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Le prix du colza sur une trajectoire à la baisse

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L’analyste de marché Oil World table sur un fléchissement du prix du colza en 2019, a-t-il indiqué le 1er février à la conférence Paris Grain Day. En cause notamment, la lourdeur du marché du soja, que Cyclope voit chuter de 21 % cette année.

« Le colza est aujourd’hui surévalué », a expliqué le p.-d.g. Thomas Mielke. Sur le marché des huiles, l’oléagineux a longtemps paru à contre-courant en 2018. Soja et palme ont plongé quand le cours du colza affichait une belle résistance. Oil World anticipe un retournement de tendance au deuxième trimestre 2019. « Le prix du colza devrait baisser à partir d’avril ou juin, avant que les autres huiles n’apportent un soutien en fin d’année », a estimé Thomas Mielke. Des stocks élevés sont prévus au terme de la campagne en cours : si l’industrie du biodiesel tire actuellement la consommation d’huile de colza, elle basculera vers le palme et le tournesol, moins coûteux, à la sortie de l’hiver. Pour les agriculteurs, la culture s’annonce « plus rentable » en 2020-21, d’après l’analyste.

De gros stocks de soja

La graine de colza se montre partagée entre le rebond du prix des huiles depuis fin 2018 et la lourdeur du marché du soja. « Je suis terriblement baissier sur le soja », a lancé Philippe Chalmin, coordinateur du rapport Cyclope, annonçant une chute des cours de 21 % en 2019 par rapport à 2018. C’est de toutes les commodités et matières premières la plus mal positionnée en termes de prévisions de prix, d’après lui. Comme Cyclope, Oil World mise sur une dépréciation du soja. Et de souligner l’abondance de la production mondiale, en hausse de 18 Mt à 359 Mt. Pourtant le Brésil affiche une récolte modeste (116,5 Mt contre 121 Mt l’an dernier). Mais les réserves s’envolent sur la planète, de 11 Mt pour dépasser les 100 Mt. Un gonflement des stocks très lié aux Etats-Unis, où le report est estimé à 26,5 Mt fin 2018-19 (contre 11,9 Mt un an plus tôt). La trituration de soja se réduit en Chine, tant à cause de la peste porcine que suite à la guerre commerciale avec les Etats-Unis. Malgré quelques ventes vers l’Empire du Milieu, les stocks de soja US sont annoncés pléthoriques. La situation est d’autant plus lourde que les prix actuels du soja ne devraient pas inciter les producteurs américains à fortement réduire leur sole de soja en 2019.

La puissance de feu du Brésil

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Le Brésil répond présent sur le marché du soja avec une hausse constante de la production, qui le place au deuxième rang mondial. Malgré de multiples difficultés notamment en termes de logistique, la croissance de la surface cultivée en soja se poursuit d’année en année. L’ouverture de voies logistiques et de ports sur le nord du pays permet d’accentuer fortement les expéditions depuis trois ans. C’est pourquoi, alors que la guerre commerciale fait rage entre les Etats-Unis et la Chine depuis l’été dernier, le Brésil a pu assumer quasiment à lui seul toute la demande d’importation chinoise sur cette période. « La part de surfaces destinées aux cultures au Brésil n’est que de 7 %, contre 23 % pour les pâtures », a signalé Pedro Dejneka, cofondateur de la société de conseil MD Commodities. C’est dire l’énorme réservoir du pays pour la culture de soja.

A contrario sur le marché du palme, le potentiel de production s’érode en Malaisie, deuxième acteur mondial. « Il y a un manque de renouvellement des plantations de palme » dans le pays, a relevé le p.-d.g. d’Oil World Thomas Mielke. Cela devrait participer à la réduction de la production mondiale dans les prochaines années. « Le marché de l’huile de palme connaît une période de transition, d’après lui. Désormais, la consommation augmente plus vite que la production », augurant une résorption progressive des stocks mondiaux. Ce qui penche en faveur d’un marché plus tendu à l’avenir.

Un scénario baissier pour la fin de campagne en colza

Philippe Chalmin : « Je suis terriblement baissier sur le soja »