Alors qu’une ordonnance devrait sortir la semaine prochaine pour prolonger le contrat de travail des saisonniers étrangers, l’initiative ‘Des bras pour ton assiette’ continue à faire des émules. Les multiples initiatives pour faciliter le recrutement ont déjà permis à 5 000 exploitations d’embaucher.
Le 7 avril, le cabinet du ministre de l’Agriculture confiait à Agra Presse que les salariés agricoles étrangers déjà présents sur le territoire pourront voir leur contrat prolongé d’une période exceptionnelle de trois mois. D’après le cabinet, un certain nombre de travailleurs étrangers – originaires des pays du Maghreb notamment – ne peuvent rentrer chez eux à cause de la fermeture des frontières : « C’est un cas qui n’était pas connu de nos services, donc une ordonnance va être prise la semaine prochaine pour permettre de prolonger ces contrats. » Cette ordonnance devrait permettre aux salariés agricoles européens et des pays tiers déjà présents sur le territoire « d’avoir exceptionnellement une prolongation possible de trois mois pour pouvoir passer l’épisode de crise ». Cela concerne les travailleurs qui arrivent en fin de contrat, dont la durée maximum autorisée, en temps normal, est de six mois, a précisé le ministère.
Bien accueilli par la profession
Cette annonce intervient au grand soulagement de la profession. « C’est une très bonne nouvelle, ça permet de régulariser des situations compliquées », a réagi le directeur de l’Association nationale pommes poires (ANPP) Josselin Saint-Raymond. D’après lui, le secteur arboricole est déjà confronté à des cas de travailleurs marocains bloqués en France, sans domicile ni transport. « On a dit clairement au préfet […] qu’on préférait les garder même si c’était considéré comme illégal, d’autant plus qu’ils étaient motivés pour continuer à travailler sur les exploitations et recevoir un salaire. » Sur les quelque 160 000 saisonniers dont les agriculteurs ont besoin en avril et mai, plus des deux tiers sont d’origine étrangère, d’après la FNSEA. Pour cause de fermeture des frontières liée à l’épidémie de Covid-19, les producteurs français ne peuvent pas compter cette année sur les salariés en provenance des pays d’Europe de l’Est (Roumanie et Bulgarie notamment), bloqués dans leur pays.
Deux plateformes principales de recrutement
Du côté du recrutement de la main-d’œuvre nationale, les choses avancent également. Dans le cadre de la campagne 'Des bras pour ton assiette', la plateforme web Mission. wizi.farm qui met en relation exploitants et bras disponibles continue à susciter l’engouement. « Ce matin il y avait 240 000 Français inscrits sur la plateforme », s’est félicité le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume à l’issue du Conseil des ministres le 8 avril. « Il y a déjà eu 5 000 exploitations agricoles qui ont embauché certains de nos concitoyens. […] C’est un vrai succès. » Didier Guillaume a assuré que « pour l’instant nous ne manquons pas de bras », d’autant que le gouvernement a créé sa propre plateforme de recrutement Mobilisationemploi.gouv.fr. Lancée par le ministère du Travail le 2 avril, elle vise à pourvoir plus facilement aux besoins de main-d’œuvre dans l’ensemble des secteurs prioritaires : agriculture, agroalimentaire, mais aussi médico-social, transports, logistique, aide à domicile, énergie et télécoms. Accessible aux demandeurs d’emploi inscrits ou non à Pôle Emploi et aux salariés en activité partielle, elle comptait « plus de 8 000 offres » à l’ouverture, selon un communiqué du ministère du Travail.
Miimosa, Pick a job et Student Pop
D’autres initiatives ont vu le jour pour faciliter le recrutement des saisonniers en agriculture. Le site de financement participatif Miimosa a lancé, le 6 avril, une nouvelle plateforme web pour « soutenir les producteurs français ». Baptisée Alimentationcitoyenne.fr, elle permet aux agriculteurs de poster deux types d’annonces : des « missions » de travail d’une part et des « produits à la vente » d’autre part. Les personnes qui souhaitent postuler à une mission ou acheter des aliments peuvent contacter directement l’exploitation concernée via la plateforme. Interrogée par Agra Presse, Miimosa a précisé que les « missions » peuvent relever du salariat ou du bénévolat. « Chaque agriculteur est libre de fixer les détails de sa mission et notamment les informations relatives à la rémunération. S’il s’agit d’une mission salariée, un contrat de travail sera associé dans le respect des règles en vigueur », a assuré la chargée des relations presse Salomé Chattel. Le 9 avril, le site comptait « plusieurs centaines d’inscrits » et une cinquantaine d’annonces.
L’organisme Pick a job offre également de mettre en relation les producteurs avec près de 200 saisonniers français disponibles qui avaient prévu de récolter les kiwis en Nouvelle-Zélande, informe Légumes de France dans son hebdomadaire Direct Légumes : « Compte tenu de la situation sanitaire en France, les Néo-Zélandais ont décidé de ne pas les faire venir. Ils sont donc disponibles sur le territoire français et mobiles ». Enfin, la plateforme Student Pop vise, elle, à faciliter le recrutement des étudiants avec un service clefs en main. Elle se charge de recruter, briefer, et gérer l’assurance et le paiement des jeunes qui souhaitent travailler ponctuellement dans l’agriculture et autres domaines.
« 240 000 français inscrits »
« 5 000 exploitations agricoles qui ont embauché »