plein air » avec les directives européennes relatives aux machines agricoles. Enfin, des expérimentations vont être lancées concernant la cybersécurité des machines autonomes, pour concevoir des « guides » sur la prise en compte de ces enjeux « dès la conception des robots ».
Un classement French Tech 20
L’autre volet de nouvelles mesures porte sur les start-up agricoles, qui ont remis au ministre de l’Agriculture (qui le leur avait commandé) un rapport sur l’amélioration de leurs conditions de développement. Piloté par la Ferme digitale avec 27 organisations représentantes de l’écosystème « agritech », ce rapport met huit mesures sur la table, dont une partie a été reprise par le ministère de l’Agriculture, au travers d’un document intitulé « Agenda French Agritech » paru le lendemain.
La mesure la plus marquante est la création d’un programme d’accélération dédié à l’agriculture, dont le principe a été validé par le ministère de l’Agriculture. Intitulé French AgriTech 20, ce concours organisé en partenariat avec la French Tech (service du ministère de l’Économie dédié à l’accompagnement des start-up) vise à sélectionner chaque année vingt start-up « à potentiel ». Trois domaines sont visés : les « technologies » (p.ex. outil d’aide à la décision), « l’industrie » (p.ex. robotique) et « le vivant » (p.ex. biocontrôle).
Pour ce faire, le ministère de l’Agriculture financera un poste au sein de la French tech, a déclaré le ministre de l’Agriculture lors de la remise du rapport. Dans cette même idée – mieux intégrer les start-up agricoles aux institutions en place –, le président de l’APCA (chambres d’agriculture) s’est engagé à embaucher dans son réseau une personne qui serait la référente des start-up agricoles.
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Enfin, comme attendu, le ministère de l’Agriculture et les start-up ont acté la création d’une marque intitulée French Agritech, qui permettra de labelliser des start-up, structures d’accompagnement, évènements…
Dix licornes pour 2030
De leur côté, les start-up de la « French Agritech » se sont fixé des objectifs à horizon 2030: faire apparaître dix licornes (société dont la valeur est estimée à plus d’un milliard d’euros) – la première pourrait bien être la start-up d’élevage d’insectes Ÿnsect. Elles veulent aussi atteindre 15 % de start-up « French Agritech » dans les classements généralistes de start-up FT120 et Next40. Elles ambitionnent aussi de créer cent nouvelles start-up par an et cinq fonds de 200 millions d’euros, dont un pour les projets en phase d’amorçage.
Le rapport French Agritech a été remis par le président de la Ferme digitale, le principal réseau de start-up agricoles français, qui disposait au Salon du plus vaste stand de l’évènement (600 m2), selon ses dirigeants. Deux jours avant la remise du rapport, la Ferme digitale avait présenté ses nouvelles orientations, annonçant notamment l’intégration d’investisseurs dans son réseau. Les sociétés d’investissement Famm, fondée par l’entrepreneur Didier Rousseau, et Astanor, qui a récemment recruté l’ex p.-d.g. de Danone Emmanuel Faber, formeront un « pôle d’investisseurs » au sein de l’association, qui fédère désormais 75 sociétés membres, dont une cinquantaine de start-up.
Son président Jérôme Le Roy (Weenat, stations météo connectées) a également annoncé le développement d’un maillage régional, avec la nomination de six ambassadeurs régionaux, chargés d’animer le réseau dans leur périmètre géographique. L’association a également affiché un objectif de faire « labelliser » 50 % de ses membres sur des critères d’économie « à impact » (ex : Zei, B-Corp).
Expérimenter les passages de robots d’une parcelle à l’autre
Bientôt un référent start-up aux chambres d’agriculture
Numérique : l’Inrae et l’Inria publient un livre blanc sur « l’agriculture numérique »
À l’occasion du Salon de l’agriculture, l’Inrae (recherche agronomique) et l’Inria (recherche numérique) ont présenté, le 28 février, un « livre blanc sur l’agriculture numérique », identifiant des « défis de recherche », des risques et conditions de réussite pour le bon développement de ces nouveaux services. Parmi les risques identifiés, les deux instituts citent ceux de « l’exclusion » de certains agriculteurs, de leur « perte d’autonomie », notamment vis-à-vis de l’aval des filières, de la « perte d’identité, de sens et de lien avec la nature », et enfin celui d’une « transition agroécologique limitée et incomplète ». Les chercheurs identifient quatre « conditions de réussite » : celle d’une recherche « systémique », portant attention à la « gouvernance des données », visant la « résilience » et non pas « l’optimum », n’oubliant pas d’avoir la « frugalité » comme objectif. Enfin, ils ont identifié quatre « défis de recherche » : celui du « partage des connaissances », de l'« assistance des agriculteurs (outils d’aide à la décision, robots, capteurs…), de la « gestion des territoires » (pilotage de l’eau, de la biodiversité »), et enfin du « rééquilibrage des chaînes de valeur », entre les agriculteurs et l’aval.