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UE/étiquetage alimentaire Le Parlement européen dit « Non » à un étiquetage alimentaire trompeur

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Le vote des parlementaires européens rejetant la proposition de la Commission de Bruxelles concernant l’affichage a suscité des réactions mitigées au sein même de l’industrie agroalimentaire européenne, certains y voyant un rendez-vous manqué pour une meilleure information du consommateur, d’autres au contraire soutiennent les élus appelant de leurs vœux un étiquetage moins ambigu.

Le Parlement européen a bloqué une proposition de modification de l’étiquetage nutritionnel qui aurait autorisé de nouvelles allégations « teneur réduite » en ce qui concerne les quantités en sels, lipides et glucides. Les élus, à une large majorité (393 voix pour, 161 voix contre, et 21 abstentions), ont suivi le 2 février les recommandations de la commission de l’environnement et de la sécurité de l’Assemblée de Strasbourg et renvoyé la proposition de la Commission européenne à la case départ. Ils ont estimé que les consommateurs auraient pu être induits en erreur, voire trompés, par le nouvel étiquetage. La proposition aurait, par exemple, autorisé une allégation « 15 % de sucre en moins » qui serait basée sur une formulation antérieure du même produit. Les députés ont estimé qu’il serait, dans ce cas, difficile de faire des comparaisons: le produit aurait pu sembler, de manière trompeuse, plus sain qu’un autre portant l’allégation « faible teneur en sucre » qui, conformément à la législation européenne en vigueur, impose une réduction de 30 % par rapport aux produits similaires. Dans la résolution qui recommande le rejet, les députés estiment que la proposition de la Commission aurait pu décourager les entreprises de reformuler leurs produits dont la teneur en glucides, sels et lipides.

FoodDrink Europe regrette une occasion manquée d’informer le consommateur
L’association qui représente les intérêts de l’industrie agroalimentaire à Bruxelles, a déploré l’issue négative du vote. Selon son porte parole, ce projet aurait offert une incitation à amener l’industrie à réduire les teneurs en sucre, en graisses ou en sel, alors qu’elle est souvent réticente à faire des produits allégés qui nécessitent actuellement des réductions d’au moins 30% et provoquent des changements sensibles du goût des produits. Jesus Sarafin, le président de FoodDrinkEurope, estime que le veto du Parlement européen va avoir deux regrettables conséquences. D’abord, les « consommateurs ne seront pas informés des reformulations importantes apportées aux aliments par les industriels et qui leur permettraient de faire des choix alimentaires éclairés ». Ensuite, cela constitue un « message décourageant pour les opérateurs qui ont volontairement, au fil des années, cherché à reformuler leurs produits en fonction des goûts et des attentes des consommateurs en matière de santé publique ». Sans oublier, dit-il, « les contraintes technologiques que les industriels ont dû déployer pour développer la moindre petite reformulation, en plus du temps et des coûts nécessaires pour familiariser progressivement les consommateurs aux nouveaux goûts améliorés des aliments ».

Les sucriers approuvent le vote parlementaire
En revanche, l’industrie du sucre, même si elle est membre de FoodDrinkEurope, a une position tout à fait différente. En effet le Comité européen des fabricants de sucre (CEFS) se réjouit du vote du Parlement européen en indiquant que celui-ci démontre que les membres de l’Assemblée européenne tiennent à cœur les intérêts des consommateurs en reconnaissant que « réduire les pourcentages de sucre sans réduire en même temps les quantités d’énergie équivalente  ne respecte pas les objectifs de la législation communautaire sur les allégations nutritionnelles n’apporte aucun bénéfice aux consommateurs et revient en fin de compte à les induire en erreur ». Marie-Christine Ribera, directrice générale du CEFS, a confirmé à Agra Alimentation que son organisation a, « dès le départ, toujours pris une position – certes minoritaire – mais toujours transparente et constante sur cette question au sein de FoodDrinkEurope » . Selon elle, un des engagements majeurs du CEFS au niveau européen est « de partager ses connaissances sur le sucre et le rôle que peut jouer celui-ci dans un régime alimentaire équilibré dans le cadre d’une vie saine et active ».

Protestation de l’Adepale
L’ Association des entreprises de produits alimentaires élaborés, qui regroupe aujourd’hui plus de 250 entreprises (dont 80% de PME) au travers de 8 organisations professionnelles dénonce cette opposition du Parlement. Elle estime que « ce projet de règlement aurait permis aux fabricants de valoriser les réductions d’au moins 15 % des quantités de sucres, de sel ou de matières grasses des aliments par rapport à la recette antérieure ». En France, cette décision va complètement à l’encontre des politiques de progrès nutritionnel préconisées par le Plan national de l’alimentation et par le Plan national nutrition santé. Tous les efforts et investissements consacrés par les entreprises à la reformulation de produits ne pourront être connus des consommateurs. Elle regrette que les entreprises investies dans cette démarche de progrès n’auront pas la possibilité d’encourager le consommateur à choisir des recettes améliorées. Cependant malgré ce coup d’arrêt, les entreprises concernées demandent à la commission européenne de ne pas abandonner les propositions qui vont dans le sens d’une politique de santé publique responsable et souhaitent que ce rejet ne soit que le fruit d’une incompréhension de la part des députés européens sur un texte qui avait obtenu le consensus de la Commission européenne.

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