Les propositions du président de la République ont déçu les professionnels des grandes cultures, qui redoutent particulièrement ce qui peut advenir concernant les OGM. Sur le dossier des phytos, ils restent interrogatifs.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Nicolas Sarkozy n’a pas su mettre les producteurs de grandes cultures dans sa poche. « Notre sentiment, c’est qu’il y a une suspicion vis-à-vis de l’agriculture, comme si l’on partait de zéro, estime Luc Esprit, directeur de Maiz’Europ. C’est une approche négative qui nous pose souci ». Christophe Terrain, président de l’AGPM (Association générale des producteurs de maïs), juge pour sa part que l’ « on est sur une démarche qui jette l’opprobre sur l’agriculture actuelle ». Plus que les pesticides, ce sont les propos du président de la République sur les OGM qui inquiétent particulièrement les maïsiculteurs. « On prend le risque d’une année blanche », redoute Christophe Terrain. Le souhait du président de la République de créer une nouvelle instance pour évaluer l’intérêt des OGM n’est pas compris. « Cela signifie que la CGB (Commission du génie biomoléculaire) ou l’Afssa n’étaient pas sérieuses et que les rapports des parlementaires n’étaient pas reconnus ! », estime Luc Esprit.
Langage tendancieux
Les maïsiculteurs ont également déploré le côté tendancieux du discours de Nicolas Sarkozy, qui a employé le terme d’ « OGM pesticides »utilisé par les écologistes. Ils ont jugé l’intervention imprécise : Nicolas Sarkozy a dit vouloir transposer la directive européenne 2001/18… ce qui a déjà été fait. « Nous voulons une loi qui précise les règles de coexistence ou d’information, explique Luc Esprit. Nous la réclamons depuis cinq ans, mais cela n’a rien à voir avec les directives européennes ! ». La profession attend des éclaircissements rapides. Si rien ne vient, elle se dit prête à faire jouer des arguments juridiques. « Le président parle d’une suspension de la culture commerciale, mais ce terme n’a aucune légitimité, aucune légalité », note Luc Esprit.
Déphasage politique
Sur le plan politique, les choses ne sont pas plus simples. Christophe Terrain, qui ressent de la « déception » à l’issue des conclusions du Grenelle, n’est pas en phase avec Jean-Michel Lemétayer. Le président des maïsiculteurs estime que « c’était peut-être une erreur de ne pas donner d’informations au conseil de la FNSEA lorsque nous communiquions sur les OGM dans nos associations spécialisées ». Car sur ce sujet, « il existe un décalage important dans la société, mais également au sein du monde agricole », affirme-t-il. Devant ces dissensions, le professionnel se veut rassembleur : « A charge pour nous de reprendre la démarche de dialogue », avec la FNSEA.
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« Vous avez cédé aux marchands de peur »
Les semenciers ne sont pas moins virulents que les producteurs. Pour preuve, le titre du communiqué de presse du Gnis (Groupement national interprofessionnel des semences et des plants) qui n’y va pas par quatre chemins : « Monsieur le président, vous avez cédé aux marchands de peur et de mensonges ». « Vous avez des doutes sur les OGM ? » questionne le texte. « La vérité, c’est que vous êtes en train de renier la science et les scientifiques français », poursuit le Gnis.
Des industriels dubitatifs
Si les conclusions concernant les pesticides sont moins radicales que prévu, elles ne font pas pour autant le bonheur des industriels. Rien n’est joué puisqu’un plan permettant de réduire de 50 % les utilisations de phytos doit être créé. « Nous entendons pouvoir participer à la mise en œuvre de ce plan ambitieux », indique Jean-Charles Bocquet, directeur de l’UIPP (Union des industries de la protection des plantes), laquelle s’est vu écartée des groupes de travail du Grenelle. Rappelons qu’à l’issue de la table ronde du 25 au matin, les participants avaient conclu à l’interdiction d’utiliser les 47 substances les plus dangereuses définies dans le cadre du plan interministériel de réduction des risques liés aux pesticides.
Les engrais oubliés
Pour Jean-Charles Bocquet, il faut penser à mutualiser les moyens de recherche entre public et privé, une piste pour atteindre plus vite les objectifs de réduction des pesticides. Mais « le pas de temps ne peut pas être de moins de dix ans », évalue le directeur. Car si les industriels de la protection des plantes ont déjà des solutions dans leurs escarcelles comme les outils d’aide à la décision, les solutions destinées à l’agriculture biologique, ou encore l’approche variétale, les développer ne se fera pas instantanément. Au final, la potion n’est toutefois pas si mauvaise pour l’instant : « Le bon sens a prévalu », estime Jean-Charles Bocquet. Ce sont finalement les producteurs d’engrais qui s’en sortent le mieux, après avoir eu des sueurs froides au début des réunions du Grenelle. « Ce qui nous touche, c’est la certification des exploitations agricoles », signale Gilles Poidevin, délégué général de l’Unifa (Union des industries de la fertilisation). Un thème très peu évoqué par le président de la République.