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Production laitière Le prix du lait anime les dissensions entre producteurs

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Le prix du lait au producteur est source de tension entre les producteurs eux-mêmes. Le déréférencement de certains produits de marque du groupe Lactalis dans la distribution illustre bien la situation. D'un autre côté, l'Union des producteurs de lait pour les AOP Camembert de Normandie, Pont-l'Evêque et Livarot a réussi à conserver une unité au sein de ses cinq organisations de producteurs. Elles refusent toujours de rendre leurs déclarations d'habilitations.

Dans un communiqué reçu le 10 septembre, l'organisation de producteurs de lait Grand-Ouest (OPLGO) « dénonce les appels au boycott des produits à marque du groupe Lactalis auprès des enseignes de la grande distribution ». Afin de faire pression dans les négociations tarifaires, certaines structures ont effectivement appelé au boycott des produits des groupes Savencia, Lactalis, voire Laïta. Le distributeur Intermarché a boycotté de lui-même les produits du groupe Lactalis depuis le début de septembre. Pour Jacques Ronan, secrétaire général de l'OPLG, « ce boycott ne peut qu'affaiblir le prix du lait. Cela est non seulement injustifié mais aussi contre-productif ». Effectivement, selon lui, à force de déréférencer ses produits, Lactalis revendiquera une baisse de ses achats pour argumenter une baisse des prix, du moins une absence de hausse. En tant que producteurs de lait sous contrat avec Lactalis, « nous sommes directement concernés et indirectement “impactés” par ce boycott », continue Jacques Ronan. Seulement, si d'autres producteurs de lait appellent au boycott, c'est bien pour faire remonter les prix ! La Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) a d'ailleurs dénoncé un refus de hausse de tarif du lait au producteur de la part des groupes Lactalis et Savencia, le 2 septembre. En ne jouant pas le jeu d'autres groupes comme Sodiaal, ils freinent cette hausse des prix.

La FNPL devrait refaire de l'économie !

Jacques Ronan reconnaît cependant qu'« il ne met pas les entreprises du côté des anges » et avoue que « sur le prix du lait, les discussions ont du mal à avancer » avec Lactalis. Entre cette dernière et l'OPLGO, « sur les dix points de négociations, huit se passent plutôt bien », continue-t-il en abordant la cessibilité et la divisibilité des contrats. Il attaque fort la FNPL « qui n'a pas de prise sur les évènements » et dont la « cible n'est pas la bonne ». « À mon point de vue, la FNPL devrait se focaliser sur les distorsions de concurrence au niveau des coûts de production et refaire de l'économie », observe-t-il. La hausse du prix d'intervention à 280€/t est une absurdité car elle donnera un avantage supplémentaire aux pays européens qui produisent déjà avec des prix au producteur très bas. Pourtant, la Fédération des coopératives laitières ne tient-elle pas le même discours que la FNPL ? Oui, mais c'est politique, réagit Jacques Ronan pour que le prix remonte à très court terme. Il revendique une assurance marge, rendue possible par un « article du deuxième pilier de la Pac », la levée de l'embargo russe et l'utilisation des fonds communautaires (500 M€) pour dégager le marché européen en reversant les excédents de production vers l'aide humanitaire à l'image du système américain. Lactalis qui aura son stand au Space se prépare peut-être déjà à des interventions animées de la part des producteurs envers le groupe.

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Le bras de fer perdure pour les AOP de Normandie

Les désaccords entre producteurs sont également sensibles au sein des cinq organisations de producteurs regroupés sous l'Union des producteurs de lait pour les AOP Camembert de Normandie, Pont-l'Evêque et Livarot. Le dernier conseil d'administration, le 8 septembre, fut houleux donc entre l'OP AOP Graindorge, l'OP AOP Fromagère de tradition, l'OP AOP Gillot, l'OP AOP Réaux et l'OP Lactalis de Normandie. En cause, le bras de fer entre les producteurs et les industriels qui dure depuis plusieurs mois maintenant pour une meilleure valorisation du prix du lait AOP. « Tout le monde joue la montre », estime un membre de la filière. Selon lui, « il y a eu des rapprochements » mais les industriels ne « veulent pas s'engager sur un prix de base » ce qui ferait déconnecter le prix du lait AOP du prix du lait mondial. D'autres arguments entrent dans la négociation comme l'avancée à 2016 au lieu de 2017 d'une prime de 50€. Face aux cinq organisations de producteurs, « les industriels divisent pour mieux régner », constate un représentant des producteurs. Ces derniers revendiquent une hausse des tarifs de l'ordre de 30 à 40 €/1000 l, « tout en sachant qu'ils sont déjà mieux payés que les autres », analyse-t-il. Pour l'heure, les producteurs gardent toujours leurs « documents de réengagements […] à livrer leur lait pour la filière d'appellation », selon un communiqué de l'Union des producteurs de lait AOP du 10 septembre. D'après celle-ci, « sans transmission de ces documents à l'administration avant le 15 septembre, la pérennité de la filière est engagée sans opérateur habilité ! L'AOP Livarot pourrait être la première à tomber impliquant des conséquences néfastes pour l'économie régionale », dont les producteurs eux-mêmes qui pourraient à terme voir leur valorisation du lait tomber également…