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Réactions Le monde agricole ne s’y retrouve pas

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L’accord de modération des marges que Nicolas Sarkozy a fait signer aux distributeurs, le 17 mai, dans un but de moraliser les relations commerciales entre les différents maillons de la filière n’a pas rassuré les producteurs. Les syndicats agricoles se sont montrés, au mieux prudents, au pire sceptiques, sur les retombées concrètes de ces accords pour les agriculteurs confrontés à des situations de crise. Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA a déclaré que ces accords ne concernaient pas les producteurs mais les consommateurs. Aucune obligation contraignante concernant l’amont ou le débouché final n’est introduite dans ces accords.

Il y a comme un paradoxe dans la signature de ces accords de modération de marge par la distribution. Ceux qui auraient du faire grise mine – la grande distribution – ont finalement applaudi des deux mains cette initiative de Nicolas Sarkozy. En effet, l’objet de ces accords est d’encadrer et de limiter leur marge en cas de crise agricole. Cela devrait donc logiquement leur déplaire. Pourtant ils ont affiché un large sourire à la sortie de cette cérémonie de signatures qui s’est déroulée à l’Elysée en présence de l’ensemble de la filière des fruit et légumes et des syndicats de producteurs. Quand la distribution se réjouit, cela veut dire que cela n’est pas bon pour nous, résumait un président de chambre d’agriculture. Une « vérité » largement partagée par le monde agricole.
Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA a déclaré que ces accords ne concernaient pas les producteurs mais les consommateurs, dans la cour du palais présidentiel le 17 mai, à l’issue de la réunion voulue par Nicolas Sarkozy.
« J’ai cru comprendre que les distributeurs, à les entendre, n’ont plus comme seul objectif d’aller vers les prix les plus bas », a-t-il déclaré avec un brin d’ironie quand on connait les rapports tendus qu’entretient le leader du syndicat avec la grande distribution depuis quelques mois. « On aura une véritable avancée, si au-delà de cet accord sur les marges, une vraie politique de contrats entre les producteurs et les distributeurs est mise en place », a-t-il ajouté.

Pas d’obligation
François Lucas, président de la Coordination rurale s’est dit « très sceptique ». « Malgré l’ambition affichée par la future LMA de défendre les agriculteurs, la CR craint que la volonté de faire baisser les prix à la consommation ne l’emporte sur celle de les faire remonter pour les producteurs », a-t-il expliqué. Pour lui, « tout est dans le vague. Il n’y a rien de concret dans le contenu de ces accords ». Aucune obligation contraignante concernant l’amont ou le débouché final n’est introduit dans ces accords. Libre aux grandes surfaces de faire comme elles l’entendent. En plus, « le niveau des marges des trois dernières campagnes que les GMS doivent s’engager à ne pas augmenter, ont-elles été vertueuses ? » interroge-t-il. On devine sa réponse.
Pour la Confédération paysanne, cet accord « ne permettra pas au paysan de vivre mieux ». « La question de l’amélioration du prix de vente n’est pas évoquée dans ces accords » ajoute Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne. Le seul objectif réaffirmé par Nicolas Sarkozy dans son propos de présentation est de « faire baisser les prix à la consommation ». « Pourquoi les distributeurs n’iraient-ils pas s’approvisionner sur le marché mondial, ce que l’accord ne leur interdit pas aujourd’hui, la modération des marges ne concernant que les produits français ? », a déclaré Philippe Collin.

Attendons de voir
Dans la perspective d’une application de cet accord, les professionnels du secteur des fruits et légumes se veulent confiants, mais émettent des réserve. « Je ne suis pas euphorique, mais plutôt confiante », a déclaré Angélique Delahaye, présidente de Légumes de France. Même attitude de son homologue Bruno Dupont, président de la Fédération nationale des producteurs de fruits : « Attendons de voir comment se déroulera la campagne de fruits d’été et si les producteurs de pêches-nectarines seront satisfaits ».
Pour la présidente des maraîchers, ce dispositif sera plus facilement applicable que le coefficient multiplicateur (système qui permet de lier, grâce à des taux institués à chaque stade de la filière – production, grossistes, distributeurs – le prix de détail au prix payé au producteur). Son explication : « Ce dispositif est plus réactif que le coefficient multiplicateur. Il est prévu qu’il soit mis en place dans les 24 heures qui suivent la crise. Pas besoin d’une signature par plusieurs ministres ». Quant au risque d’avoir créé une usine à gaz, elle répond : « Je n’en sais rien, mais d’après Nicolas Sarkozy on y amènera tous les ajustements techniques ».

Les consommateurs sur leur faim
Jérôme Bédier, président de la FCD n’a pas caché son optimisme sur le bon fonctionnement du système de modération des marges : « C’est un outil différent du coefficient multiplicateur. Il n’est pas anti-communautaire, car il s’agit d’un engagement pris individuellement par chaque enseigne ».
Les détaillants de fruits et légumes quant à eux se sentent « concernés », même si l’accord ne s’applique pas directement à eux (il ne s’impose qu’aux distributeurs dont le chiffre d’affaires des fruits et légumes dépasse les 100 millions d’euros). « En temps de crise, il faut que nous participions au mouvement de modération des marges. Nous devons être présents dans les promotions, mais quand nous parlons de promotions, nous ne parlons pas que de prix, mais aussi de qualité », a souligné Francis Van der Elst, président de l’Union nationale des fruitiers détaillants (UNFD).
Les premiers intéressés par ces accord, à savoir les consommateurs, ne sont pas enthousiastes.
L’association Que Choisir reproche à l’accord d’être « non contraignant » (ni procédure de contrôle, ni sanction) et de faible portée (limitée aux seuls fruits et légumes). « Les industriels et les distributeurs n’ont toujours pas répercuté la baisse des prix agricoles sur le prix des étiquettes », dénonce l’association. Nicolas Sarkozy a réaffirmé le 17 mai qu’il souhaitait « rendre accessible nos productions alimentaires à tous les Français et notamment par (…) la baisse des prix de vente de nos produits aux consommateurs ». Difficile avec cet objectif de faire croire à une augmentation du prix d’achat des produits agricoles. Accord de modération de marges ou pas.

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