« » pour les négociations de Doha, a estimé le 3 mai le représentant américain (sortant) pour le commerce, Rob Portman, présent à Genève pendant deux jours pour rencontrer les porte-parole de quelque 90 des 149 États membres de l’OMC. « », a-t-il averti. M. Portman a réaffirmé que, pour sortir de l’impasse actuelle, l’UE et d’autres pays riches devaient accepter de fortes baisses de leurs droits agricoles à l’importation et que les pays émergents devaient consentir des réductions sensibles de leurs droits de douane industriels et ouvrir leur marché des services.
Dans un communiqué commun publié à l’issue d’un entretien le 2 mai à Genève, M. Portman – accompagné de son successeur désigné Susan Schwab et du secrétaire américain à l’agriculture Mike Johanns – et le ministre australien du commerce, Mark Vaile, ont « accueilli avec satisfaction les récentes déclarations publiques claires du commissaire (européen au commerce Peter) Mandelson indiquant que l’UE est prête à renforcer son offre en ce qui concerne l’accès au marché agricole ». « Ceci a été et continue d’être la clé pour résoudre les divergences qui subsistent», ont-ils affirmé.
M. Mandelson avait déclaré fin avril que « l’UE sera prête à améliorer encore son offre actuelle sur l’agriculture », si les circonstances et les propositions de ses partenaires le permettent.
Si les Etats-Unis sont vraiment prêts à améliorer leur offre en matière agricole, l’UE répondra à cette « avancée importante» en améliorant ses propres propositions, avait expliqué le principal négociateur européen Voir n° 3054 du 01/05/06.
Selon son porte-parole, Peter Power, M. Mandelson ne s’est pas rendu à Genève début mai « pour la simple raison qu’il a parlé avec (le directeur général de l’OMC) Pascal Lamy et en a conclu qu’il n’y avait pas de négociations en cours ».
Un compromis possible « en principe », selon le Brésil
Le ministre brésilien des affaires extérieures, Celso Amorim, autre acteur important de la négociation, a rencontré lui aussi M. Portman le 2 mai à Genève et s’est entretenu par téléphone avec M. Mandelson. « Tous mes interlocuteurs, avec bien sûr des nuances, continuent d’œuvrer pour obtenir un accord de principe en juin ou juillet», a-t-il déclaré à la presse. M. Amorim a jugé les positions « réconciliables en principe», ajoutant toutefois que « cela dépend de la volonté politique ».
Pascal Lamy : progresser sur les produits sensibles
« Bien qu’il y ait encore beaucoup à faire en peu de temps, il est encourageant de constater que les délégations semblent maintenant prêtes à s’engager totalement dans le processus » de négociation sur le volet agricole du cycle de Doha, a déclaré le 1er mai à Genève M. Lamy devant le Comité des négociations commerciales de l’OMC.
« Après les discussions substantielles qui ont eu lieu sur la concurrence à l’exportation, la boîte bleue, la boîte verte, le mécanisme de sauvegarde spéciale ou les produits tropicaux, nous avons besoin de façon urgente de plus de travail et de plus de textes sur les produits spéciaux et les produits sensibles, de telle sorte que l’impact des réductions des droits de douane puisse être traduit en accroissement d’accès au marché, point que les ministres devraient négocier », a toutefois estimé le directeur général de l’OMC.
Peter Mandelson : les Etats-Unis doivent être plus « raisonnables »
« Tant que (les Etats-Unis) n’auront pas changé leurs demandes en réclamations plus raisonnables et plus réalistes, nous allons continuer à être dans une impasse», a réaffirmé M. Mandelson le 28 avril sur la BBC.
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En échange d’un accord sur la réduction du soutien interne, a ajouté le commissaire européen au commerce, « le gouvernement américain réclame un accès radical aux marchés agricoles dans le monde que ni nous en Europe ni la plupart des pays en développement – des pays qui s’expriment au nom de la moitié de l’humanité – ne peuvent accepter ou mettre en œuvre. C’est ce qui empêche de prendre des décisions ».
Les Etats-Unis se jugent « très réalistes »
« Je pense que ce que nous demandons est très réaliste », avait, au contraire, expliqué M. Portman le 25 avril devant la presse. La position de Washington n’est pas « à prendre ou à laisser », a dit le représentant américain pour le commerce (USTR) : par exemple, les Etats-Unis pourraient accepter un compromis entre la réduction de 66 % en moyenne des droits de douane agricoles qu’ils préconisent et celle de 54 % suggérée par les pays émergents du G-20.
Pour sa part, a-t-il poursuivi, l’UE en est à 38 ou 39 % de réduction moyenne et 142 produits sensibles, alors que les Américains et le G-20 souhaitent que ceux-ci soient « en nombre très limité», soit, pour l’Europe, 1 %, c’est-à-dire 18 produits.
Parallèlement, a souligné M. Portman, les pays en développement les plus prospères doivent, de leur côté, améliorer sensiblement leurs offres de réduction des droits de douane industriels et d’ouverture du marché des services.
Rob Portman : « l’UE a un problème avec la France »
Le représentant américain a également rappelé que les Etats-Unis avaient accepté de proposer une réduction de 60 % des soutiens agricoles internes qui faussent le plus les échanges (ceux de la « boîte orange ») ainsi qu’un plafonnement des soutiens de la « boîte bleue » (qui faussent moins la concurrence) à 2,5 % de la valeur de la production, alors que ceux-ci ne sont pas limités pour l’instant.
Pour progresser dans les négociations de l’OMC, il faut que l’UE revienne sur sa position actuelle qui consiste à ne pas offrir de véritable accès supplémentaire au marché agricole, a finalement déclaré le représentant américain.
« Je comprends que l’UE a un problème avec la France, et il peut y avoir quelques autres pays du même avis que l’on entend moins. Les Français ont été très clairs sur le fait qu’ils ne bougeront pas», a-t-il ajouté. « Je serais désolé de voir une minorité, un petit nombre de pays au sein d’un bloc commercial qui est de façon compréhensible influencé par une petite partie – politiquement puissante – de son économie, décider du sort du cycle de Doha ».