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Congrès de l’AGPB à Lille Le nouveau président veut donner de l’espoir

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Philippe Pinta, nouveau président de l’AGPB, Association générale des producteurs de blé, et son équipe, se sont voulus optimistes en pariant sur des perspectives de débouchés sur le marché mondial pour les céréales européennes. Pourtant, le contexte 2004/2005 est loin d’être encourageant. L’AGPB prône la baisse des charges, par une réduction des coûts de production, mais aussi par des mesures fiscales, pas encore assez nombreuses dans la loi d’orientation agricole. C’est la dernière année que l’AGPB fait son congrès seule. En juin 2006, les trois sections spécialisées AGPB (blé), AGPM (maïs) et Fop (oléoprotéagineux) tiendront assemblée générale commune.

« De mémoire d’agriculteur, on n’avait jamais vu de prix du blé aussi bas en début de campagne», a constaté amèrement Philippe Pinta, président de l’AGPB, Association générale des producteurs de blé, qui a tenu son congrès les 8 et 9 juin à Lille. Les céréaliers sont inquiets. Mais l’AGPB l’assure : il y a des raisons d’être optimiste sur le moyen terme. « Je suis intimement convaincu de l’avenir de notre métier, a affirmé Philippe Pinta. Regardez cette année 2004 qui bat tous les records de production mondiale, toutes céréales confondues, les prix ne se sont pas effondrés en dollar, parce que la demande mondiale est soutenue ». C’est pourquoi l’AGPB a intitulé son rapport d’orientation : « Le monde a besoin des céréales européennes ». Philippe Chalmin, professeur associé à l’Université Paris-Dauphine, va dans le même sens : « Il faudra tripler la production agricole mondiale d’ici la fin du siècle, avec une augmentation du nombre d’humains, de 6,5 milliards à 9 milliards, alors que la surface agricole mondiale va stagner », a-t-il expliqué. Mais tous les congressistes ne partagent pas cet optimisme : « Si nous sommes seuls sur 25 Etats membres à être convaincus que le monde a besoin de céréales européennes, nous n’irons pas loin», met en garde Yves Camuset, du Jura, un administrateur.

Mauvaise gestion de Bruxelles

Pour l’heure, les céréaliers fustigent la « gestion calamiteuse de Bruxelles qui a des conséquences catastrophiques sur les exploitations céréalières», comme l’a exprimé le président de l’AGPB. « L’Union européenne a inventé cette année l’intervention à ricochets : en revendant ses stocks d’intervention de l’année (ndlr : en provenance des nouveaux Etats membres) sans attribuer suffisamment de restitutions à l’exportation marché libre, elle a poussé d’autres volumes vers l’intervention. Du coup, les perspectives d’acomptes pour la récolte 2005 sont très inquiétantes », a-t-il expliqué à Dominique Bussereau, en lui demandant de faire en sorte d’avancer la date de paiement des compensations 2005 du 1er décembre, comme il est prévu par Bruxelles cette année, au 15 octobre comme les années passées.

Le ministre de l’Agriculture, qui est venu clôturer les travaux du congrès de l’AGPB, ce qui n’était pas arrivé depuis la présence de Philippe Vasseur (1996), s’est montré très prudent : pour lui, cette demande sera difficile à obtenir et il lui semble prioritaire d’obtenir dès à présent une adjudication de la restitution pour la nouvelle récolte, afin de dégager le marché.

Vers une réforme de l’OCM sucre

Philippe Chalmin s’est risqué à une question politiquement incorrect dans un congrès de l’AGPB : « Faut-il garder les restitutions, les majorations mensuelles et le prix d’intervention ? », argumentant qu’aujourd’hui, la mauvaise gestion des marchés par la Commission empêche les céréaliers d’avoir véritablement accès au commerce international. « Nous ne sommes pas fermés à la réflexion,répond Philippe Pinta, le président de l’AGPB. Mais il faudra inventer d’autres filets de sécurité performants avant de supprimer ceux que nous avons actuellement ». Pas simple.

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En tout état de cause, si l’organisation commune de marché des céréales venait à être réformée dans les années à venir, « nous devons être force de proposition et ne pas laisser les pouvoirs publics agir seuls», a insisté Jacques de Villeneuve, administrateur de la Somme.

Réduire les coûts de production

Ce débat autour de l’OCM céréales montre un certain changement d’état d’esprit au sein de l’AGPB. Le syndicat reconnaît que la filière ne peut plus autant compter sur les pouvoirs publics pour gérer les marchés et que la France se retrouve isolée à Bruxelles. Les agréments bioéthanol sont une note d’espoir dans la perspective de nouveaux débouchés. Mais beaucoup d’espoirs risquent d’être entravés en raison du blocage par le pétrolier français Total, qui s’oppose à l’incorporation en direct de l’éthanol.

Autre objectif pour être plus compétitif : la réduction des coûts de production. « Les agriculteurs devront apprendre à sous-traiter, de la même façon que le maçon loue son échafaudage, a expliqué Dominique Drouet, directeur du CER de la Mayenne. C’est la seule stratégie qui peut nous permettre de dépasser le problème des coûts de production, sur lequel nous butons depuis de nombreuses années ». Philippe Pinta a dit au ministre que, selon lui, la loi d’orientation agricole ne va pas assez loin en matière d’allègement de charges : épargne de précaution, caisse pour aléas, plafonds d’exonération des plus-values pour les associés autre que les Gaec, les pistes sont nombreuses. « J’ai bien entendu qu’il fallait aller plus loin sur les charges. Le texte de loi est améliorable au cours de la discussion parlementaire», a rassuré le ministre. Quant à l’assurance récolte « elle ne pourra se développer que si l’Etat s’engage,a insisté Christoph Büren, secrétaire général de l’AGPB. Elle doit être facultative et doit faire disparaître, à terme, le fonds de calamité dont les céréaliers ne peuvent attendre aucun retour ».

« Aidez-nous à faire comprendre à Bruxelles et aux relais d’opinion qu’il est aussi pointu technologiquement de produire du blé que de produire des voitures, des TGV ou des Airbus », a lancé, en guise de conclusion Philippe Pinta qui a remercié Dominique Bussereau d’« avoir introduit du bon sens politique» dans le processus d’application de la Pac.