Pour Jean-Michel Carnus, directeur du site de recherche Forêt-Bois Aquitaine (INRA-Bordeaux), les stratégies de gestion sylvicole vont devoir se diversifier pour mieux résister aux risques climatiques. Pour autant, le pin maritime devrait rester l’essence prédominante en Aquitaine.
— La tempête de 2009 a-t-elle eu un impact différent de celle de 1999 ?
La puissance des vents semble avoir été similaire. Par contre, les zones touchées sont un peu différentes. En 1999, la tempête a plutôt frappé au-dessus d’une ligne Arcachon-Bordeaux, alors que cette année c’est en-dessous d’Arcachon que l’impact semble avoir été le plus fort, là où le massif s’enfonce le plus loin à l’intérieur des terres. Il y a donc un risque que davantage de bois se retrouve au sol qu’en 1999. En 1999, beaucoup d’arbres avaient été cassés. Là, il semble qu’on ait pas mal de chablis (bois couchés, NDLR) car les sols étaient détrempés. Mais là encore, on n’a pas de vision précise et claire des dégâts. L’inventaire forestier national devrait donner des chiffres d’ici 4 semaines.
— Quelles leçons peut-on tirer de cette tempête pour la sylviculture ?
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
C’est toute la question de la sensibilité des systèmes sylvicoles aux risques climatiques qui se pose. Tout d’abord, il est important de dire qu’avec des vents d’une telle violence, quel que soit le type de plantation, il y a des dégâts. La deuxième chose à dire c’est que depuis 200 ans le dynamisme forestier de la région a permis au massif de se développer en résistant aux multiples agressions (incendies, gel, canicule…) et en s’adaptant. On est passé de la production de résine – à l’origine – à celle de bois d’œuvre, et à rotation courte aujourd’hui. On venait de persuader les sylviculteurs de replanter après la tempête de 1999. La grande interrogation est aujourd’hui la suivante : seront-ils prêts à replanter ?
— Faut-il remettre en cause la présence du pin maritime ?
Je pense que le pin maritime restera toujours bien adapté à l’Aquitaine. Il s’agit d’une espèce très rustique, capable de pousser à la fois dans des sols très pauvres, saturés en eau en hiver et très secs l’été. Le pin maritime restera donc prédominant, selon moi. En outre, c’est une essence méditerranéenne, donc a priori bien adaptée au changement climatique. Par contre, il y aura certainement des inflexions dans les schémas de réflexion sylvicoles. Il va falloir diversifier les stratégies de gestion, organiser des brise-vents, mettre en place des lisières. Dans certaines zones, il conviendra d’avoir des rotations raccourcies, c’est-à-dire avec un mode de culture un peu plus intensif. Pourquoi ne pas introduire également des espèces marginales ? Il y aura un nouvel équilibre à trouver, associant zonage et aménagement global. Une plate-forme d’expérimentation associant légumineuses, pin et autres espèces forestières était en projet pour 2009. Avec les derniers évènements, elle va prendre encore plus d’actualité.