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Energie Le Plan de performance énergétique se cherche un avenir

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Prévu pour la période 2009-2013, le plan de performance énergétique (PPE) approche de l’heure du bilan. Il a initié une véritable dynamique sur le terrain et mériterait d’être prolongé, après 2013. Telle est la conclusion unanime du ministère de l’Agriculture, de l’Ademe, mais aussi des organismes agricoles impliqués.

Si nul ne peut encore prédire l’avenir et le portage politique qui seront promis au plan de performance énergétique après son terme, prévu en 2013, certaines études pourraient faire pencher la balance. Le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) est en train d’en dresser un bilan complet. Une enquête du service des statistiques du ministère de l’Agriculture sur l’énergie dans les exploitations, actuellement en cours, pourrait l’éclairer également. En outre, l’Ademe finalise actuellement une étude sur la dépendance économique de l’agriculture à l’énergie. Les rapports sont dans les tuyaux. En attendant, les acteurs impliqués ont plus de trois ans de recul sur ce chantier lancé en 2009.
« C’est un plan qui fonctionne bien. Nous souhaiterions qu’il soit reconduit, d’autant plus qu’il rencontre une bonne adhésion sur le terrain », lance Christine Fortin, chargé de son suivi au ministère de l’Agriculture. Un constat partagé tant par l’Ademe, l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, que par la profession agricole qui a participé à sa déclinaison sur le terrain. La clé du succès ? « Travailler sur la performance énergétique, c’est un moyen d’aborder l’exploitation agricole à travers un enjeu qui touche à la fois à l’environnement au sens large et à l’économique. C’est l’occasion de faire un bilan sur l’exploitation, mais dans un état d’esprit positif », précise Delphine Antolin, chargée de mission au département développement durable chez Coop de France.

Une dynamique de fond

Pourtant, avec seulement 10 000 diagnostics énergétiques d’exploitation réalisés sur les quelque 100 000 visés à l’horizon 2013 (30% des exploitations), le PPE peut sembler loin du seuil espéré. Sans doute parce qu’elle a placé la barre haut, mais aussi parce que le changement amorcé est une dynamique de fond, estime Philippe Touchais, chargé de mission à l’APCA, l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture. La connaissance a progressé, au long de ces premières années du plan. Dans le cadre de l’axe 1 du PPE, le service des statistiques du ministère de l’Agriculture mène actuellement une enquête sur les consommations et puissances installées pour la production d’énergie sur un vaste échantillon d’exploitations. Un bon moyen de compléter les données économiques fournies par l’enquête Rica, dont la version 2010 est enrichie de questions sur l’énergie en agriculture. Autre témoin de cette vague de fond : la formation de 450 diagnostiqueurs sur les 500 potentiels identifiés en 2009, à l’outil de diagnostic « Energie et GES » des exploitations agricoles, Dia’terre.
À l’axe 3, consacré à l’agroéquipement, la classification des tracteurs neufs et d’occasion, dont les méthodes sont désormais calées, en est à sa phase de diffusion auprès des concessionnaires, des constructeurs et des agriculteurs. « L’idée est de sensibiliser les agriculteurs au fait que leur matériel peut être plus économe de par sa construction, mais aussi son utilisation, si l’on choisit un équipement bien adapté aux travaux que l’on souhaite réaliser », rappelle Catherine Gaubert, chargée de mission agroépquipement énergie à la Fédération nationale des Cuma. « Le but finalement est de faire changer les comportements d’achats des exploitants. » Enfin, la FNCuma a signé un accord-cadre avec Vivéa pour le développement de formations notamment à la conduite économe en carburant, ou éco-conduite.

Opérations éligibles et certificats d’économies : puissants leviers

« Ce qui fonctionne bien, ce sont les investissements soutenus pour leurs économies d’énergie, témoigne Philippe Touchais, de l’APCA. Les agriculteurs ont compris qu’un certain nombre d’équipements sont économiquement pertinents, avec une aide assurant un temps de retour sur investissement réduit. » Au titre de ces installations classées comme « investissements économes en énergie », éligibles aux aides du PPE, les postes « bloc de traite » et « isolation des bâtiments » sont ceux qui arrivent en tête : ils représentent chacun un tiers des dossiers subventionnés. Le ministère a alloué une enveloppe de 13 millions en 2009, 15,3 millions en 2010 et 15,4 millions en 2011. La liste des opérations éligibles, en cours de révision pour y inclure de nouveaux matériels, pourrait être publiée dans les prochains mois.
Autre levier important pour développer les économies d’énergie : « Le système d’opérations standardisées éligibles dans le cadre des certificats d’économie d’énergie est une dynamique très positive qui prend de l’ampleur », note Christine Fortin. Le principe est simple : pour s’acquitter de leur obligation de réduire les pollutions qu’ils génèrent, les plus gros pollueurs peuvent, outre des efforts directs, soutenir des opérations identifiées par les pouvoirs publics comme réduisant effectivement la consommation d’énergie. Une manne financière intéressante pour les actions éligibles. Le réseau mixte technologique, lancé par le PPE, travaille à la création de formations à l’éco-conduite, « mais aussi à leur reconnaissance comme action standardisée éligible pour les certificats d’énergie, témoigne Catherine Gaubert. Cela pourra faire baisser le prix de la formation. » Pour autant, « ce n’est pas un processus facile, reconnaît la chargée de mission. Il faut en particulier que l’opération génère des économies suffisantes. » 14 opérations sont aujourd’hui éligibles en agriculture et deux nouvelles opérations devraient paraître au 9e arrêté.

Craintes sur les financements

À titre de bilan, tout n’est pourtant pas rose : certains regrettent que le diagnostic énergétique soit considéré comme une case obligatoire pour l’agriculteur qui veut bénéficier des aides à l’investissement du PPE. D’autres notent que les conventions-cadres qui les engagent auprès du ministère ne s’accompagnent d’aucun moyen financier. D’autres encore s’inquiètent d’une baisse des financements dans un contexte économique national morose et politique ralenti. « Il faut maintenir un niveau de crédits suffisant pour ne pas perdre les acquis », plaide Philippe Touchais.
Reste que la profession agricole semble s’être emparée du sujet et se montre dynamique pour aller plus loin. « Dans les chambres d’agriculture, nous avons fait un gros travail sur l’amélioration de nos compétences et des stratégies de conseil », signale Philippe Touchais, un chantier qui dépasse celui du PPE. « Maintenir le PPE et ses financements nous semblent une nécessité », reconnaît Delphine Antolin, chargée de mission développement durable chez Coop de France.
« Pour autant, nous souhaitons aussi aller au delà. Avec un réseau de 19 fermes dont 14 sont des fermes d’adhérents du réseau coopératif, nous prolongeons l’expérience de la ferme Grignon énergie positive qui cherche à allier des enjeux économiques, environnementaux (dont énergétique et GES) et nourriciers. »

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