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Négociations internationales Le pourfendeur des restitutions prend la tête de l’OMC

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Que penser de la nomination au poste de directeur de l’Organisation mondiale du commerce, de Pascal Lamy, l’ancien commissaire européen au commerce ? Alors que les industriels de l’agroalimentaire à Bruxelles ou à Paris sont partagés sur la conséquence de cette nomination, tous reconnaissent sa compétence pour ce poste. Il paraît véritablement capable de relancer et de mener à son terme le processus de Doha sur la libéralisation des échanges.

Pascal Lamy est en passe de réussir sa reconversion. Fraîchement retraité de son mandat de commissaire européen au commerce, ce haut fonctionnaire devrait être confirmé dans les prochains jours à la direction de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et ce pour un mandat de quatre ans débutant le 1er septembre prochain. Est-ce une bonne nouvelle pour l’industrie agroalimentaire ?

Ce socialiste, longtemps bras droit de Jacques Delors est jugé avec passion. Certains avouent même être « fans », malgré sa rigidité de « moine-soldat » comme il est parfois appelé. Dans les rangs des fabricants du secteur alimentaire, il est avant tout « l’homme qui a lâché les restitutions à l’exportation ». «  Même s’il est Français, il n’a jamais montré une volonté particulière de faire valoir la puissance agroalimentaire de son pays », juge une représentante de l’industrie. «  Et il n’a pas obtenu grand chose en échange des restitutions », ajoute-t-elle.

« Il ne sera pas un suiveur »

Plus tranchés, dans le secteur des fruits et légumes transformés, certains estiment qu’il n’a qu’un objectif : vendre des Airbus et des nouvelles technologies en bradant s’il le faut les produits agricoles transformés ou non. Pour autant à Bruxelles, on se félicite de l’arrivée à la tête de l’OMC de «  quelqu’un de très compétent qui sera très bien à sa place. Il a une connaissance des dossiers qui nous concernent, y compris dans les détails », indique cette lobbyiste. Et d’ajouter : «  Il ne sera pas un suiveur. Il essayera de faire bouger les choses en initiant des débats. Il est porteur d’un projet ». La contrepartie de cette excellente maîtrise des sujets agroalimentaires sera sa «  capacité d’anticipation de la tactique définie par les Européens ».

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Mais dans le même temps, «  il sait très bien ce que peut concéder un commissaire. Il sait que Bruxelles ne peut rien faire sans l’appui des Etats membres et connaît parfaitement les lignes rouges avec lesquelles Peter Mandelson (le nouveau commissaire au commerce) doit jouer », se réjouit un expert des questions agricoles à Bruxelles.

« Le mieux placé »

Quoi qu’il en soit, pour Pascal Lamy, les négociations commerciales ne se limitent pas à des discussions pour favoriser les échanges nord-sud – technologies contre matières premières. Elles doivent aussi ouvrir le commerce entre les pays en développement, sud-sud. Un bon point pour l’industrie agroalimentaire européenne qui pourrait à la faveur de cette stratégie trouver de nouveaux marchés.

A ce titre, il apparaît comme un candidat consensuel, « le mieux placé pour parvenir à faire avancer le processus de Doha sur la libéralisation des échanges ».