La réforme est globalement bien reçue par le Comité européen des entreprises de vin (CEEV) et les Entreprises de grands vins de France (EGV). Les deux associations disent en effet « partager la philosophie » des propositions de la Commission et se déclarent « favorables à une réforme en profondeur de l’OCM vin » pour « reconstruire la compétitivité » du secteur.
Si l’on veut rester leaders mondiaux, l’orientation au marché est le mot d’ordre qui doit présider les réflexions pour cette réforme cruciale : il faut permettre au secteur européen d’être véritablement ouvert à l´évolution des attentes des consommateurs », déclare Paul Roca, président de la commission OCM vin du CEEV.
Le secrétaire général de la CEEV, Jose Ramon Fernandez, affirme que les objectifs de la réforme sont « corrects». Mais, selon lui, « la Commission se trompe lorsqu’elle annonce l’arrachage comme la mesure phare de la réforme». Jose Ramon Fernandez propose à la place de permettre plus de flexibilité pour les vignobles qui sont déjà compétitifs en autorisant les plantations nouvelles dès 2010 et non 2013 comme le suggère la Commission. Le dispositif serait complété par un système d’accompagnement pour les producteurs les moins compétitifs, tel que suggéré par la Commission.
Plus généralement, le CEEV et l’EGV dénoncent le manque d’ambition des propositions de la Commission et réclament « un redéploiement des moyens budgétaires » au service d’ « une stratégie commerciale extérieure proactive […] avec des moyens et des ressources appropriées ». Le secteur vin, disent-elles, « a besoin d’une véritable politique vitivinicole européenne globale […] qui donne des perspectives à l’ensemble des opérateurs du secteur et qui mette en place les instruments assurant une cohérence entre les politiques européennes ». Elles suggèrent notamment la création d’un observatoire économique du vin qui permettrait de mieux connaître l’évolution des marchés.
Jose Ramon Fernandez met également en garde contre les velléités de renationalisation de la politique vitivinicole européenne par des transferts de compétences vers le deuxième pilier de la PAC, consacré au développement rural. Selon M. Fernandez, une telle mesure ouvrirait la voie à des distorsions de concurrence entre États membres ainsi qu’à des discriminations entre structures de production et de commercialisation.
En France les producteurs et le gouvernement jugent la réforme « inacceptable »
« Il manque à ce projet le souffle et l’ambition dont la filière a besoin », a affirmé le ministre français de l’Agriculture qui refuse d’assimiler la viticulture européenne à une « variable d’ajustement du marché mondial ».
Dominique Bussereau s’oppose par exemple à la suppression de la distillation et du stockage si elles ne sont pas assorties de « solutions alternatives crédibles». « Des mécanismes de régulation permettant de répondre aux variations brusques et inévitables de production doivent en tout état de cause être maintenus, » affirme le ministère qui s’oppose également à :
– La libéralisation des droits de plantation
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– L’autorisation d’importation de la matière première (raisins, moûts et vins de pays tiers pour des coupages)
– L’arrachage, qui « ne doit pas être un objectif en soi ». Le ministère juge « plus opportun de favoriser la promotion et la commercialisation des produits de la vigne »
– Le transfert d’une partie du budget de l’OCM vers le développement rural ce qui aurait pour effet de réduire le budget OCM. « Ce point est inacceptable, » martèle le ministère.
Par contre, il trouve « intéressantes » mais nécessitant des améliorations certaines idées, notamment concernant :
– l’engagement d’une réflexion sur les pratiques œnologiques
– la révision de l’équilibre entre les mesures « passives », correctrices de déséquilibres du marché, et les dépenses « actives », propres à dynamiser la filière telles que la commercialisation, la recherche et les technologies.
De leur côté, les coopérateurs et le syndicalisme ont marqué fortement leur commune opposition aux propositions de la Commission européenne. Dans un même communiqué les vignerons coopérateurs (CCVF), les producteurs de vins de pays (CFVDP), d’AOC (Cnaoc), de la FNSEA et des JA estiment que « l’analyse de la Commission est partiellement erronée. Elle propose des solutions inadaptées. En effet, l’évaluation de l’excédent structurel, ainsi que la diminution de la consommation interne sont exagérées. Les difficultés actuelles résultent d’une diminution des exportations de vins ». Les cinq organisations, qui réclament « une politique ambitieuse, pas un plan social », ont lancé un appel aux pouvoirs publics français pour « qu’ils se mobilisent fortement dans les mois à venir pour infléchir les orientations de la réforme ».