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Sécurité alimentaire Le Nigeria se rêve en puissance agricole

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De passage à Paris à quelques jours d'élections présidentielles et législatives dans son pays, le ministre de l'Agriculture du Nigeria mise sur la terre pour nourrir la population et la sortir de la pauvreté. S'il cherche à réduire la dépendance aux importations de nourriture comme celles de blé, l'origine France pourrait tirer son épingle du jeu.

« L'agriculture est le secteur qui a la meilleure capacité de création d'emplois, pour les jeunes et pour les femmes », a indiqué le 25 mars le Dr Akinwumi Adesina. Dans son pays, le plus peuplé d'Afrique (174 M d'habitants), premier producteur de pétrole brut du continent, devenu l'an passé sa première puissance économique, 70 % de la population vivent et travaillent aux champs. « Nous avons d'énormes potentialités, près de 84 M ha de terres arables dont la moitié sont cultivées – et on peut dire 10 % seulement de manière efficace », sourit le ministre, agronome formé aux meilleures universités américaines, « Africain de l'Année » pour le magazine Forbes en 2013.

Les principales régions agricoles, du nord-ouest au nord-est, sont aussi la cible des attaques des terroristes islamistes de Boko Haram et, au centre, de conflits inter-ethniques qui ont fait plusieurs milliers de morts depuis 2009 et poussé des fermiers à abandonner leurs terres. « Pas plus de 4 % des paysans sont déplacés », affirme le ministre qui explique que les investissements privés dans l'agriculture – 5,6 Mrd de dollars en trois ans – ont permis d'augmenter la production et de faciliter les distributions alimentaires dans les zones de danger.

En arrivant aux affaires en 2011, il avait promis de distribuer 20 millions de téléphones mobiles aux paysans. « Ils ont utilisé leurs propres appareils, mais 14,5 millions ont reçu des intrants et des semences grâce à un système de bons sur téléphone portable. »

Des plants de cacao gratuits

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Le Nigeria cherche à réduire sa dépendance aux importations de nourriture comme celles de blé (lire aussi l'encadré). Six nouvelles variétés adaptées au climat ont été introduites (dont les semences ont été distribuées gratuitement) qui permettent des rendements de 6 t/ha, indique-t-il. Par comparaison, « dans les années 80, les variétés des zones tempérées donnaient des rendements inférieurs à 1 t/ha ». En 2014, 42 000 ha ont été mis en culture, l'objectif est d'atteindre 75 000 ha cette année. Et pour valoriser le manioc, dont le Nigeria est le premier producteur mondial (44 Mt en 2014), le ministre a suggéré de l'incorporer (jusqu'à 20 %) dans les farines de blé destinées à la panification.

Mais le Nigeria voit plus loin : il veut devenir « un acteur majeur du cacao en Afrique de l'Ouest ». Peut-être pas l'égal de la Côté d'Ivoire qui règne sur le cacao mondial (1,7 Mt cette année – record absolu). Mais « entrer dans le club des pays qui dépassent le million de tonnes ». « Nous avons distribué 144 M de plants gratuits pour recapitaliser nos plantations avec de nouvelles variétés qui quintuplent les rendements, explique le ministre. La production est passée en trois ans à 370 000 t contre 250 000 ». « Nous avons aussi commencé à nous lancer dans l'agro-industrie et la transformation des matières premières, pour donner une valeur ajoutée à tous nos produits » comme le sucre de canne, les amidons et les édulcorants. Selon le ministre, le secteur bancaire a suivi cette « révolution agricole » qu'il entendait initier. « En 2011, les investissements agricoles représentaient moins de 0,7 % des portefeuilles. On est à 5 % et on arrivera à 10 % en 2016 », parie-t-il.

Le blé français, une option pour le Nigeria

Le Nigeria, qui importe principalement son blé des Etats-Unis, pourrait se tourner vers le blé français, devenu plus compétitif avec la chute de l'euro, a indiqué le 25 mars le ministre de l'Agriculture Akinwumi Adesina. « Si vous êtes moins chers, c'est bon pour nous : avec la baisse du cours du naira (la monnaie nigériane) vous avez l'avantage, d'autant que le Nigeria a toujours entretenu une excellente relation avec la France », a affirmé le Dr Adesina, lors de son passage à Paris. Le Nigeria souffre à la fois de la dépréciation de la monnaie nationale et de l'effondrement des cours de l'or noir. Le ministre reconnaît qu'en dépit des efforts conduits depuis trois ans pour accroître la production locale de blé, le pays devait toujours compter sur l'importation. L'an dernier, le pays a acheté pour près d'1 Mrd de dollars de blé américain. « Nous dépensons tellement d'argent pour importer le blé nécessaire au pain, il faut absolument réduire ces dépenses de l'Etat. Même s'il est hors de question de bloquer le commerce », affirme-t-il.