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Viande bovine Le prix du bœuf brésilien flambe, mais la France en profite peu

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Le prix de la viande bovine au Brésil explose et atteint le niveau des prix européens (2,80€/kg). Mais cet événement ne favorise pas tant que cela les marchés européens, notamment le marché français.

Le prix de la viande bovine au Brésil atteint des records atteignant 2€80/kg depuis fin août, quand il stagnait entre 1 et 1,5 €/kg il y a 3 ans. Il se rapproche donc des prix européens (2,72€/kg en septembre pour du jeune bovin O), avec une hausse mi-octobre de +42% en un an. En une phrase, Philippe Chotteau, chef du département économie de l'Institut de l'élevage résume la situation : « Depuis 1994, les prix brésiliens n'ont jamais atteint ce niveau ». Les problèmes de sécheresse, durant l'hiver austral, expliquent le manque de viande sur les marchés Brésiliens. Les animaux ne peuvent pas être finis à l'herbe avant d'être menés à l'abattoir, et certaines pertes sont même rapportées. De plus, les éleveurs ont tendance à capitaliser depuis 3 ans avec l'amélioration des cours qui a débuté en 2007. Actuellement, l'approvisionnement des abattoirs provient surtout des feed-lots, qui avec la flambée des céréales cherchent à réduire leurs coûts d'alimentation. Face à cela, la demande nationale reste forte, car comme l'explique Philippe Chotteau, selon certaines études, « lorsque la population pauvre a plus de moyens financiers, elle achète des protéines animales ». Or, le gouvernement brésilien a justement accordé des aides financières à ces populations pour contrecarrer la crise économique. Les prix de la viande flambent donc. « Les prix en magasin sont très élevés, mais cela n'empêche pas les gens d'acheter », décrit Philippe Chotteau. « Il y a un véritable manque de viande ! ». Les exportations brésiliennes sont donc en berne.

Moins de pression sur les prix

Vers l'Europe, ces exportations avaient commencé à baisser avant le 1er février 2008, lorsque la Commission européenne avait imposé au Brésil ses exigences en termes de certification pour l'exportation. Sur le plan mondial, la demande reste forte, surtout en Asie. Aussi, si les prix brésiliens et européens sont si proches, pourquoi l'Europe, et surtout la France n'iraient-elles pas récupérer les marchés que le Brésil ne peut fournir ? À la question, Philippe Chotteau répond clairement : « Les Brésiliens peuvent nous concurrencer, mais nous, non ! » Effectivement, les prix européens restent parmi les plus élevés au monde, « beaucoup moins qu'au Japon ou en Corée cependant », détaille Philippe Chotteau. Par ailleurs, actuellement, le prix brésilien le plus élevé (bouvillon rendu à Saõ Paulo) correspond à celui du taurillon laitier classé O en France, mais reste inférieur au R (3,19 € la semaine passée). Aussi, selon Philippe Chotteau, si la France « récupère » certains marchés, comme celui des jeunes bovins au Liban ou dans la zone péri-méditerranénne, cela reste assez marginal.

Le cours brésilien va rebaisser dans les prochains mois

À l'avenir, tout dépendra aussi des négociations de tarifs et de quotas lors des accords commerciaux entre pays, sans parler des agréments sanitaires mais aussi des variations monétaires, qui ont un impact majeur. Par contre, du fait de l'inertie des marchés, ceux acquis par la France et l'Europe, s'ils sont approvisionnés régulièrement, devraient pouvoir être conservés. Autre petit avantage : « Il y a moins de pression sur les prix de la part des pays tiers », précise Philippe Chotteau. Les avantages de cette hausse des prix brésiliens sont donc assez ténus pour l'Europe et la France. En outre, cette hausse ne devrait pas durer éternellement puisque les animaux réafflueront ces prochains mois vers les abattoirs brésiliens, induisant sans doute une chute des cours, comme cela s'était déjà produit en 2009. Il n'en reste pas moins qu'au Brésil, du côté des abattoirs, comme le déclare Philippe Chotteau, « la situation s'est fragilisée. Certains commencent à avoir des soucis de trésorerie. Beaucoup travaillent un jour sur deux comme ils le disaient dans les allées du Salon international de l'alimentation (SIAL) et perdent des marchés avec le temps. ».

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