Abonné

Fromages / Stratégie Le neufchâtel, quatrième AOC de la fromagerie Graindorge

- - 6 min

Déjà productrice de trois fromages d’appellation d’origine contrôlée normands, la fromagerie Graindorge, fondée sur le livarot il y a près d’un siècle, vient d’acquérir la capacité de produire le quatrième fromage AOC de la région, le neufchâtel. La fromagerie familiale a acquis la majorité de la petite fromagerie du Pays de Bray, afin d’élargir sa gamme, et de soutenir une petite structure. Une acquisition en toute logique avec la stratégie de l’entreprise, qui, si elle cherche à élargir son offre avec de nouveaux produits, reste ancrée sur les fromages d’origine qui comptent pour près de 75 % de ses 37 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Seule fromagerie familiale à fabriquer les trois AOC de Normandie, livarot, camembert de Normandie et pont-l’évêque, la fromagerie Graindorge vient de mettre la main sur le savoir-faire de la dernière AOC fromagère normande qui manquait à sa palette : le neufchâtel. La fromagerie de Livarot, dirigée par le petit-fils d’Eugène Graindorge, éleveur qui fabriquait dès le début du siècle son livarot avec le lait de ses vaches, vient en effet de prendre la majorité de la fromagerie du Pays de Bray, filiale de la Coopérative laitière de Haute-Normandie (CLHN), qui fabrique 15% de la production totale de l’AOC neufchâtel. « Cette prise de participation nous permet tout d’abord bien sûr d’étendre notre gamme, mais c’est aussi une manière d’aider la fromagerie et ses producteurs de lait. Elle produit environ 200 tonnes à l’année, vendues essentiellement en GMS, or aujourd’hui, les fromageries ne peuvent plus survivre sur de si petites productions, les coûts logistiques sont trop élevés. Nous allons donc développer la production et profiter de synergies commerciales avec nos propres produits », explique Jean-Claude Bertrand, directeur commercial de la fromagerie Graindorge.

Le cœur de métier restera les fromages AOC

Le fabricant fermier devenu affineur dispose en effet d’une structure de taille et d’une production conséquente. Graindorge et ses deux fromageries affiliées, le Domaine de St Loup (Camembert) et le Domaine du Plessis (Pont-l’Evêque) produisent près de 2000 tonnes de pont-l’évêque et plus de 1000 tonnes de livarot à l’année, soit 60 % environ du volume de pont-l’évêque fabriqué et 70% du livarot. La production de camembert de Normandie est encore faible puisque le domaine de St Loup fabrique environ 15% de l’AOC en moulage manuel, par opposition au moulage à la louche, dominé par Lactalis avec des marques comme Lepetit ou Lanquetot. A côté de ces trois AOC, la fromagerie a développé une gamme de produits variés, un pavé d’Auge, un bouchon normand, un coulommiers au lait cru ou le Graindorge affiné au Calvados, fabriqué depuis une douzaine d’années, sur une base de livarot, en reprenant la tradition d’associer un fromage à un alcool local, comme l’époisses au marc de Bourgogne par exemple. « S’il est important pour nous d’avoir un complément de gamme comme celui-ci afin de proposer une offre élargie, notre développement reste axé sur les produits d’origine. Il s’agit d’un terroir et d’un savoir-faire qui appartiennent en quelque sorte à l’entreprise. D’ailleurs, les fromages AOC comptent pour 75% environ de notre production», reconnaît le directeur commercial.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Un marché des AOC tiré vers le bas par les MDD

« Cet ancrage sur les produits d’origine est un véritable atout par rapport à la distribution, pas forcément aussi important auprès du consommateur, qui n’a pas d’information suffisante », déclare, à regret, Jean-Claude Bertrand. La fromagerie aimerait être partie prenante d’une communication collective comme celle qui existe par exemple pour le comté, mais regrette qu’aucun budget ne puisse être dégagé pour cela par les syndicats de producteurs. En termes de prix, il semble au directeur commercial de Graindorge que l’on ne valorise pas les produits autant que ce que l’appellation devrait permettre, car les AOC à marque distributeur ont tiré le marché vers le bas. Mais cela pourrait changer. « Les décrets d’appellation du livarot et du pont-l’évêque sont en train d’être revus. Nous espérons que cela va resserrer les contraintes», affirme Jean-Claude Bertrand, qui estime que cette révision pèsera avant tout sur les fabricants de marques discount, qui pratiquent des prix faibles pour des produits souvent de moindre qualité. Graindorge, qui distribue 15% de sa production en GMS à marque distributeur, ne devrait pas être concerné par cette révision dans la mesure où « le cahier des charges que nous avons pour les marques “terroir” de grands distributeurs, comme Reflets de France chez Carrefour ou Saveurs U chez Système U, n’est pas moins strict que pour une production à marque », rappelle le directeur commercial. Chez Graindorge, 50% de la production sont tout de même vendus en GMS à marque (Graindorge, Domaine du Plessis, Pierre Levasseur…) et 35% sur les réseaux traditionnels, via des grossistes essentiellement.

Une entreprise dynamique et en croissance

Résolument tournée vers l’avenir, la fromagerie Graindorge, consciente de l’évolution des goûts des consommateurs, étudie déjà des pistes de lancement de nouveaux produits répondant à la demande de consommateurs plus jeunes, mais toujours dans la lignée de ses productions AOC. L’entreprise espère également qu’elle pourra bénéficier du « grand travail qui est fait au niveau européen pour promouvoir les appellations d’origine ». En attendant, la fromagerie, forte de ses 200 employés et 37 millions d’euros de chiffre d’affaires, continue de croître doucement chaque année. « Nous réalisons une légère croissance sur chaque exercice, le marché du fromage ne permettant plus de réaliser des croissances à deux chiffres », estime le directeur commercial de la société qui continue de s’étoffer pour assurer sa pérennité.